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Médium

transmettre pour innover

dir. publ. Régis Debray.Paris : Éd. Babylone. – 19 cm.
ISSN 1771-3757Abonnement : 40 €

par Anne-Marie Bertrand

Depuis l’automne 2004, la médiologie a un nouvel outil de communication/transmission/innovation (on ne sait plus comment dire, mais Régis Debray nous propose « agent de liaison ») : Médium qui complète les Cahiers de médiologie.

Pourquoi cette nouvelle revue ? Pour deux raisons dont Régis Debray s’explique dans le numéro 1 (automne 2004) : d’une part, le « réseau médio » se sentait à l’étroit dans la périodicité (semestrielle) des Cahiers, « décrochés, par force, de l’actualité, de la vie des idées et de nos propres bouillonnements » ; d’autre part, les Cahiers se voulaient une revue « savante », Médium sera aussi une revue « militante ». Quant au choix de n’être accessible que sur abonnement, ni en kiosque, ni en librairie, il est justifié par la volonté de « constituer quelque chose comme un club, entre le cercle et le réseau ». Dans son éditorial du numéro 2 (janvier 2005), Régis Debray enfonce le clou : « D’abord le réseau des complices, ensuite la recherche des curieux. »

La revue se présente sous un joli format carré et compte environ 140 pages, les articles n’excédant pas une quinzaine de pages. Une dizaine d’articles dans chaque numéro traitent de sujets plus ou moins actuels (la guerre d’information sur l’Irak, le musée du quai Branly, le « regain antisémite ») ou inactuels (le Nouveau Testament, le journal intime, le livre vu par Julien Gracq). Après ces articles, prennent place les rubriques régulières : « Bonjour l’ancêtre » où « un médiologue d’aujourd’hui célèbre un maître d’hier oublié ou méconnu » (Proudhon par Robert Damien dans le no 1, Malraux par Michel Melot dans le no 2, deux maîtres ni vraiment oubliés ni tout à fait méconnus…), « Salut l’artiste » où « un coin de projecteur éclaire un coin d’ombre dans la forêt des formes actuelles » (Jean-Louis Faure dans le no 1, Nisa Chevènement dans le no 2), « Un concept » (rubrique non signée), « Symptômes », réactions à l’actualité (la réélection de Bush, la mort de Derrida).

Au total, un curieux mélange déstructuré et sans cohérence. Il est vrai que faire le saut des Cahiers à Médium est aussi faire le saut d’un contenu lentement construit pour un contenu plus réactif, plus proche de l’actualité. Mais si c’était précisément ce décalage temporel qu’on appréciait dans les Cahiers ? Et si, à se rapprocher de l’actualité, de la communication au détriment de la transmission, Médium perdait l’originalité, la puissance, la richesse des Cahiers ?

Deux numéros sont bien peu pour porter un jugement : faisons crédit à l’équipe de Médium pour trouver le rythme, le ton, les sujets qui lui permettront de satisfaire un lectorat plus large mais tout aussi exigeant que celui du premier cercle, du club. Nous y reviendrons dans un an…