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L'histoire des bibliothèques à l'École nationale des chartes

Une tradition d'avenir

Annie Charon

Isabelle Diu

Élisabeth Parinet

La principale mission de l’École des chartes est de former des étudiants qui ont vocation à devenir conservateurs de fonds patrimoniaux, singulièrement dans les bibliothèques. Cette formation est avant tout orientée vers la recherche et ne poursuit pas directement des buts professionnels : il s’agit de rendre les futurs responsables de collections familiers des fonds dont ils auront la charge, en leur offrant une approche historique et critique des documents rassemblés dans les grandes institutions chargées de leur conservation, en France comme à l’étranger.

La recherche dans le domaine de l’histoire des bibliothèques s’inscrit donc plus largement dans un questionnement qui porte sur la transmission des textes, sur le livre et l’image, en privilégiant une démarche résolument historique.

Une longue tradition

L’histoire des bibliothèques à l’École des chartes est riche déjà d’une longue tradition illustrée par les nombreux travaux de Henri-Jean Martin et de ses élèves, parmi lesquels on peut citer la grande synthèse, l’Histoire des bibliothèques françaises, en quatre volumes allant du Moyen Âge à l’époque contemporaine, et le Dictionnaire encyclopédique du livre, en cours de publication et comportant un ensemble d’articles sur ce thème qui, pour un certain nombre d’entre eux, portent la signature d’enseignants et d’élèves de l’École des chartes.

Si l’histoire des bibliothèques a sa place dans les enseignements, tout au long du cursus, que ce soit sous la forme de cours, de travaux (dossiers, comptes rendus), de visites, elle fait toujours l’objet d’une investigation historique. Citons la réalisation, en troisième année, des dossiers consacrés à des bibliothèques françaises et étrangères ou à des thèmes traités dans une perspective historique (le prêt, le vol, les catalogues de manuscrits, etc.) ; mentionnons aussi le compte rendu des expositions parisiennes consacrées aux ephemera dans le cadre du Mois du Patrimoine écrit, qui fut l’occasion de se pencher sur l’histoire de la constitution des collections dans des bibliothèques telles que celles du Musée des arts décoratifs ou de l’Heure joyeuse, ou encore la visite consacrée, en partenariat avec le professeur de diplomatique moderne, aux lieux de pouvoir à Versailles, au cours de laquelle l’histoire des confiscations révolutionnaires fut évoquée dans le cadre de l’Hôtel de la guerre, devenu aujourd’hui la bibliothèque municipale.

Au sein même de l’École, la bibliothèque offre également aux élèves un exemple tangible des collections décrites par les enseignants : si l’ensemble du fonds est caractéristique d’une bibliothèque d’étude du début du XIXe siècle, elle possède aussi un fonds ancien, riche de plus de 2 000 ouvrages, conservés dans la Réserve pour les plus précieux d’entre eux, mais aussi dans le fonds général lorsqu’il s’agit de collections qui continuent d’intéresser la recherche actuelle. Ces éditions permettent d’illustrer les cours d’histoire du livre et des bibliothèques et se voient complétées par une collection d’estampes, rassemblées à l’initiative d’Henri-Jean Martin, qui offrent une vision assez complète des techniques de reproduction graphique depuis le XVIe siècle.

Bibliothèques et collectionneurs

Mais l’histoire des bibliothèques est surtout mise à l’honneur par les recherches menées au sein de l’établissement. Ce domaine suscite un intérêt soutenu parmi les élèves de l’École. Une dizaine de thèses, depuis 1995, ont été consacrées à des institutions ou des collectionneurs. Les bibliothèques médiévales ont fait l’objet de deux études grâce à Karine Rebmeister en 2001 et Dominique Stutzmann en 2002. La première s’est intéressée à la bibliothèque du couvent des Cholets, à Paris. Après en avoir rappelé l’histoire, elle retrace les étapes de la constitution des fonds et prête une attention particulière aux règles de fonctionnement de la bibliothèque, à ses lecteurs, au rôle des bibliothécaires et, plus largement, à la vie intellectuelle qui s’y développe. La bibliothèque de l’abbaye de Fontenay abrite, elle, un scriptorium dont Dominique Stutzmann a étudié la production d’un point de vue matériel et artistique, avant de s’intéresser, lui aussi, au fonctionnement de la bibliothèque et à son influence dans le réseau intellectuel cistercien. Dans les deux cas, l’étude se poursuit au-delà de la période médiévale. Le collège des Cholets ainsi que sa bibliothèque furent rattachés au collège Louis-le-Grand en 1764 ; quant à la bibliothèque de l’abbaye de Fontenay, elle résista mal à la convoitise de collectionneurs prestigieux comme Colbert.

À partir du XVe siècle, l’étude des bibliothèques privées apporte de riches éclairages sur la vie intellectuelle, qu’elles appartiennent à de petits nobles bretons comme la bibliothèque des Coëtivy, étudiée par Roseline Harrouët 1, ou aux très Parisiens frères Dupuy. Après avoir consacré sa thèse à la biographie de ces deux animateurs de la vie littéraire parisienne au XVIIe siècle, Jérôme Delatour a prolongé ce travail par une étude de la bibliothèque de leur père 2. De même, la thèse de Yann Sordet consacrée au bibliophile lyonnais Pierre Adamoli 3 étudie, autant que le personnage, archéologue, amateur de numismatique et de curiosités naturelles, sa singulière collection composée d’une bibliothèque choisie, d’un médaillier et d’un cabinet d’histoire naturelle, et permet d’éclairer la constitution d’une collection particulière du XVIIIe siècle, centrée sur le livre, en mettant en lumière les principes qui ont présidé à son élaboration.

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L’amour des livres au Siècle des Lumières : Pierre Adamoli et ses collections. © École des chartes

Avec les thèses de Véronique Béranger et Catherine Gaviglio consacrées à deux grands collectionneurs du XIXe siècle, Auguste Lesouëf 4 et Charles Spoelberch de Lovenjoul 5, ce sont de nouvelles curiosités qui nourrissent des bibliothèques exceptionnelles. L’étude de collections privées y rejoint celle des bibliothèques publiques qu’elles viennent finalement enrichir. Outre cet éclairage sur la collection Smith-Lesouëf, la Bibliothèque nationale a fait l’objet de deux études de nature très différente ; l’une retrace l’histoire d’un département : c’est le livre de Thierry Sarmant 6 ; dans l’autre 7, Catherine Pousset exploite les registres de prêt pour une étude du fonctionnement de la Bibliothèque au milieu du XIXe siècle.

Enfin, à ces travaux il conviendrait d’ajouter, tant les sujets sont proches, les développements contenus dans beaucoup de thèses d’histoire culturelle ou d’histoire du livre, manuscrit ou imprimé. Ainsi, la librairie du duc Louis d’Orléans (1389-1407) occupe une place importante dans le mécénat de ce prince Valois, étudié par Arnaud Alexandre (1999) ; pour sa thèse consacrée aux reliures d’étoffe (1999), Nathalie Coilly a été amenée à s’intéresser à la collection de Jean de Berry, tandis que la thèse de Jocelyn Bouquillard, consacrée aux publications du comte de Bastard (1995), donne d’intéressants exemples de souscriptions de l’État et d’enrichissement des collections.

Journées d’étude et échanges interdisciplinaires

En organisant des journées d’étude internationales, l’École des chartes a le souci de décloisonner l’histoire des bibliothèques et de favoriser les échanges interdisciplinaires : le 15 janvier 1998, la journée « Les ventes de livres et leurs catalogues, XVIIe-XXe siècle » proposait une rencontre entre historiens du livre et de la littérature ; les 8 et 9 novembre 2001, sous la direction de Jean-Michel Leniaud et Béatrice Bouvier, historiens de l’art et des bibliothèques ont exploré des collections ordonnées autour du livre d’architecture. Les actes en ont été publiés, dans la collection de l’École des chartes, « Études et rencontres » ; pour l’un, en 2000 sous la direction d’Annie Charon et Élisabeth Parinet ; pour l’autre, en 2002, IMAGEsous la direction de Jean-Michel Leniaud et Béatrice Bouvier 8.

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Le livre d'architecture © École des chartes

L’intérêt de l’École des chartes pour l’étude des bibliothèques d’architectes a trouvé un prolongement dans sa participation aux journées d’étude internationales organisées par l’Association française des historiens d’architecture (AFHA) et l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), les 14-15 janvier 2005, « Bibliothèques d’architecture : questions de sources et de méthodes ». Autre occasion de faire dialoguer historiens de l’art et historiens des bibliothèques, le colloque organisé en 2001 par Jean-Michel Leniaud et consacré à Henri Labrouste, architecte de la bibliothèque Sainte-Geneviève, a trouvé son prolongement dans la publication de ses actes, enrichis d’une importante iconographie et d’un catalogue sommaire des dessins de l’architecte 9. En mars 2003, l’École des chartes, l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, l’École normale supérieure lettres et sciences humaines, la Bibliothèque municipale de Lyon et le Musée de l’imprimerie ont organisé, sous l’égide de l’Institut d’histoire du livre qui réunit ces différentes institutions, un colloque international, qui s’est tenu à Lyon, sur le thème de la représentation de la littérature antique dans les bibliothèques européennes, entre le XVe et le XIXe siècle. Ce colloque a permis de dresser un état des lieux, mais aussi de définir une méthodologie, notamment pour l’usage des catalogues de bibliothèques ou des inventaires comme mode d’accès à une histoire intellectuelle.

L’École des chartes a aussi contribué à l’organisation et à la réalisation du congrès de la Society for the history of autorship, reading and publishing (Sharp) qui s’est tenu à Lyon en juillet 2004, sous l’égide de l’Institut d’histoire du livre, et a fait place à plusieurs communications consacrées à l’histoire de bibliothèques privées ou publiques : collection d’Elias Ashmole, qui se trouve aujourd’hui à la Bodleian Library (Vittoria Feola, « Elias Ashmole’s library »), bibliothèque d’une École du dimanche anglicane au Québec (Renae Satterley, « The Sunday School Library of Christ Church, St Andrews East, Quebec »), bibliothèque de médecine fondée par Giovanni Lancisi au XVIIIe siècle à Rome (Marco Fiorilla, « The Lancisiana Library »)…

Depuis l’année universitaire 1994-1995, l’École nationale des chartes accueille un programme animé par Dominique de Courcelles, directeur de recherche au CNRS, et intitulé « Textes littéraires et sociétés XVe-XVIIe siècles ». Dans le cadre de ce programme, des journées d’étude rassemblent tous les ans, dans une perspective interdisciplinaire, des chercheurs dans le domaine de l’histoire sociale, de l’histoire littéraire et de l’histoire du livre ou des collections. Ces journées sont coorganisées par l’École et par le CNRS (UMR 5037 : Centre d’études en rhétorique, philosophie et histoire des idées de l’humanisme aux Lumières, en partenariat avec l’École normale supérieure des lettres et sciences humaines de Lyon), sous la responsabilité de Dominique de Courcelles.

De nombreuses communications abordent la question des bibliothèques et des collections, qu’elles soient liées au pouvoir (F. Barbier : « Le livre, le prince et la bibliothèque : espaces, savoirs et pouvoirs dans l’Europe de la Renaissance », C. Val Julian : « Surveiller et punir le livre en Nouvelle-Espagne au XVIe siècle », dans les journées d’étude organisées en avril 1997 : « Le pouvoir des livres à la Renaissance »), ou qu’elles s’ordonnent autour d’une conception du savoir (« Ouvrages miscellanées et théories de la connaissance à la Renaissance », journées d’étude organisées en 2002). Ces travaux font l’objet de publications régulières dans la collection « Études et rencontres de l’École des chartes ».

En outre, des enseignants-chercheurs de l’école participent régulièrement à des séminaires ou des journées d’étude organisés, en France par le CNRS, l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT), l’École normale supérieure, à l’étranger notamment par le Musée de la maison d’Érasme à Bruxelles, au cours desquelles des problématiques relatives aux bibliothèques sont abordées : ainsi en va-t-il du séminaire sur l’histoire de la philologie, organisé depuis 2001 par l’ENS Ulm et l’Université de Versailles-Saint-Quentin, sous la responsabilité d’Emmanuel Bury, professeur à l’Université de Versailles-Saint-Quentin ; de celui du Groupe de recherche sur l’humanisme organisé par l’IRHT, sous l’égide de Jean-François Maillard, directeur de recherche au CNRS, et de Jean Céard, professeur à l’Université Paris-IV-Sorbonne, intitulé « Collections, anthologies et dictionnaires aux XVIe- XVIIe siècle », ou des journées de Disputatiunculae organisées par Alexandre Vanautgaerden à la maison d’Érasme depuis 1998 comme des journées d’études du Groupement de recherche international « Mondes lettrés », sous la responsabilité de Christian Jacob.

Une dimension internationale

La présence régulière de conservateurs et professeurs étrangers, invités durant l’année universitaire, à l’initiative des professeurs de l’École des chartes ou de chercheurs associés, donne une IMAGEdimension internationaleIMAGE aux recherches en histoire des bibliothèques ; ceux-ci participent aux cours et donnent une conférence publique ; citons celle d’Otto Lankhorst, conservateur à la bibliothèque de l’Université de Nimègue, en 1997-1998 : « Les ventes publiques aux Pays-Bas (XVIIe-XVIIIe siècle) », celle d’Ann Blair, professeur à l’Université de Harvard, en 1998-1999 : « Les lecteurs et usagers : les ouvrages de référence encyclopédiques aux XVIe et XVIIe siècles », ou encore celle de Pedro Catedra, professeur à l’Université de Salamanque, en 2000-2001 : « Bibliothèques de femmes en Espagne au XVIe siècle », et enfin, en 2004-2005, la communication de Manuel Ramos Medina, directeur du Centre d’études d’histoire du Mexique à Mexico : « Les fonds anciens des bibliothèques de Mexico ».

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Bibliothèque Marciana à Venise. Salle Sansovino. © Foto Toso, Venise.

Par ailleurs, depuis 2003, l’École des chartes a mis en place, avec l’aide du ministère des Affaires étrangères et en partenariat la Bibliothèque nationale de France et la bibliothèque Sainte-Geneviève, un programme de coopération avec les archives et les bibliothèques russes, dont les objectifs sont le repérage des fonds intéressant l’histoire de France dans les archives et les bibliothèques de la Fédération de Russie, qui doit déboucher sur la rédaction d’un guide de recherche, ainsi que l’aide à la formation d’étudiants et de conservateurs russes (organisation de cours et de stages de formation à Moscou ; accueil d’enseignants, d’étudiants et de conservateurs russes à l’École des chartes). Le recensement d’un fonds sur la Révolution française à la Bibliothèque historique publique de Moscou est un premier pas vers la réalisation d’un catalogue collectif des livres français des bibliothèques russes.

Par ailleurs, l’École des chartes était représentée au colloque « Espace culturel de l’Europe à l’époque de Catherine II : livres, objets d’art, pratiques culturelles », organisé à Arkhangelskoïé, du 12 au 14 septembre 2004 par l’Institut d’histoire universelle de l’Académie des sciences de Russie, l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et le Musée du domaine d’Arkhangelskoïe : Henri-Jean Martin présentait une communication sur les « Bibliothèques dans la tourmente révolutionnaire : rupture et continuité puis renouveau dans la vision de la Russie par les Français » et Annie Charon proposait une étude sur les achats d’un noble russe, Doubrovsky, à la vente Loménie de Brienne. En décembre 2004, c’est un historien des bibliothèques russes, Mikhail D. Afanassiev, directeur de la Bibliothèque historique publique à Moscou, qui fut convié à l’École des chartes comme professeur invité ; il donna aux élèves de première année une leçon sur l’histoire de la réception des livres français en Russie, aux XVIIe-XIXe siècles, d’après l’étude des ex-libris et des annotations manuscrites dans les livres de la BHP et consacra une conférence publique à la vente de livres anciens par le gouvernement soviétique dans les années 1920-1930. Les amateurs russes ayant tout au long des XVIIIe et XIXe siècles acheté de nombreux livres en France, tant chez des libraires qu’en participant à des ventes publiques, les recherches menées par l’École des chartes apporteront de précieux éclairages sur l’histoire des collections françaises dans un échange fructueux avec les historiens tant russes que français travaillant sur l’histoire des relations culturelles entre les deux pays.

Enfin, en participant à des entreprises de valorisation des fonds anciens de bibliothèques, l’École des chartes contribue à la connaissance de leur histoire. Elle apporte sa caution scientifique à la collection du Corpus iconographique qui a pour vocation de rassembler des études d’histoire du livre s’appuyant sur les fonds anciens de bibliothèques universitaires. Trois volumes sont parus à ce jour 10 ; le livre d’Annie Chassagne consacré à la bibliothèque de l’Académie royale des sciences devrait paraître prochainement.

Ressources en ligne

Le site Internet de l’École des chartes propose diverses ressources pour l’histoire des bibliothèques : tout d’abord, l’accès aux travaux de recherche des élèves ; une base de données des thèses soutenues depuis la création de l’École, le catalogue des thèses par années de soutenances et le texte intégral des positions de thèses de 1999 à 2004, celles-ci faisant par ailleurs l’objet d’un volume annuel imprimé. On trouve aussi des publications électroniques 11 ; signalons, dans le domaine de l’histoire des bibliothèques, la base de données des catalogues de vente de l’époque moderne des bibliothèques parisiennes. En effet, l’École des chartes réalise, en parallèle avec l’Enssib et dans le cadre d’une équipe de recherches à laquelle sont associés les élèves, un répertoire des catalogues de vente de bibliothèques conservés dans les bibliothèques parisiennes, en dehors de la Bibliothèque nationale de France ; les établissements concernés pour le moment, sont la bibliothèque Sainte-Geneviève, l’Institut catholique, l’Institut. Le répertoire met l’accent sur l’identification des possesseurs et sur les particularités des exemplaires, annotations manuscrites, mentions de prix, noms des acheteurs, etc., autant d’informations précieuses pour les historiens du livre et des bibliothèques.

À l’instar des projets d’édition électronique qu’elle développe sur d’autres types de documents, notamment sur des pièces d’archives, l’École des chartes élabore de nouvelles méthodes d’édition scientifique, qui utilisent les nouvelles technologies de l’information. Les bibliothèques sont bien sûr présentes dans ce programme de recherche. On citera, par exemple, le projet lancé avec Raphaële Mouren, conservateur à la Bibliothèque municipale d’Aix-en-Provence, sur les pratiques d’édition scientifique de catalogues de bibliothèques. Le but est de réfléchir à l’apport que peut représenter, pour l’histoire du livre, le choix d’une publication électronique et aux modalités de telles éditions (définition de schémas XML par rapport aux besoins de la recherche). Cette réflexion s’appuiera sur l’organisation d’une table ronde et sur le développement de deux projets pilotes autour de la bibliothèque de Piero Vettori (1499-1585), pour laquelle on dispose de plusieurs catalogues et inventaires manuscrits (XVIIIe-XIXe siècle) ainsi que d’une grande partie des ouvrages, et de la bibliothèque des Turretin, réformateurs de Genève, qui fut mise en vente par les libraires de Tournes avec établissement d’un catalogue manuscrit.

Tradition et modernité

Le rapide bilan présenté dans les pages précédentes ne constitue qu’un survol des activités de recherche menées à l’École des chartes sur l’histoire du livre et celle des bibliothèques, abordées dans leur complémentarité et leur cohérence. Il témoigne néanmoins d’une implication continue dans ce domaine. De nouveaux projets nourrissent le prochain contrat quadriennal de l’établissement ; notamment un cycle de rencontres internationales, organisées en collaboration avec des institutions de conservation et des unités de recherche universitaires, qui porteront sur divers aspects de la production, de la diffusion et de la conservation des livres, du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Les années à venir verront également la mise en place de programmes consacrés à l’édition à l’époque contemporaine : mise en ligne de catalogues d’éditeurs et collecte de témoignages d’acteurs importants du monde de l’édition (littéraire, mais aussi scientifique ou scolaire).

L’École des chartes entend rester fidèle à une tradition qui ne dissocie pas les différents éléments du patrimoine écrit et englobe également d’autres champs patrimoniaux (l’archéologie monumentale depuis le XIXe siècle et, à date plus récente, l’étude des objets relevant de l’histoire de l’art et de l’archéologie du sol).

C’est dans ce cadre volontairement global et généraliste, qui permet de mieux saisir l’unité et le sens des productions d’une société, ainsi que les conditions historiques de leur transmission, qu’est conçue la formation des étudiants. Leur implication systématique dans des programmes collectifs de recherche semble le gage d’une solide préparation à leur futur métier, en leur donnant les armes intellectuelles nécessaires tout autant aux activités propres de la conservation qu’à celles de la valorisation.

C’est aussi la raison pour laquelle, actuellement, une place importante est donnée à l’usage des technologies de l’information et de la communication, qui offrent de nouveaux outils à la documentation et permettent d’envisager un enrichissement des méthodes d’analyse et de traitement scientifique des collections patrimoniales.

Dans les prochaines années, les travaux menés à l’École des chartes (et en collaboration avec d’autres institutions) sur l’histoire des bibliothèques devraient tirer profit de cette association volontariste de la tradition et de la modernité.

Février 2005

  1.  (retour)↑  « Une famille de bibliophiles au XVe siècle : les Coëtivy », 1999.
  2.  (retour)↑  « Une bibliothèque humaniste au temps des guerres de Religion : les livres de Claude Dupuy, d’après l’inventaire dressé par le libraire Denis Duval (1595) », préface de Bruno Neveu, 1998.
  3.  (retour)↑  « L’amour des livres au Siècle des Lumières : Pierre Adamoli et ses collections », préface de Daniel Roche, 2001.
  4.  (retour)↑  « Japonisme et érudition : le livre japonais dans les collections d’Auguste Lesouëf », 2000.
  5.  (retour)↑  « Charles Spoelberch de Lovenjoul, un collectionneur et ses libraires », 1999.
  6.  (retour)↑  Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de 1661 à 1848, 1994.
  7.  (retour)↑  « Le prêt à la Bibliothèque nationale sous l’administration de Jules Taschereau, 1858-1874 ».
  8.  (retour)↑  Le livre d’architecture, XVe-XXe siècle, édition, représentations et bibliothèques, 2002.
  9.  (retour)↑  Des palais pour les livres. Labrouste, Sainte-Geneviève et les bibliothèques, Maisonneuve et Larose, 2002.
  10.  (retour)↑  Jean-Marc Chatelain, Livres d’emblèmes et de devises ; Laurent Pinon, Livres de zoologie de la Renaissance ; Nicolas Petit, L’éphémère, l’occasionnel et le non-livre d’après les collections de la Bibliothèque Sainte-Geneviève.
  11.  (retour)↑  http://www.enc.sorbonne.fr