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Editorial

Anne-Marie Bertrand

La liberté de l’information est un concept vague et un combat nécessaire.

Concept vague parce que s’y entremêlent la liberté du producteur d’information et celle du récepteur : la liberté d’éditer et celle de lire. Vague parce qu’elle concerne les contenus de l’information comme les moyens de s’informer – les textes et l’équipement des ménages en micro-ordinateurs, voire le taux d’alphabétisation. Vague parce qu’elle englobe la liberté de la presse, la concentration de l’édition, la censure réglementaire (ce que les textes interdisent) et la censure sociale (ce qu’une société ne tolère pas), le prix des journaux, le poids des annonceurs de publicité, l’accès à la connaissance (et pas seulement à l’information), le droit des auteurs et le droit des usagers de l’information, la diffusion des travaux scientifiques, l’existence d’un espace public du savoir (producteurs, diffuseurs et usagers), l’équilibre entre des droits particuliers et l’intérêt général, etc.

Combat nécessaire, bien sûr ! Et, parallèlement, combat nécessaire sur plusieurs plans. Pour que la privatisation de la connaissance ne s’installe pas comme la norme contemporaine de l’accès au savoir dans « une société de l’information fondée sur le péage » (Dominique Lahary). Pour que la technique (informatique) ne soit pas utilisée comme outil de police, nouvel avatar (très réel) du fantasmatique Big Brother. Pour que le service public de la documentation et de l’accès au savoir que sont les bibliothèques puisse remplir ses missions sans que les objectifs de ses tutelles y fassent obstacle, que ce soit pour des motifs de sécurité intérieure, comme aux États-Unis, ou pour des raisons idéologiques, comme en France. Pour que soient encore possibles le partage d’un « espace culturel commun » (Daniel Kaplan) et la transmission du patrimoine. Pour que les textes, les œuvres, les idées, « la sédimentation de notre savoir » (Michel Melot) soient accessibles, vivants, mobiles et non enfermés dans des musées ou des mouroirs.

Et combat nécessaire pour que la liberté de la presse soit reconnue comme notre bien à tous, fragile, précieux : pour que la liberté des journalistes, leur liberté physique, leur liberté de travailler, soit respectée. Ici, ailleurs. Partout.