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La formation aux métiers du livre

Hélène Jacobsen

Le 9 avril 2005 s’est tenue à Paris X Nanterre, Pôle Métiers du livre, une journée d’étude européenne consacrée aux formations aux métiers du livre.

L’initiative vient de l’IUP (Institut universitaire professionnalisé) Métiers des arts et de la culture et de son directeur, Michel Bruillon, qui met en place un master européen en édition – European Curriculum for Master in Publishing (ECMAP *) –, dans le cadre du programme communautaire européen Socrates/Erasmus, avec les universités d’Oxford Brookes (Grande-Bretagne), de Leipzig (Allemagne), et de Ljubljana (Slovénie). Des enseignants des trois universités partenaires étaient donc présents, ainsi que leurs homologues français pour les différentes composantes du pôle.

Des contextes divers

Les interventions successives ont permis d’aborder l’éventail très large des contextes économiques et géopolitiques, sociologiques et pédagogiques dans lesquels ces formations se déroulent et le métier d’éditeur s’exerce.

Miha Kovac, de l’Université de Ljubljana, a présenté la complexité de la situation de l’Europe du Sud-Est ou Europe des Balkans (absence de marché commun du livre pour des raisons linguistiques, mais au contraire existence de petits marchés avec tirages limités et faibles marges bénéficiaires) dans laquelle se situe la mise en place de cette formation universitaire et professionnelle pour les métiers de l’édition. Les difficultés et les obstacles rencontrés sont à la hauteur des solutions envisagées de partenariats et de mise en réseau, en amont pour le système universitaire de formation, en aval pour le marché de l’édition. Pragmatisme et volontarisme prévalent.

Les représentants des universités de Leipzig, Steffen Hillebrecht, et d’Oxford, Angus Phillips, sont intervenus sur la question des modalités pédagogiques des cursus.

À Leipzig, stages et projets sont à la fois des éléments très importants de la formation mais aussi des atouts pour les étudiants grâce aux contacts qu’ils permettent avec les professionnels (soit en vue d’un emploi, soit pour l’approfondissement du travail de recherche).

À Oxford Brookes, le cursus master est remarquable quant à son recrutement international (vingt nationalités représentées) et aux modalités de travail des étudiants par groupe. Ces caractéristiques correspondent aux réalités dans lesquelles s’exerce justement le métier d’éditeur. Cependant, les mélanges de nationalités et de personnalités variées ne sont pas sans poser des problèmes aux étudiants eux-mêmes mais aussi aux enseignants.

La formation des libraires et bibliothécaires en France

En regard de ces comptes rendus des collègues étrangers pour l’édition et puisque l’IUP Métiers des arts et de la culture forme aux trois métiers de la chaîne du livre, Olivier L’Hostis, délégué général du Syndicat national de la librairie française, et Christophe Pavlidès, directeur de Médiadix, ont apporté un complément en présentant les caractéristiques des formations de libraires et bibliothécaires en France.

Dans le domaine de la librairie, O. L’Hostis a déroulé l’historique des formations liées à l’évolution du métier, de leurs relations avec l’université, simultanément avec les autres métiers de la chaîne du livre. De plus en plus nombreuses, ces formations doivent devenir collaboratives avec la construction d’objectifs communs à l’université et à la profession, dans un contexte de refonte de la convention collective et de reconsidération des parcours professionnels prenant en compte la reconnaissance des diplômes et titres.

Pour les bibliothécaires, C. Pavlidès a souligné les spécificités de la situation française qui tiennent, par exemple, au statut de fonctionnaire des bibliothécaires, les éloignant des documentalistes, distance inexistante dans la plupart des pays européens ; autre caractéristique française, la coupure, voire la fracture, existant entre formation initiale et formation continue.

Ainsi la répartition des rôles en termes de formation entre universités, Enssib, CRFCB (centres régionaux de formation aux carrières des bibliothèques) découle de ces états de fait et la mise en place du LMD (licence, master, doctorat) devrait enfin permettre de réduire ces écarts.

En appoint, Bernard Valentini, directeur de l’Institut universitaire de technologie, a présenté les résultats statistiques d’une enquête approfondie sur les origines sociales des étudiants, leurs débouchés professionnels ou les études poursuivies. On constate que les entrées dans ce type de cycle de formation ne diminuent pas car le diplôme délivré permet d’accéder rapidement au marché du travail bien que la stabilisation dans l’emploi, surtout en librairie, soit difficile.

La recherche universitaire sur le livre en Angleterre et en France

Enfin, pour clôturer la journée, un point a été fait sur l’état de la recherche universitaire sur le livre en Angleterre et en France par Claire Squires (Oxford Brookes) et Benoît Berthou (Paris X). La conviction est partagée de la nécessaire intégration de la recherche dans la formation en édition, malgré les divergences entre aspect professionnel et aspect universitaire. L’orientation est à développer dans ce master européen pour faire contrepoids à la formation au marketing. La recherche peut se faire selon quatre angles différents : historique, culturel, économico-politique et esthétique, en transgressant les cadres traditionnels des disciplines (littérature, sociologie, sciences de l’information…). Une occasion pour le groupe « Le livre : création, cultures et société » de Paris X de découvrir et de mettre en pratique d’autres modalités de production et de partage du savoir.

Finalement, l’ensemble de ces interventions complémentaires, dans des registres différents, a permis de brosser un tableau très large de la formation universitaire au métier d’éditeur en Europe, mettant en relief les points de convergence plus nombreux que les différences.

Les débats avec la salle, qui suivaient chaque présentation, renforçaient d’ailleurs cette impression de communauté au-delà des frontières ; on découvrait que, dans les trois pays, les étudiants aux métiers du livre sont majoritairement des filles, qu’ils sont de formation essentiellement littéraire et que les scientifiques sont très rares, que les stages et les travaux sur projets sont les meilleurs atouts de ces futurs professionnels, que les groupes sont difficiles à gérer, que la recherche universitaire et son articulation avec le professionnel sont un sujet sensible…

Toutes choses qui ne surprennent pas les professionnels français et que ces partenariats vont permettre d’aborder ensemble dans l’intérêt et pour l’enrichissement non seulement des métiers mais aussi des étudiants.