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La culture mise à prix

la tarification dans les sites culturels

sous la dir. de Jean-Michel Tobelem ; avant-propos de Philippe Pujas.
Paris : L’Harmattan, 2005. – 260 p . ; 22 cm. – (Gestion de la culture et du secteur non lucratif).
ISBN 2-7475-8130-6 : 22 €

par Hélène Grognet

Responsable de la collection « Gestion de la culture et du secteur non lucratif » chez L’Harmattan, Jean-Michel Tobelem est connu pour ses diverses publications relatives au monde des musées, en tant qu’auteur ou codirecteur *.

Des angles d’approche variés

Les contributions rassemblées dans La culture mise à prix traitent donc, sans surprise, des musées, mais aussi du spectacle vivant et des sites du patrimoine environnemental ou patrimonial.

C’est la première diversité que l’on peut constater, mais ce n’est pas la seule. Les textes présentent en effet des angles d’approche différents : tel ou tel se montre pédagogique sur les méthodes de fixation des prix dans le monde marchand, ou sur les rapprochements possibles entre la fixation des tarifs pour les places de spectacle et les fauteuils d’avion, ou encore sur les méthodes de marketing, tel autre développe une analyse économique (« Le prix de la restauration dans les sites culturels »), d’autres seront théoriques, ou basés sur des expériences (« La culture de la gratuité : revue des arguments et référents mobilisés pour légitimer la gratuité culturelle dans l’agglomération lyonnaise »).

La plupart se terminent par une bibliographie conséquente, et l’on retrouve avec satisfaction, notamment dans la bibliographie établie par Jean-Michel Tobelem pour sa contribution « La stratégie du prix : considérations sur le prix, la gratuité, et la fidélisation », véritable revue de la littérature sur la question, des références aux bibliothèques.

Malgré quelques redites, cette diversité se révèle très riche.

Des éléments à méditer

Même si le livre, la lecture et les bibliothèques sont peu présents dans cet ouvrage, de nombreux éléments, plus ou moins transposables, donnent en effet à méditer aux professionnels que nous sommes. En voici quelques-uns :

  • Le contexte : la part croissante des biens culturels dans la consommation des ménages, la stagnation des revenus des classes moyennes consommatrices de culture, la concurrence entre les pratiques, les retombées économiques de ces pratiques dans le cadre du marché du tourisme, l’émergence des arts de la rue qui instaurent d’emblée un rapport non marchand avec le public.
  • Les logiques qui s’affrontent : s’agit-il de vérifier dans les comptes que l’on a raison de faire payer ou de considérer que l’on a vocation à accueillir le plus grand nombre et réfléchir ?
  • Les résultats de la gratuité dans les musées, au niveau international.
  • La prise en compte des coûts cachés des pratiques culturelles (transport, stationnement, garde d’enfant, repas…) et d’une certaine segmentation du public (un public aux revenus aisés, mais qui dispose de peu de temps – un autre public qui dispose de temps, mais dont les revenus sont faibles).
  • Le fait qu’une politique des prix doit s’inscrire dans une politique de la qualité : signalétique, scénographie, animation, professionnalisation de l’accueil.
  • Les motivations des pratiques culturelles : éducation, délectation, construction d’un lien social.
  • Un récapitulatif des arguments pour ou contre la gratuité…

S’il faut rappeler combien cette question des tarifs et de la gratuité est également primordiale et d’actualité pour les bibliothèques, prenons l’annonce de la nouvelle « À Nîmes, la fin des bibliothèques gratuites », dans La Lettre du cadre territorial du 1er avril 2005 : « La municipalité de Nîmes fait désormais payer l’accès à ses bibliothèques et musées, et en premier lieu au Carré d’Art : 12  pour les Nîmois, 24  pour les non-Nîmois, et 50  pour les collectivités, sauf s’il s’agit d’une démarche pédagogique ou conventionnée avec la ville. “Nous étions l’une des dernières grandes villes en France à ne pas faire payer l’accès à la bibliothèque”, souligne l’adjoint à la culture. Opérationnelle depuis le 1er février 2005, cette mesure concerne 36 000 inscrits dont la moitié peut bénéficier d’une exonération sur présentation des pièces justificatives. Et de citer les exemples de Nantes, Lyon, Valenciennes, qui pratiquent un système d’abonnement souple doublé d’un abonnement annuel de base. Selon les élus nîmois, l’échantillon de villes “étudiées” permet de fixer le tarif moyen pour un adulte habitant la ville-centre à 12,75 € . »

  1.  (retour)↑  Musées et culture, le financement à l’américaine, 1990 ; Manuel de muséographie : petit guide à l’usage des responsables de musées, 1998 ; un numéro double de la revue Publics et musées sur le thème du marketing dans les musées ; le no 14, en 2000, de la revue Champs visuels, sur le thème « l’image et les musées » et de nombreux articles dans La Lettre du mécénat, Musées et collections publiques de France, La Lettre de l’OCIM