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Rencontres 2005 des professionnels de l'information scientifique et technique

Catherine Fauveaud-Brassaud

Sandrine Mouret

Depuis 2003, l’Institut de l’information scientifique et technique (Inist) du CNRS s’associe à d’autres organismes publics de recherche pour organiser les Rencontres des professionnels de l’information scientifique et technique. La troisième édition s’est tenue à Nancy du 20 au 22 juin 2005 ; elle rassemblait 350 participants venus de tous les domaines scientifiques. Conçues comme des sessions de formation, ces rencontres se déroulent autour de conférences générales complétées par des ateliers et des posters qui présentent des comptes rendus d’expériences. Elles sont l’occasion de réunir les professionnels de l’information autour des plus récentes évolutions de leurs métiers.

Politiques de l’IST à l’échelle française et internationale

Serge Cacaly (université de Marne-la-Vallée) retraça l’évolution de la politique de l’information scientifique et technique (IST) en France à partir de 1950. Il montra qu’elle est liée directement à l’organisation de la recherche et au contexte politique. Prenant conscience des enjeux, le pouvoir politique souhaita asseoir l’indépendance de la France et, dès 1973, commença à construire un dispositif de coordination nationale qu’il abandonnera progressivement à partir de 1993.

Les conférences s’attachèrent à comparer les politiques actuelles de l’IST dans plusieurs organismes de recherche. Laurent Romary présenta tout d’abord les axes de travail d’une future Direction de l’information scientifique au CNRS, dont une des premières missions sera d’organiser le dépôt des publications des chercheurs en privilégiant l’open access. L’instrument de ce projet est la plate-forme technologique HAL 2 qui permet de recueillir et diffuser références bibliographiques et texte intégral. Au cours de la table ronde qui suivit, tous les intervenants mirent l’accent sur les mêmes priorités : apporter aux chercheurs l’information dont ils ont besoin et diffuser la production scientifique de l’établissement. Constatant que les résultats de la recherche ne s’expriment pas seulement sous la forme d’objets bibliographiques, certains organismes développent des bases de connaissances qui rassemblent des informations très hétérogènes.

Charles Boisvert et Christine Berthaud (Institut des sciences de l’homme, Lyon) élargirent la perspective en présentant une réalisation de l’Union européenne, le projet Moress (Mapping of Research in European Social Sciences and Humanities) de l’European Research Area, dont l’objectif est d’établir une cartographie des bases de données présentes sur Internet dans le domaine des sciences humaines.

Évolution des systèmes d’information

La seconde journée était centrée sur les systèmes d’information et nous invitait à réfléchir sur les évolutions récentes.

Thomas Dechilly (société Sollan) rappela que les documents numériques, dans leur grande majorité, sont conçus pour être imprimés et qu’ils ont des caractéristiques de mise en forme souvent peu adaptées à la diffusion sur d’autres canaux. Le format XML permet de contourner cette difficulté ; utilisé comme un format d’échange documentaire, il fait se rejoindre la notion de document et celle de données. Reprenant l’idée qu’il existe des contenus autonomes, indépendants de la forme, qui peuvent être stockés dans des bases de données et utilisés sur différents canaux, Dominique Cotte (université de Lille III) expliqua le fonctionnement des systèmes de gestion de contenus (Content management system, CMS) qui s’appuient également sur le format XML, et intègrent référentiels, processus de validation et de publication.

À titre d’exemple, Laurent Morice évoqua une expérience de gestion de contenus en cours à l’Ademe et souligna l’importance de l’implication des professionnels de l’information dans cette réalisation. Mylène Leitzelman et Benoit Leloup (École nationale supérieure des télécommunications) présentèrent les outils de travail collaboratif assisté par ordinateur (TCAO) qui permettent à un groupe, via une plate-forme informatique, d’utiliser des espaces communs de production, de communication et de coordination.

Pour clore cette session, une étude de cas fut proposée par Rosa Issolah (Institut national agronomique, Alger) et Lucile Grasset (Cirad) qui présentèrent le Réseau algérien de documentation agricole (Rada), mis en place grâce à un partenariat franco-algérien. Elles conclurent leur exposé sur l’idée que la formation des formateurs est la clé de voûte d’une telle réalisation et la seule garantie pour que le réseau poursuive son développement au terme du contrat d’association. C’est dans ce but qu’a été créé à l’université d’Alger un magister en ingénierie des systèmes d’information et du document électronique.

Évaluation et valorisation

La dernière journée était consacrée aux méthodes d’évaluation, tant de la production scientifique que des systèmes d’information.

Michel Zitt (Inra) présenta les indicateurs bibliométriques élaborés par l’Observatoire des sciences et des techniques (OST) pour l’évaluation de la production scientifique. Il souligna les précautions à prendre et les limites de ces méthodes, notamment en sciences humaines. Marie-Hélène Magri (Inra) exposa une utilisation et interprétation du facteur d’impact. Elle montra comment cet indicateur permet de catégoriser les revues choisies par les chercheurs pour leurs publications en fonction des disciplines. En exergue à ces deux exposés, le poster de Francine Courtial (Institut Gustave Roussy) montrait comment les outils bibliométriques peuvent être utilisés en bibliothèque : c’est par l’étude des citations des chercheurs de son laboratoire qu’elle définit sa politique d’acquisition des revues. Nicolas Rubel (CNRS) et Marie-Pascale Baligand (Cemagref) présentèrent une étude d’évaluation par enquête d’un service d’IST, celui du Cemagref.

La dernière conférence porta sur la valorisation de la production scientifique, plus précisément la production éditoriale. Jean-Marc Francony (université de Grenoble) s’appuya sur la description du fonctionnement des réseaux sociaux de la science pour montrer, d’une façon convaincante, que les sites d’archives institutionnelles entreront dans les usages des chercheurs à une seule condition : qu’ils ne soient pas seulement lieux de dépôt des publications, mais qu’ils servent également à la recherche d’information.

En guise de conclusion, Barry Mahon (International Council for Scientific and Technical Information, ICSTI) proposa à notre réflexion un thème peu abordé durant ces journées, mais essentiel, le calcul des coûts. Il rappela que l’open access et l’open source reposent sur un principe de gratuité, mais qu’ils ne sont pas sans coût et que l’IST est soumise aux lois du marché. Il suggéra par ailleurs que l’Union européenne ne se contente pas de programmes ponctuels mais développe dans les années à venir une politique structurée de l’IST.

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