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Lecture Jeune

revue de réflexion, d'information et de choix de livres pour adolescents, no 112, décembre 2004

Paris : Lecture jeunesse. – 104 p. ; 24 cm.
ISSN 1163-4987
Abonnement (4 numéros par an) : 37 € (France) – Le numéro : 11 €

par Brigitte Munch

Dans la livraison du numéro 112 de Lecture Jeune, le dossier central, plus épais que d’habitude, est consacré aux actes de la journée d’étude sur « la place des adolescents en bibliothèque » organisée par la Joie par les livres et l’association Lecture jeunesse le 20 septembre 2004.

L’occasion y est donnée de faire le point sur l’étude des adolescents, public spécifique, découvert à la fin des années 1950 et présenté presque toujours en termes de « problème » dans la littérature professionnelle.

Adolescents et bibliothèques

À la lecture de l’intervention de Bernadette Seibel, sociologue et présidente de Lecture jeunesse, on constate que, malgré une prise en compte timide puis reconnue d’un public adolescent, malgré l’essor de la lecture publique, le développement des CDI (centres de documentation et d’information), la démocratisation scolaire et culturelle et la situation de crise du statut de la lecture, les possibilités d’action d’accueil des adolescents n’ont guère changé en apparence.

La fréquentation massive des adolescents – public souvent bruyant – dans les médiathèques actuelles complique la cohabitation avec les autres publics et les professionnels, et pose toujours le problème de leur accueil. Nassira Hedjerassi, maître de conférences à l’université Louis Pasteur à Strasbourg, positionne cette problématique de manière plus élargie : il s’agit pour les adolescents de « trouver place » dans la société, y compris territorialement et spatialement.

Les pratiques culturelles des adolescents développées par Christine Détrez, maître de conférences à l’Université de Lyon II, sont désormais bien connues : prédominance du groupe et des copains ; primauté à la musique et à la télévision ; pour la lecture, préférence aux magazines ; fréquentation des équipements culturels supérieure à celle des adultes, école oblige.On regrette que les éléments statistiques, antérieurs à 2000, ne fassent pas référence à l’usage d’Internet voire des jeux vidéo, aux portables et au chat, activités pourtant émergentes chez les adolescents. Des mutations seraient-elles en cours ?

Jean-François Jacques, secrétaire général du Conseil supérieur des bibliothèques, propose quant à lui quelques applications concrètes à mettre en œuvre dans les bibliothèques : en termes d’espaces (pas d’espace séparé mais des espaces de convivialité appropriables, libre circulation…) ; en termes de fonds (pas de fonds spécifique, table thématique qui puisse accrocher les jeunes, mêler documentaires adultes dans le fonds jeunesse et inversement…). En matière de règlement et de services, ses propositions sont plus affirmées : il préconise une carte unique, l’absence d’autorisation parentale, au moins au-delà de 12 ans, un règlement qui fasse plus de place aux comportements (usage d’eau et de barres chocolatées, de portables sans les sonneries…).

Il préconise également l’accès libre à Internet, avec des postes dédiés aux messageries. Il insiste aussi (« priorité absolue ») sur la nécessité de former les équipes à l’accueil des adolescents, particulièrement en termes de psychologie de l’enfant et de l’adolescent et en techniques de dialogue et d’accueil.

Une nouvelle formule pour Lecture Jeune

Le numéro 112 de la revue Lecture Jeune est le deuxième numéro à se présenter sous la nouvelle formule adoptée par l’association Lecture jeunesse, mutation opérée alors que l’association a fêté ses 30 ans en 2004.

D’un format comparable à celui de la Revue des livres pour enfants, il gagne en densité thématique (dossier central) mais perd en lisibilité et en facilité d’accès, lorsque l’on s’en sert comme outil d’acquisitions en secteur jeunes par exemple.

Il n’y a plus d’analyse de nouveautés, en tant que telles, plus d’indication de tranches d’âge à la fin des critiques, mais des nouvelles rubriques, telles que « Livres accroche », « Et après », « Lecteurs confirmés ». Le sous-titre de la revue change, ce n’est plus « revue de réflexion, d’information et de choix de livres pour les 13-19 ans », mais « revue de réflexion, d’information et de choix de livres pour adolescents », un détail à souligner qui signe un glissement générationnel de l’adolescent pour l’ensemble de cette nouvelle présentation. De la même façon, la mise en page et le choix des couleurs confirment cette impression de revue devenue plus littéraire et plus « sophistiquée », s’ouvrant à un public d’ado-adulescents.