entête
entête

Accueil et rémunération des auteurs

Gaëlle Panighetti

Le Centre régional des lettres de Midi-Pyrénées proposa le 9 avril 2005, dans le cadre des Journées du livre et de l’écriture organisées par l’association Lire à Figeac, une journée professionnelle sur l’accueil et la rémunération des auteurs. Les problèmes liés à ce thème furent illustrés de témoignages des différents acteurs (auteurs, libraires, organisateurs de manifestations littéraires).

Un véritable statut pour les auteurs

Si l’intérêt des rencontres entre auteurs et lecteurs n’est plus à démontrer, Thierry Ermakoff 1 (Direction des affaires culturelles d’Auvergne) rappela que l’accueil d’un auteur doit s’inscrire dans un contexte plus large que sa seule présence. C’est un choix intellectuel qui doit s’appuyer, selon l’endroit où la rencontre se passe, sur des collections, une politique d’animation, une réflexion sur la lecture et/ou l’écriture. Il a souligné le danger d’instrumentalisation de l’auteur tout en souhaitant que les débats du jour dépassent cette notion.

Alain Bellet, président de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse 2, a abordé le problème de l’unicité de l’auteur, qu’il soit créateur solitaire, lecteur de ses propres textes, animateur d’un atelier d’écriture ou venu présenter ses livres. Quelle que soit son intervention, il doit être reconnu comme auteur (donc créateur) et payé comme tel, sur la base de la charte 3. Il est important de clarifier dès le départ le projet pour établir la tarification (nombre d’interventions, durée, défraiement).

Alain Bellet rappela que la volonté de la charte est d’obtenir un véritable statut pour les auteurs-illustrateurs et souhaita la mise en place d’antennes régionales, avec des personnes référentes clairement identifiées, dans un souci de réel partenariat financier et politique.

Mathieu Douxami (Agessa, Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs 4) aborda l’aspect juridique de la rémunération et signala que le code ne parle pas d’auteur mais de « personne rémunérée en droit d’auteur ». Il rappela la loi de 1977 sur le rattachement des auteurs au régime social et souligna que l’arrivée de nouvelles formes de rencontre des auteurs (ateliers, manifestations diverses…) pose le problème de la couverture sociale dans ces situations. Il distingua activité régulière – il devrait s’agir d’un salaire – et interventions ponctuelles – qui relèvent du droit d’auteur – et reconnut la difficulté de gestion de ces différentes procédures. Pour lui, le plus simple est de prévoir un salaire, même pour une intervention de trois heures. Cela donne plus de crédibilité à l’action et enlève toute possibilité de contestation (parole de juriste !).

Si la position et les explications juridiques sont nettes (être en conformité, clarifier les contrats), l’application de la complexité du système à des situations diverses et variées ne va pas de soi. Lors du débat, le public demanda des éclaircissements complémentaires : rémunération, établissement d’un contrat, rôle des éditeurs, responsabilité en cas d’accident… À la question : « Un auteur peut-il intervenir à titre gracieux ? », la réponse est sans appel : « Non ! » A. Bellet précisa d’autre part qu’un auteur peut demander l’application du tarif de la charte sans être adhérent. Il en profita pour rappeler les conditions d’entrée (exigence de « qualité », dossier, parrainage de trois « chartistes »).

L’auteur, l’aspect juridique, l’organisateur : trois éclairages pour ce sujet complexe de la rémunération des auteurs. On ne peut s’empêcher de noter le décalage entre les pratiques et le cadre législatif strict. Tous ont été cependant d’accord pour insister sur la nécessité d’établir des partenariats solides afin que les organisateurs comme les auteurs y trouvent leur compte.

Tu m’invites ? Je t’invite !

La table ronde de l’après-midi réunissait deux écrivains (Mouloud Akkouche et Franck Magloire), une bibliothécaire (Dany Longour, Bibliothèque intercommunale Figeac-Cajarc), un libraire (Jacques Griffault, librairie Le Scribe à Montauban 5) et une représentante de l’action culturelle du rectorat de Toulouse (Marie-Claude Farison).

Mouloud Akkouche et Franck Magloire ont deux approches différentes des interventions d’auteur lors d’animations : le premier pense que cela fait partie du métier, même s’il convient que le temps passé dans les ateliers lui manque de plus en plus pour écrire et qu’il faut savoir doser les interventions. Le second précisa qu’il n’avait pas choisi ce métier pour faire écrire les autres et que le « contact frontal n’[était] pas forcément intéressant ». Ils furent tous les deux d’accord pour dire qu’ils avaient fait de « superbes rencontres » lors d’ateliers.

Jacques Griffault expliqua comment ses coups de cœur le guident pour accueillir des auteurs. En devenant libraire, il s’est demandé pourquoi on entre dans une librairie plutôt que dans une autre. Et comment se démarquer des autres librairies, proposer des services différents.

Dany Longour, à travers l’histoire des Journées du livre et de l’écriture à Figeac, remarqua l’évolution de la rémunération des auteurs invités : aucune, au début de la manifestation, dans les années 1980, puis la période « ce que vous pouvez », et actuellement, des contrats en bonne et due forme, basés sur la charte des auteurs.

Marie-Claude Farison expliqua les modalités d’accueil dans le milieu scolaire et évoqua le Plan des arts et de la culture à l’école, dispositif mis en place par l’Éducation nationale, dans lequel interviennent des créateurs.

L’accueil et la rémunération des auteurs devraient être un exercice moins difficile qu’il n’y paraît : tout travail mérite salaire, ce travail doit être contractualisé afin d’accueillir les auteurs dans les meilleures conditions. Pour la plupart des écrivains, c’est aussi une question de survie.