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Enquêtes de publics dans les bibliothèques universitaires

Où en sommes-nous ?

Daniel Renoult

La place des étudiants dans la société française n’est plus la même depuis vingt ans. On comptait à la rentrée 2004 environ 2,3 millions d’inscrits dans les divers établissements d’enseignement supérieur 1 contre à peu près 1,3 million en 1985. Près de la moitié des effectifs d’une génération y accède et le poids démographique des étudiants dans certaines villes est devenu tout à fait considérable. Ainsi à Poitiers, les étudiants inscrits à l’université représentent 30 % de la population de la ville.

Présent dans une vingtaine de métropoles régionales en 1945, l’enseignement supérieur est désormais implanté dans 154 villes. Ce n’est pas seulement le nombre des étudiants qui s’est accru, c’est aussi leur origine sociale qui s’est diversifiée et, de ce fait, c’est bien l’ensemble de l’enseignement supérieur et en particulier les universités, qui ont vu leur répartition sur le territoire et leur composition sociale complètement se transformer.

Du point de vue des services communs de la documentation, ces transformations n’ont pas été sans conséquences. Dans le cadre des schémas Université 2000 et U3M, elles ont entraîné la création ou la réhabilitation de nouvelles bibliothèques résolument organisées sur le principe du libre accès aux collections, mais aussi un réexamen des politiques documentaires. Plus question en effet de ne soutenir que les filières générales longues. Force a été de faire leur place par exemple aux nouveaux premiers cycles (AES, LEA), puis de tenir compte de la diversification des parcours pédagogiques, diversification fortement accentuée aujourd’hui par la réforme du LMD (licence – master – doctorat) qui restructure sur un modèle européen les trois cycles de l’enseignement supérieur.

Il a fallu aussi, et de plus en plus, s’adapter aux changements de comportement des étudiants, peu préparés à l’organisation intellectuelle des bibliothèques et à la recherche documentaire. Aujourd’hui, dans la plupart des universités et des cursus, les étudiants ne sont plus seulement des héritiers au sens de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Des chercheurs comme François de Singly ont démontré que, vis-à-vis du livre, de la lecture, des bibliothèques, il y a chez les jeunes en général de moins en moins de pratiques héritées, ce constat pouvant d’ailleurs être nuancé selon les sites universitaires.

La lecture étudiante, un objet de recherche relativement récent

Ce n’est pas pure coïncidence si les études sur les attitudes des étudiants vis-à-vis de la lecture ont pris leur essor dans les années 1989 -1990, c’est-à-dire au moment où, précisément, de nouveaux étudiants affluaient à l’université, vague montante liée à une augmentation de la poursuite d’études, et renforcée par la présence de formations supérieures dans les villes moyennes.

Ainsi, tandis que paraît une nouvelle livraison des Pratiques culturelles des Français