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Les français et leur École

le miroir du débat, septembre 2003-mars 2004

Paris : Dunod, 2004. – 574 p. ; 19 cm. ISBN 2-10-048341-2 : 7,50 €

par Anne-Marie Bertrand

On se souvient de l’agitation du printemps 2003 dans l’éducation, des grèves et manifestations contre les projets de réforme menés par le ministre d’alors, Luc Ferry. Pour sortir de ce climat hostile, le gouvernement décida d’ouvrir un « débat national sur l’avenir de l’École », qui eut lieu de septembre 2003 à mars 2004. Cet ouvrage, publié dès avril 2004 (exploit remarquable !), se veut la synthèse neutre et non décisionnelle, « le miroir », de ce débat. Un gros pavé, 574 pages, qui tente de rendre compte des 26 000 réunions publiques auxquelles ont participé un million de personnes (chiffre magique et symbolique), dont 46 % d’enseignants, sur le système éducatif, l’école, le collège et le lycée.

Valeurs et missions de l’école

Leitmotiv des débats et sujets les plus souvent traités, les « comment former ? » : « Comment motiver et faire travailler efficacement les élèves ? », « Comment lutter efficacement contre la violence et les incivilités ? » et « Comment l’École doit-elle s’adapter à la diversité des élèves ? » sont les sujets les plus souvent abordés dans les débats publics.

Mais, au-delà du « comment ? », est revenue régulièrement l’interrogation sur les missions de l’école et les valeurs qu’elle doit transmettre. Est ainsi apparu souvent le souhait que les missions de l’école soient reprécisées et réaffirmées publiquement, voire solennellement. « Un consensus large s’établit sur la primauté de la laïcité, de l’égalité des chances et de la gratuité. »

Quant aux valeurs à transmettre, elles sont nombreuses (trop ?), pot-pourri qui cache sans doute de profonds désaccords. Par contre, un constat largement partagé est celui du « décalage entre l’École et la société » : « La première doit inculquer aux futurs citoyens les valeurs républicaines et humaines (qui englobent égalité, fraternité, solidarité, épanouissement personnel, autonomie, tolérance, respect de l’autre, esprit critique, goût du travail, responsabilité […] ). La société quant à elle valorise la satisfaction et la rentabilité immédiates, la compétition, le zapping (télévision, SMS), la facilité, le profit, le consumérisme, la chance voire l’injustice. Avec l’appui des médias et des milieux économiques, elle érige en modèle ce qui est le contre-exemple des idéaux de l’École. » L’École, disent de nombreux enseignants, est « sans contrepoids face aux séductions d’une culture de la vidéo et de l’inflation publicitaire ».

L’école et la bibliothèque

Le narcissisme des bibliothécaires ne peut que souffrir de la modeste place que le livre, la lecture et les bibliothèques occupent dans ce débat. Certes, la lecture est consensuellement présentée comme l’une des trois compétences de base (lire, écrire, compter) – mais les outils concrets brillent par leur absence.

Après lecture exhaustive (de cette synthèse), j’ai trouvé ces quelques occurrences. Première occurrence (p. 65), l’importance de « donner à l’enfant le goût de lire » ; « On ne peut se plaindre que les enfants ne lisent pas et accaparer leur temps libre jusqu’à la saturation » (p.84) ; « Une difficulté de l’École dans l’apprentissage du sens de l’effort réside dans le fait qu’à l’École, le plaisir n’est pas immédiat mais différé. Il faut par exemple savoir lire pour ensuite éprouver du plaisir à lire » (p. 85) ; « L’organisation des programmes et des enseignements, certaines conditions matérielles telles que la saturation des CDI (centres de documentation et d’information), des salles d’étude et des locaux informatiques sont identifiées comme des obstacles à l’apprentissage de l’autonomie » (p.111) ; « Il faut développer les structures et espaces conviviaux d’accueil (salles d’étude, foyers), mettre en valeur les centres de documentation, proscrire les barreaux aux fenêtres, aménager les cours de récréation […] » (p. 154) ; « L’annonce d’une nouvelle étape de la décentralisation fait l’unanimité contre elle. La crainte d’une accumulation des inégalités de dotation entre les écoles est l’argument le plus souvent avancé. Les écoles rurales s’estiment fragilisées et défavorisées […] ; elles souffrent d’une absence de ressources culturelles de proximité (bibliothèque, accès au théâtre, aux concerts…) » (p. 186) ; « Le regret est unanime en ce qui concerne les aides-éducateurs […]. Les participants s’inquiètent tout particulièrement de la façon dont fonctionnent désormais les BCD et l’informatique. » (p. 188) ; On souhaite « une utilisation plus méthodique et plus suivie du CDI – dont l’accès est trop réglementé, trop restrictif […] » (p. 261).

Deux contributions d’organisations mentionnent la lecture : celle de l’Association des maires de France (qui cite la lutte contre l’illettrisme et un environnement « propice à l’envie de lire ») et celle du SNUipp, Syndicat national des instituteurs et professeurs des écoles, qui évoque la formation des enseignants en littérature de jeunesse.

Est-ce peu ou n’est-ce pas si mal ?

En tout cas, la lecture de ce document manifeste, une fois de plus, la proximité des préoccupations que partagent ces lieux de transmission que sont l’école et la bibliothèque.