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Bibliothek : Forschung und Praxis

années 2003 (numéros 1-2 et 3) et 2004 (numéros 1 et 2)

Munich : K.G. Saur. ISSN 0341-4183. Abonnement annuel (3 numéros) : 198 €.

par Dominique Lahary

Articles en ligne pour les abonnés à l’édition imprimée : http://www.bibliothek-saur.de

Pour la quatrième critique 1 portant sur cette revue à la présentation toujours aussi austère et au contenu copieux 2, on se permettra non une recension exhaustive, mais une évocation de quelques dossiers ou articles.

Feu

Ces lignes ont été écrites quelques jours après la destruction par les flammes de portions considérables du fonds précieux d’une bibliothèque classée patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco 3. On ne peut faire abstraction de ce tragique sinistre à la lecture de l’article « La réforme structurelle de la bibliothèque de la duchesse Anna-Amalia à Weimar » de Heike Andermann et Manja Weinberg (no 3, 2003), plaidoyer pour le passage d’une organisation pyramidale avec ses départements étanches (acquisitions, catalogage, usagers, conservation, bibliographie) à une organisation matricielle privilégiant la transversalité et le fonctionnement en mode projet, qui ne nie pas les résistances suscitées par tout processus de changement et la nécessité d’une phase de stabilisation de toute réforme.

Michael Knoche, directeur de cet établissement, présentait dans « Une bibliothèque de recherche du XXIe siècle : la bibliothèque de la duchesse Anna-Amalia à Weimar » (no 2, 2004) un projet de rénovation associant le bâtiment rococo du XVIIIe siècle à une extension moderne comprenant salles de lecture et magasins. La surface totale passerait de 3 543 à 13 517 m2, essentiellement au bénéfice des collections en libre accès (la capacité étant portée de 5 000 à 200 000 volumes) et des places assises (de 31 à 190). Les travaux devaient s’achever début 2005.

Bâtiments

À l’occasion du congrès de l’Ifla qui s’est tenu à Berlin en août 2003, l’intégralité du no 1-2 de cette même année était consacrée à un dossier intitulé « La construction de bibliothèques en Allemagne au tournant du siècle ». Dans une introduction publiée en anglais et en allemand, Elmar Mittler présente ainsi les caractéristiques des constructions universitaires des années 1970 et 1980 : quasi-totalité des collections en libre accès, nombreuses places assises, bâtiments modulaires « flexibles », avec climatisation et haute technologie, prise en considération des « besoins additionnels » des usagers (espaces pour travailler en groupe, salles de conférences et de cours, espaces d’exposition, cafétéria), renonciation aux bureaux ouverts climatisés pour le personnel.

Un nouveau modèle apparaît au tournant des années 1990 avec la bibliothèque d’État et universitaire de Göttingen où trois aires fonctionnelles sont clairement différenciées : magasins enterrés, zones de lecture et d’information, bureaux du personnel. C’est de ce modèle que s’inspirent les nombreuses réalisations entreprises ces dernières années dans l’ancienne Allemagne de l’Est où, au moment de la réunification, 50 % des surfaces étaient antérieures à 1900 et seulement 25 % postérieures à 1949. Quant aux innovations architecturales en matière de bibliothèques publiques, elles sont cantonnées à l’ancienne Allemagne de l’Ouest, dont les collectivités locales ont seules les moyens de mobiliser des ressources suffisantes. Après une phase où l’accent était mis sur le mélange des supports, se développe maintenant une coexistence entre zones dédiées aux seuls ordinateurs, zones réservées aux livres et zones mixtes. Le reste du dossier est constitué de présentations de nouveaux bâtiments, avec photos et plans. Il n’y est question que de bibliothèques universitaires, la plupart situées dans les « nouveaux Länder », à l’exception de la nouvelle bibliothèque publique centrale de Brême installée… dans l’ancien hôtel de police du début du siècle, entièrement restructuré.

L’information en ligne

Heike Andermann et Andreas Degkwitz proposent dans « Nouvelles approches dans la fourniture d’information scientifique » (no 1, 2004) une analyse économique du marché de l’information scientifique en ligne et du marché économique marchand avant de présenter le contre-modèle du libre accès et d’en détailler de nombreux exemples, y compris le peer-to-peer.

Dans « La bibliothèque virtuelle de la société Max-Planck : conception et perspectives » (no 2, 2004), Anke Bruns fait la genèse du portail 4 réalisé pour cette société qui comporte plus de 80 instituts de recherche portant sur de nombreux domaines des sciences humaines et exactes. C’est finalement le programme Sfix 5 qui a été adopté pour permettre un accès unifié à des ressources très diverses : catalogues de bibliothèque, ressources numériques en texte intégral, choix de ressources d’Internet, bouquet de revues électroniques en ligne, etc.

« Contrôle de la qualité et évaluation des ressources scientifiques du web » (no 3, 2003) de Margo Bargheer est une version courte en anglais d’un rapport en allemand commandé par la fondation allemande pour la recherche 6. Faisant un large usage de la littérature professionnelle sur le sujet, l’auteur défend l’idée que les bibliothécaires doivent filtrer qualitativement le web par des Quality Controlled Subject Gateway (QCSG), terme qu’on se gardera d’obscurcir par une traduction. Elle décrit la spécificité des ressources du web et dresse de nombreux tableaux de critères d’appréciation des ressources dont ceux issus du projet Desire 7. On la suivra dans sa conclusion : écrire sur l’évaluation des ressources d’Internet présente nécessairement un caractère transitoire, dans un contexte sans cesse changeant.

Un manifeste pour les bibliothèques publiques

Le Manifeste des bibliothèques publiques du Bade-Wurtemberg 8 (no 2, 2004), cosigné par les quatre Fachstellen 9 de ce Land ainsi que par les échelons locaux des deux fédérations, le DBV 10 et le BIB 11, est publié sans commentaire 12. Ce court texte dit en douze points l’essentiel pour valoriser la place des bibliothèques dans la formation, la recherche, la culture et les loisirs et rappeler qu’elles ne peuvent être remplacées par des ressources numériques. On y lit leur rôle dans l’égalité des chances et la formation tout au long de la vie et l’importance de l’accès qu’elles procurent à tous les supports et médias. On déniche de jolies formules : « [Les bibliothèques publiques] procurent des déclics et permettent de découvrir l’inattendu », « Les personnels des bibliothèques disposent d’une formation spécialisée, sont compétents, aimables et communicants. » Le douzième point, qui traite de la nécessité de les doter de moyens en personnels, budgets, espaces et de moyens techniques suffisants, suit ces deux principes parfaitement clairs : « Les bibliothèques travaillent de façon efficace, en étant conscientes de leur coût » (en utilisant notamment des prestations centralisées générant des économies) et « les bibliothèques travaillent en coopération et en réseau ».

Autres thèmes

Michaela Putz livre avec « Les changements dans la médiation en bibliothèque d’étude et de recherche » (no 1, 2004) un panorama stimulant sur la question. Partant d’un double modèle de la bibliothèque physique (le modèle minimal où l’utilisateur est censé savoir se repérer et le modèle maximal où la bibliothèque doit savoir répondre à la question posée par celui-ci), elle évoque l’End-User-Euphorie [en allemand dans le texte] qui tend à l’extinction de toute médiation, voire de la fréquentation de la bibliothèque. Évoquant les bouleversements de la chaîne éditoriale introduits par l’édition électronique, commerciale, coopérative ou réalisée par les bibliothèques, elle détaille enfin divers types de médiation et de services au public dans l’univers numérique, tels que le chat ou les tutoriels en ligne. Elle conclut en confirmant la place des bibliothèques dans un univers concurrentiel et en indiquant que sa caractéristique est l’intégration de tous les supports, qui faciliterait l’accès par l’utilisateur. Ce qu’elle appelle avec d’autres la « bibliothèque hybride ».

Wolfgang Ratzel livre le troisième volet de son étude « Typologie, analyses et dynamique des conflits » (nos 2 et 3, 2002) 13 dans un texte coécrit avec Gabriele Gebauer et intitulé « Venir à bout des conflits : Supplément » (no 3, 2003). Sont passés en revue diverses méthodes et outils : la vidéosurveillance, les vigiles, la modération, la médiation, mais aussi des disciplines ou exercices tels que la fenêtre Johari, l’analyse transactionnelle, la programmation neurolinguistique, les jeux de rôles filmés. L’accent est mis sur l’importance de la communication non verbale entre bibliothécaires et usagers et sur le respect des distances entre individus.

L’article de 25 pages de Charles R. Croissant, « Marc21 et le catalogage anglo-saxon » (no 1, 2004), n’a de sens que parce que l’Allemagne, qui vivait sur des règles de catalogage et un format bibliographique non Marc qui lui étaient spécifiques, bascule en masse vers les standards anglo-saxons (AACR2 et Marc21), qui sont, on le sait, universels de fait.

Parmi les nombreuses notes de lecture publiées en fin de numéro, notons enfin la recension du livre d’Ulrike Hollender, Un havre de paix : die kriegsgefangenen französischen Offiziere an der preußischen Staatsbibliothek in Berlin, 1941-1945, publié chez Reichert en 2002 (no 3, 2003). Il traite des officiers français prisonniers de guerre qui travaillèrent à la bibliothèque d’État de Prusse pendant le dernier conflit mondial.