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Philippe Coulangeon

Sociologie des pratiques culturelles

Paris : La Découverte, 2005. – 123 p. ; 18 cm. – (Collection Repères ; 418). ISBN 2-7071-3898-3 : 7,95 €

par Christophe Evans

Il y a au moins trois bonnes raisons de lire Sociologie des pratiques culturelles de Philippe -Coulangeon. La première, c’est que c’est un excellent panorama des principales données sociologiques quantitatives concernant les pratiques culturelles contemporaines. La deuxième, c’est que ce panorama est actualisé par l’enquête Insee réalisée en 2003 portant sur « la participation culturelle et sportive » des Français. La troisième, c’est que l’ouvrage est pertinent, clair et concis.

Un panorama très complet

Philippe Coulangeon, est chargé de recherches au CNRS et membre de l’observatoire sociologique du changement à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris. C’est un spécialiste connu de la sociologie des pratiques culturelles à qui l’on doit notamment plusieurs contributions à des recueils de textes récents 1.

Dans l’ouvrage qu’il signe aux éditions La Découverte, après avoir proposé un rappel théorique du rapport existant entre pratiques culturelles et stratification sociale (chapitre 1), le sociologue s’attache à faire le point sur la plupart des activités de culture ou de loisir qui ont cours aujourd’hui dans la société française en partant des plus courantes (la télévision, chapitre 2), pour aller jusqu’aux plus rares (certaines sorties culturelles ou loisirs d’exception comme le théâtre, les concerts, les spectacles de danse, chapitre 6). Entre temps – en ayant également rappelé au passage la distinction que l’on peut faire entre le principe de « démocratisation de la culture » et celui de la « démocratie culturelle » –, l’auteur aura successivement abordé la question de la lecture (« La lecture à l’épreuve de la culture de masse », chapitre 3), celle de la musique (chapitre 4), et celle des pratiques amateurs associées pour l’occasion avec les semi-loisirs (bricolage, jardinage…) et avec l’usage de l’ordinateur au domicile (chapitre 5).

Trente ans de recul

Rien de nouveau sous le soleil ? Pas si sûr. Non seulement toute révision est bonne dans un champ de questionnement aussi vaste (du jardinage à l’opéra, en passant par l’ordinateur…), mais surtout, ce nouveau « Repères » a le grand mérite de présenter et commenter des indicateurs « frais » issus de la partie variable de l’enquête Insee PCV (Enquête permanente sur les conditions de vie). On dispose ainsi d’un recul intéressant en matière d’évolution à long terme puisqu’il est possible désormais d’effectuer des comparaisons qui portent sur les trente dernières années, voire plus (des premières enquêtes Insee sur les loisirs et la culture à la fin des années 1960 ou de la première enquête sur les pratiques culturelles des Français pilotée par le Département des études et de la prospective (DEP) du ministère de la Culture en 1973, jusqu’à aujourd’hui). Il faut préciser à propos de l’enquête PCV de l’Insee qu’en dehors du numéro de Développement culturel publié récemment par Olivier Donnat pour analyser l’augmentation des écarts entre hommes et femmes dans le domaine de nombreuses activités culturelles (la lecture et les sorties notamment) 2, peu de choses en fait avaient été communiquées jusqu’à présent. On dispose par conséquent ici d’une actualisation partielle de la dernière enquête Pratiques culturelles des Français datant de 1997 (les questions posées étant formulées différemment, dans certains cas, les comparaisons ne sont pas permises) 3.

Le nouveau visage de la lecture

En ce qui concerne la lecture, on pourra vérifier ainsi que la stabilité est bien de mise : en trente ans, le taux de non-lecteurs demeure constant, autour de 30 %. Il conviendra toutefois de compléter cette observation en rappelant à nouveau que cette pratique culturelle a changé de visage : les femmes déclarent lire plus que les hommes aujourd’hui. L’écart se creuse, en particulier pour les romans, y compris pour des genres traditionnellement masculins : en 2003, d’après l’Insee, 27 % des femmes déclarent lire des romans policiers contre 20 % des hommes. La part des gros lecteurs a diminué, les jeunes lecteurs étant également concernés. Enfin, la part du « lire utile » continue à augmenter (livres pratiques, lectures professionnelles…), ce que confirme également la toute dernière enquête Livres Hebdo/Ipsos 4.

On regrettera peut-être le peu de place accordé aux données concernant les pratiques de téléchargement légales ou illégales qui font pourtant débat aujourd’hui 5 ou à celles portant sur la question des tarifs dans le domaine culturel. Mais, encore une fois, il faut dire que l’ensemble est très cohérent et mérite qu’on s’y attarde. C’est d’autant plus vrai que les données quantitatives sont ici utilement agrémentées par des données qualitatives, notamment des études de réception (ce qui est toujours bon évidemment en matière d’analyse des pratiques culturelles) ; il faut signaler, pour terminer, qu’un certain nombre de paradigmes étrangers récents font également l’objet d’une présentation simple et synthétique (omnivore/univore, highbrow/lowbrow culture…).