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Formist

5es rencontres

Agnès Colnot

Les 5es rencontres Formist (Réseau francophone pour la formation à l’usage de l’information dans l’enseignement supérieur), qui se sont tenues à Lyon le 9 juin 2005, ont porté cette année sur un thème central pour la formation documentaire dans le contexte universitaire : le lien entre compétences informationnelles et disciplines avec, comme corollaire, la coopération enseignants et professionnels de l’information.

Si l’intégration des formations documentaires dans les cursus s’est améliorée avec la réforme du LMD (licence, master, doctorat), la définition des compétences à acquérir en relation avec les contenus disciplinaires reste encore le plus complexe à réaliser.

Les ouvertures sur les expériences étrangères (Canada, Grande-Bretagne, Suisse et États-Unis) sont devenues une constante dans ces rencontres et apportent toujours une mise en perspective très enrichissante.

La notion de compétence

Dans la lignée d’Alain Coulon, Annette Béguin, professeur en sciences de l’information et de la communication à Lille III, a rappelé que les compétences informationnelles se définissent par rapport à la personne et au contexte social, au lieu d’être centrées sur les techniques et méthodes. Le nouvel étudiant ne transpose pas ses connaissances du secondaire au supérieur. À l’université, les objectifs se situent dans un changement radical de perspective : l’étudiant doit se spécialiser, repérer les thèmes et les concepts, le vocabulaire et les institutions. Comment enseigner ces nouvelles compétences lorsque, bien souvent, les enseignants sont dans l’implicite total ? Cette analyse permet de mieux comprendre les comportements des étudiants dans la bibliothèque ou dans leur travail de recherche. Ceux-ci développent des stratégies de défense : parer au plus pressé, aller vers le familier, autant de pratiques informelles que de nouveaux apprentissages doivent rendre cohérentes. Des pistes de réflexion sont proposées, comme la modélisation des pratiques expertes propres à la discipline que l’enseignant va rendre explicites, la confrontation et les échanges avec les étudiants sur leur rapport à la documentation et à la lecture.

Quelle recherche d’information pour une discipline donnée ? Est-ce la bonne question ? Marie-France Blanquet (université Bordeaux III) a mené des études sur la rencontre étudiant/discipline et la nécessaire spécialisation qu’elle induit, ainsi que sur leurs comportements dans la recherche d’information, notamment sur Internet. En décelant des attitudes qui traversent toutes les disciplines et traduisent des lacunes graves, elle déduit un premier socle méthodologique à acquérir avant de s’adapter aux spécificités disciplinaires. L’étudiant ne reconnaît pas à la documentation un statut clairement identifié de discipline, ce qui peut aller à l’encontre de la légitimité de cet enseignement.

Les expériences du Québec et du Royaume-Uni

À partir d’une étude québécoise 1, l’expérience canadienne apporte une vision pragmatique et novatrice. Pierre Carrier, de la bibliothèque de l’Université Laval, a présenté non plus des modules complets (one shot – one hour course), mais une approche par compétences, reposant sur un référentiel très élaboré comme cadre théorique, accompagné de séquences d’intégration comme activités pratiques. S’appuyant sur cet outil, les bibliothécaires et les enseignants volontaires travaillent ensemble sur l’intégration de ces contenus dans un cours porteur et définissent volume horaire, exercices et évaluation. L’intérêt est d’éviter la surcharge d’informations sur quelques séances en préférant sélectionner les compétences pertinentes en fonction des standards de la discipline. Cette démarche suppose une généralisation progressive de l’approche par compétences se complétant au fil des années du parcours de formation.

Une étude menée au Royaume-Uni auprès d’universitaires de plusieurs disciplines a pour objet de comparer les différentes conceptions de l’Information Literacy  2 et de son enseignement. Ce regard croisé souligne l’intérêt d’une telle démarche pour mieux se comprendre entre enseignants et professionnels de l’information. Quelques conclusions se dégagent des premiers résultats : l’importance de la discipline pour les enseignants et les étudiants, la conviction que « c’est le travail de quelqu’un d’autre », la définition même de la formation variant selon la discipline, allant de la boîte à outils à la connaissance des sources et la compréhension critique de l’information 3

Relation entre discipline et formation à l’information

Des exemples de disciplines assez spécifiques ont suivi ces exposés généraux. En philosophie, une illustration de la relation discipline/documentation, présentée par Philippe Saltel (université de Grenoble), montre des rapprochements par leur côté supra-disciplinaire. Le philosophe a recours à une multiplicité de documents pour nourrir son travail. La formation qui en résulte doit répondre à ce besoin sans limites des ressources documentaires.

La théologie et les sciences religieuses (Yvan Bourquin, bibliothèque de l’université de Lausanne) ont montré le rapport double entre discipline et formation documentaire, lié à la discipline elle-même, soit très spécialisé dans le cas des sciences bibliques, soit interdisciplinaire par excellence pour l’éthique. Il faut donc adapter la formation documentaire à cette dualité.

L’adaptation des contenus de l’enseignement aux ressources documentaires spécifiques aux sciences de la vie est d’autant plus nécessaire qu’elle est liée à l’évolution des outils eux-mêmes. Comme l’a démontré l’exemple du service commun de la documentation de l’université de Strasbourg I, la mise en place du LMD aussi bien que l’ouverture du portail documentaire 4 ont profondément modifié les pratiques de la recherche documentaire et les contenus des enseignements. Les interfaces de recherche du portail ou les sélections de ressources sont mises en place en fonction des niveaux : ainsi la recherche simplifiée ou la rubrique « Les essentiels » pour les étudiants de licence. Le portail devient un outil pédagogique mais aussi le moyen de renforcer la collaboration avec les enseignants.

Pour finir cette journée, Sylvie Chevillote, après un séjour d’étude aux États-Unis grâce à une bourse Fullbright, a choisi de présenter, dans la richesse des expériences rencontrées, l’exemple du Mellon Foundation Institute. Une subvention permet aux enseignants volontaires, dans l’objectif d’améliorer leur pédagogie, de suivre un cours d’été animé entre autres par des bibliothécaires et des spécialistes des TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement). Le formidable potentiel innovateur d’un petit groupe d’enseignants a permis de servir de relais ensuite, en formant quelques enseignants plutôt que des milliers d’étudiants.

En conclusion, que la documentation soit dedans ou dehors, trans- ou supra-, le rapport à la discipline reste à définir en étroite collaboration entre enseignants et bibliothécaires. Des études existent mais elles devront se développer pour nous aider à réussir ce qui représente un enjeu essentiel pour l’efficacité des formations à l’usage de l’information dans les cursus disciplinaires.