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12e conférence annuelle de Sharp

Joëlle Garcia

La douzième conférence annuelle de Sharp (Society for the History of Authorship, Reading and Publishing) s’est tenue à Lyon, du 20 au 23 juillet derniers dans les locaux de l’École normale supérieure.

Depuis sa création en 1991, Sharp, qui compte 1 200 membres (dont les deux tiers viennent du continent nord-américain), s’efforce de favoriser les échanges académiques entre ses membres, à travers des publications imprimées (Sharp News, Book History), un site web 1, une liste de discussion électronique et des conférences annuelles.

Sur le thème Crossing borders, les différentes sessions programmées pendant ces quatre jours ont abordé la question des transferts culturels, dans les deux sens, entre Ancien et Nouveau Monde, de part et d’autre de l’Atlantique mais aussi du Pacifique.

À la suite des discours d’ouverture de François Dupuigrenet-Desroussilles, Beth Luey et Henri-Jean Martin, Roger Chartier a prononcé une conférence inaugurale reprenant le grand thème du colloque « Crossing borders : la sociologie des textes et la littérature à l’époque moderne », puis Dominique Varry a tracé un panorama de cinq siècles d’imprimerie à Lyon.

Ensuite, une séance plénière a été l’occasion de débattre d’un projet ambitieux d’histoire du livre à l’échelle internationale. Une table ronde rassemblait, sous la présidence de Simon Eliot (actuel président de Sharp), des historiens du livre de plusieurs continents (dont Jean-Yves Mollier et Marie-Françoise Cachin pour la France), et avait pour objectif de former un groupe de recherche sur une histoire internationale de la fiction populaire de 1850 à 1950. Les intéressantes interventions des participants à la table ronde n’ont malheureusement pas laissé suffisamment de temps à la discussion sur la problématique du rapport entre les histoires nationales du livre et la faisabilité d’une histoire internationale du livre. Les débats se sont poursuivis les jours suivants dans les différentes sessions.

Du mercredi au vendredi, le programme, riche et dense, agrémenté par des visites à la Bibliothèque municipale de Lyon, au Musée de l’imprimerie, au Musée gallo-romain ou chez les libraires du quartier Saint-Georges, s’organisait autour de 52 sessions se tenant en parallèle.

Les thèmes des communications et des débats étaient nombreux : les « histoires nationales » du livre, la bibliographie, l’imprimerie et la typographie, l’illustration, le commerce du livre, les bases de données et les bibliothèques virtuelles, la littérature jeunesse, la littérature religieuse, les littératures de voyage, la propagande, la censure… Plusieurs sessions étaient plus particulièrement consacrées à la littérature populaire.

Deux tables rondes ont amorcé de fertiles discussions, l’une sur une histoire « globale » du livre, qui se veut internationale, comparée et interdisciplinaire, l’autre sur la nécessité d’imposer des standards et des savoirs communs pour la numérisation des images imprimées.

Ce foisonnant programme, impossible à présenter ici plus en détail, et les résumés des communications sont disponibles sur le site de l’Institut d’histoire du livre 2.

Ce rendez-vous annuel des membres de Sharp est également l’occasion de récompenser des publications récentes qui apportent une contribution majeure au développement de l’histoire du livre. Cette année, le Sharp Book History Prize a été remis à l’ouvrage de Janine Barchas, Graphic Design, Print Culture, and the Eighteenth-Century Novel, publié aux Presses universitaires de Cambridge en 2003. Le catalogue des Bibles imprimées du XVe au XVIIIe siècle conservées à Paris, de Martine Delaveau et Denise Hillard, édité par la Bibliothèque nationale de France en 2003, a reçu le Sharp Award for Distinguished Achievement, prix créé en 2004 pour récompenser les « outils de recherche » (publications, sites web, réseaux de recherche…).

Cette conférence annuelle couvre des champs de recherche très divers et place les problématiques actuelles de recherche sur un plan international qui offre des perspectives prometteuses. Les interventions y sont d’un intérêt inégal, comme dans toute manifestation de ce type, mais la rencontre entre chercheurs, professeurs et étudiants, et professionnels de différents pays est une source d’enrichissement intellectuel que nos collègues lyonnais ont su efficacement et agréablement accompagner. Les prochaines conférences se tiendront à Halifax (Canada) en 2005 et La Haye en 2006.