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26e conférence annuelle du Melcom International

Catherine Fauveaud-Brassaud

L’association Melcom International (Middle East Librarians Committee), fondée en 1979, rassemble les professionnels du livre et des bibliothèques s’intéressant au monde proche et moyen-oriental. Son objectif principal est de développer contacts et collaborations entre les personnes et entre les institutions. Elle réunit chaque année, pour un colloque de trois jours, conservateurs et bibliothécaires de grandes institutions nationales et universitaires, ceux de bibliothèques spécialisées, ainsi que des chercheurs sur le livre et les manuscrits orientaux. C’est l’occasion d’échanges et de débats sur les problèmes spécifiques rencontrés par tous les professionnels en charge de collections en langues orientales (arabe, persan, turc, hébreu, syriaque et bien d’autres).

La 26e conférence a eu lieu du 24 au 27 mai 2004 à Munich, à l’invitation de la Bayerische Staatsbibliothek (BSB) ; elle a rassemblé une centaine de participants venus d’une vingtaine de pays. Il est malheureusement impossible de rendre compte ici de toute la richesse des trente-quatre communications qui y ont été présentées 1 et je ne donnerai qu’une synthèse rapide de quelques thèmes évoqués au cours de ces journées 2.

Les conséquences des guerres sur les bibliothèques

La première session a traité de l’impact des guerres sur les bibliothèques en accordant une attention particulière à la situation en Irak. Faìza al Bayati et Juwan Mahmoud, deux collègues irakiennes, ont pu apporter un témoignage important sur la situation actuelle des bibliothèques de ce pays, dévastées autant par douze ans d’embargo que par les combats et les pillages d’avril 2003, et exprimer les demandes d’aide internationale les plus urgentes. Deux interventions ont rappelé les missions d’enquête qui ont eu lieu en Irak depuis la fin des combats, en soulignant que beaucoup d’incertitudes demeurent sur la fiabilité des informations qui nous parviennent et qu’actuellement l’insécurité interdit toute nouvelle mission 3. Ont été exposés ensuite des programmes d’aide internationale mis en chantier. Ceux-ci suivent plusieurs voies : recherche et diffusion d’informations sur les collections détruites ou disparues, aide à la reconstitution et la restauration des collections, envoi de mobilier et de matériel informatique, formation professionnelle, reprise des contacts et échanges des professionnels irakiens avec le reste du monde, principalement par l’organisation de voyages d’études. Toutefois, presque toutes ces initiatives sont retardées par l’instabilité actuelle et plusieurs pays, qui ont rassemblé des fonds ou des collections, attendent pour les envoyer que la situation s’améliore.

L’histoire de la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo a été ensuite évoquée. Entièrement détruite en 1992 par les bombardements et le feu qui s’ensuivit, elle a entamé courageusement sa reconstruction. Grâce à l’aide internationale et notamment celle de l’Unesco, elle a pu reconstituer une petite partie de ses collections et rétablir peu à peu tous les services d’une bibliothèque nationale. Mais les besoins restent immenses, qu’une situation économique et politique encore très fragile ne permet pas de satisfaire.

Les collections et leur histoire

Comme tous les ans, plusieurs sessions ont été consacrées à l’histoire des collections, chaque bibliothèque cherchant à rendre compte de ses richesses et à mettre en valeur ce qui fait son originalité.

Pas moins de six communications nous ont permis de découvrir des collections de manuscrits et d’archives conservées par des bibliothèques nationales et universitaires de la Fédération de Russie (Saint-Pétersbourg, Moscou et Kazan), dont certaines se développent rapidement grâce à une politique volontariste d’acquisitions de manuscrits. Ont été présentés ensuite un fonds de manuscrits arabes de la Bibliothèque universitaire de Malaisie et deux collections spécialisées de la Bibliothèque universitaire de Durham en Grande-Bretagne. La première s’intéresse à l’histoire du Soudan à l’époque coloniale et conserve imprimés et fonds d’archives ; la seconde (Middle East Documentation Unit, MEDU) tente de rassembler d’une façon exhaustive publications officielles et littérature grise sur les pays arabes, source unique de documentation pour tous ceux qui travaillent sur l’économie, la politique ou les sociétés du Moyen-Orient.

Les collections virtuelles ont fait l’objet de deux communications, avec toujours en filigrane l’idée que la numérisation des manuscrits est une solution pour la sauvegarde d’un patrimoine irremplaçable et aujourd’hui menacé. Aernold Van Gosliga nous a invités à réfléchir sur l’apport de l’électronique à l’étude des manuscrits. Analysant plusieurs réalisations, sur cédérom ou en ligne, il s’est appliqué à établir une typologie, identifiant ainsi collections, expositions et catalogues virtuels. La deuxième intervention décrivait le projet de numérisation de Hill Monastic Manuscripts Library 4 qui prend la suite d’un programme de microfilmage de manuscrits lancé en 1965. Aujourd’hui, cet organisme cherche à constituer une collection virtuelle de manuscrits chrétiens orientaux en numérisant des fonds entiers de bibliothèques et en digitalisant rétrospectivement leur propre collection de microfilms. Plusieurs institutions libanaises ont d’ores et déjà conclu un contrat avec lui.

Les outils spécialisés des bibliothécaires

Les dernières séances ont été dédiées aux outils développés par les bibliothécaires pour la gestion de leurs collections. On a parlé en premier lieu des catalogues, instruments de description des fonds et utopie des bibliothécaires, comme l’a souligné un des intervenants qui a retracé brièvement l’histoire du catalogage des imprimés arabes à la Bibliothèque nationale de France, et a montré que, pour les collections multilingues, catalogues papier et catalogues informatisés suivent la même évolution : on passe de la transcription ou translittération à l’utilisation des caractères originaux qui, dans le cas des catalogues informatisés, a été grandement facilitée par l’apparition du standard Unicode. Tous les projets et réalisations de catalogues présentés au cours de ces journées utilisent cette technologie, notamment le projet de catalogue de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (Bulac) qui a choisi le logiciel Millenium et la nouvelle version du Système universitaire de documentation (Sudoc).

Il a été ensuite question des fichiers d’autorité et de l’activité du groupe de travail mis en route au 24e Melcom à Paris en 2002 5 pour « faire avancer la réflexion et les collaborations autour des autorités auteurs et titres arabes ». Le groupe, animé par Annick Bernard, Sara Yontan et Nathalie Rodriguez, a ouvert une liste de discussion, ainsi qu’une page web 6 sur laquelle, dépassant le champ des autorités stricto sensu, a été enregistré un remarquable travail de repérage des sources et services utiles aux professionnels travaillant sur des catalogues en caractères non latins. Pour toutes ces questions de fichiers d’autorité, la nécessité d’un travail de collaboration internationale en réseau a été soulignée par les deux interventions qui ont suivi : la présentation par Claudia Fabian du fichier d’auteurs allemands du Moyen Âge, réalisation exemplaire, et celle d’Alaa el-Tamaas, de la Zayed University Library, qui nous a apporté le point de vue d’un spécialiste arabophone travaillant pour une bibliothèque arabe.

Par la diversité des thèmes abordés, le nombre sans cesse en augmentation des participants et des interventions, ces journées s’affirment de plus en plus comme le rendez-vous essentiel en Europe des spécialistes de collections en langues orientales. Le 27e Melcom International aura lieu à Alexandrie, à l’invitation de la Bibliotheca Alexandrina.