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Patrimoine, production, reproduction

Frédéric Barbier

Le terme de patrimoine est trop utilisé pour faire, dans le discours courant, l’objet d’une réflexion d’ordre lexicographique même minima, et les travaux qui abordent le thème se placent souvent dans une perspective quelque peu spécialisée 1.

Le patrimoine : nature et culture

Rappelons donc, pour commencer, un certain nombre de choses sans doute connues. En français, l’acception centrale de « patrimoine » relève de l’ordre du droit : le latin patrimonium désigne l’avoir d’une famille (pater, père, au sens social plus que biologique du terme), avec des dérivés figurés apparaissant dans des expressions telles que patrimonium populi (le bien du peuple, autrement dit le trésor public) 2. Le terme est utilisé au Moyen Âge, soit directement en latin, soit, à partir du milieu du XIIe siècle, en langue vulgaire, toujours dans une perspective renvoyant à la possession de biens matériels : le patrimoine de saint Pierre, ce sont, depuis l’époque carolingienne, les territoires possédés par l’Église romaine en Italie. Encore en 1778, l’édition in-quarto de l’Encyclopédie rattache sa brève entrée « patrimoine » au domaine de la jurisprudence : « Dans son acception propre, il se dit d’un bien de famille : quelquefois même on entend par là ce qui est venu à quelqu’un par succession ou donation en ligne directe. » 3

Deux compléments sont donnés à l’article, pour le « patrimoine du roi » (qui est défini comme le « domaine particulier » du souverain) et, à nouveau, pour le « patrimoine de s. Pierre ».

Ce ne sera qu’au XIXe siècle que se répandront en français les acceptions dérivées par analogie ou par métaphore : le patrimoine est « ce qui est transmis à une personne, une collectivité, par les ancêtres, les générations précédentes, et qui est considéré comme un héritage commun » (1823).

Complété par une épithète, le terme s’applique progressivement à toutes sortes de domaines particuliers comme ceux de la biologie et de l’écologie (le patrimoine génétique, voire halieutique, etc.), ou encore de l’ethnologie… L’acception la plus couramment reçue par le sens commun se rencontre ici, le patrimoine désignant en définitive ce qui a été reçu des générations antérieures, et envers quoi on aura une certaine obligation morale de respect et de préservation (il touchera, par exemple, le domaine de la ou des langues) : reçu des ascendants, le patrimoine doit en effet, en toute logique, être transmis aussi fidèlement que possible aux descendants 4.

L’articulation entre le concept de patrimoine et la construction du droit romain explique que l’on ne trouve pas l’équivalent direct de « patrimoine » dans des langues non latines comme, par exemple, l’allemand – alors que l’espagnol et l’italien ne posent aucun problème. En allemand, les différentes acceptions emploient des termes eux-mêmes différents : s’agissant du patrimoine artistique, les composés s’appuient sur la racine denken, « penser » (cf. angl. think), à travers le composé Denkmal, « monument 5 ». La logique ici à l’œuvre est précisément celle de l’étymologie (« monument », latin monere, « faire penser »), et nous la retrouvons à partir de 1819-1826 dans le titre de la grande collection de textes historiques concernant l’histoire de l’Allemagne, les Monumenta Germaniae historica.

Les autres acceptions du mot français se développent, en allemand, sur des racines complètement différentes : l’acception juridique (par exemple, le patrimoine d’une famille) emploiera le terme de Vermögen (Familienvermögen), lui-même dérivé de mögen, « vouloir », et plus anciennement « pouvoir ». Le sens désigne ce qui rend quelque chose possible, avec des acceptions comme « puissance », « facultés » et, en définitive, « fortune ».

Enfin, le patrimoine biologique, ou encore culturel au sens large, se rend par Erbe, « héritage », puis « propriété acquise par voie de transmission », avec des composés dont le principal est celui de Kulturerbe, « héritage culturel ». On le voit, la perspective juridique reste assez largement absente, et l’allemand privilégie à la base l’idée de la lignée ou de la communauté de même origine (commémorer les ancêtres et leurs actions), et celle de la puissance.

Nous sommes ici au principe de l’une des oppositions les plus profondes qui soit encore sensible dans l’Europe contemporaine et qui fonctionne sur le jeu d’une rupture entre la nature (l’héritage) et la culture (le droit en tant que construction intellectuelle) – nous allons y revenir.

Terminons avec l’exemple du hongrois, ici convoqué au titre des langues agglutinantes non indo-européennes. L’idée abstraite de « patrimoine » sera ordinairement rendue par örökség, terme qui désigne d’abord l’« héritage ». Par suite, le déploiement des différentes acceptions est assuré par l’adjonction d’adjectifs épithètes : ainsi notamment du patrimoine culturel (kulturális örökség), et du patrimoine culturel écrit (írott kulturális örökség), du patrimoine architectural (épített örökség), du patrimoine naturel (természeti örökség), etc.

Si nous descendons au niveau des unités ou des objets susceptibles de constituer ce patrimoine, la racine , présente dans les différents mots composés, souligne l’intervention humaine et, si nous en revenons à l’opposition classique – et en partie fausse – entre la nature et la culture, elle renvoie toujours à la dimension artificielle de l’objet ( = produit par les hommes). Nous distinguerons donc un monument historique (mûemlék, composition de et de emlék, « souvenir 6 »), d’un objet d’art, au sens étymologique de ce dernier terme (mûtárgy, composition de et de tárgy, « objet ») : il pourra s’agir de sculpture, de peinture, mais aussi de livre, etc. Un autre terme, qui insiste plus sur la dimension artistique de l’objet, est celui de mûalkotás (alkotás, « création »). Enfin, les transferts culturels contemporains ont introduit en hongrois l’usage du terme latin de patrimonium pour désigner le patrimoine culturel national (également nemzeti kulturális örökség).

Nous nous trouvons donc devant un ensemble complexe d’acceptions imbriquées, qui ne se recoupent pas absolument et qui mettent en jeu des logiques elles-mêmes différentes : le patrimoine est une résultante de la généalogie et de l’ordre social, il est naturellement « hérité », ou bien cet héritage s’articule de manière plus ou moins précoce avec une définition juridique précise. Dès lors que nous quittons le niveau de l’individu, le groupe par rapport auquel sera défini le patrimoine obéira lui aussi à une typologie complexe, selon qu’il s’agira d’une famille, du « peuple » (lat. populus ; all. Volk, avec toute l’ambiguïté de ces différents termes), d’une institution (par exemple l’Église), d’une communauté ou d’une collectivité plus ou moins large, etc.

Et, pour en rester au niveau de la collectivité, on soulignera l’ampleur d’un renversement auquel il convient de rester sensible. Dans la tradition politico-juridique romaine, dans laquelle s’inscrit la théorie politique des Lumières puis de la révolution démocratique, la collectivité nationale se définit en effet comme l’ensemble des citoyens jouissant d’un certain nombre de droits, remplissant un certain nombre de devoirs et constituant par là même cette collectivité.

Après 1789, la « nation » désigne une certaine construction politique et juridique, et non pas d’abord un État s’inscrivant dans une géographie déterminée, non plus que la résultante d’un certain nombre de caractéristiques « nationales », telles que, notamment, une langue commune, une religion commune ou largement dominante, une histoire commune, etc. Les « livres nationaux », les « bibliothèques nationales » suivent cette acception, d’après laquelle c’est la nation qui définit comme tel son « patrimoine national ». La montée en puissance du mouvement des « nationalités », surtout au XIXe siècle, tendra à recouvrir ce schéma classique, jusqu’à non seulement l’inverser complètement, mais à faire paraître cette inversion même comme précisément naturelle : là où la collectivité définissait son patrimoine selon des catégories juridico-politiques, c’est, aujourd’hui, le patrimoine qui définit et fonde la collectivité. Débaptiser la Bibliothèque nationale en Bibliothèque nationale de France, c’est aussi consacrer le renversement.

Le patrimoine livresque

La formule de « patrimoine livresque » se rattache aux utilisations dans lesquelles l’acception de patrimoine est précisée par l’ajout d’une épithète : dans le cas de « livresque », celui-ci désigne le type d’objets constituant le patrimoine dont il s’agit.

Problèmes de définition

L’expression de « patrimoine livresque » se caractérise sur plusieurs plans.

1. Sa définition de base, en France, fait d’abord référence à l’ordre juridique : l’expression de « patrimoine livresque » désignera d’abord ce qui est conservé dans les bibliothèques publiques et qui appartient à la collectivité nationale, à ses composantes (les régions, les villes…), ou à certains de ses éléments (telle institution, tel établissement d’enseignement…). Le concept fondamental est moins celui de l’ancienneté de ce « patrimoine », que celui de la propriété collective et de la mise à disposition de la collectivité 7.

2. Il n’en reste pas moins que le Patrimoine des bibliothèques, pour reprendre le titre d’un rapport, puis d’une collection célèbres, désigne un ensemble évidemment plus large, et à certains égards assez différent de celui du seul « patrimoine livresque 8 ». Si l’on fait référence au « patrimoine des bibliothèques 9 », le champ décrit englobe tous les objets anciens ou jugés importants susceptibles d’être rencontrés dans une bibliothèque qui a parfois trouvé son origine dans un « cabinet » ou dans un musée : songeons à la Réserve de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, ou encore aux objets « inclassables » de la Bibliothèque municipale de Valenciennes 10. Le terme allemand de Cimelien désigne précisément les objets anciennement placés dans la bibliothèque à titre de curiosités ou autre.

3. Il s’agit donc d’un patrimoine de caractère très diffus, qui est constitué d’une infinité d’objets de nature extrêmement variée. Le terme de livre désigne, lui-même, un ensemble flou, auquel on l’applique par commodité et pour éviter le recours systématique aux épithètes et aux périphrases 11. Chacun le sait, si « livre » renvoie usuellement aux « livres imprimés 12 », il pourra également désigner, selon une acception large, les journaux et périodiques, les pièces imprimées de toutes sortes, les manuscrits, les documents iconographiques (dessins, estampes, photographies…) et cartographiques, etc.

Le texte et l’objet

Nous n’aborderons pas ici les problèmes de la conservation et de la gestion, de la restauration ou de la dé-restauration, etc., pour nous limiter à ceux qui se posent dans le domaine de la recherche. Au-delà même de la variété de son contenu, le « patrimoine livresque » désigne, pour le chercheur, un ensemble lui-même complexe. Analyser tel ou tel objet en relevant amène à entrer dans des jeux de chronologies et de miroirs qui deviennent bientôt très délicats. C’est au conservateur, qui fait ici office d’intermédiaire culturel, à identifier et à éclairer de son expertise l’analyse possible des pièces qu’il met à la disposition des chercheurs et d’un public plus ou moins large.

1. D’abord, il s’agira d’un contenu, autrement dit d’un texte, que sa valeur ou son statut rattacheront le cas échéant, mais pas nécessairement, au « patrimoine littéraire », voire qui sera défini comme l’un des « classiques » de la pensée ou de la littérature nationale 13 ou mondiale – selon les catégories proposées par Goethe. Les orientations successives de l’historiographie déplaceront parfois fondamentalement l’axe des curiosités au point d’en renverser la perspective : nous avons notamment assisté à la réappropriation, par les chercheurs d’abord, par un public beaucoup plus large ensuite, d’une production littéraire n’ayant pas fait, ou n’ayant fait que tardivement, l’objet d’un processus de canonisation (comme dans le cas de la littérature populaire, de la bibliothèque bleue, ou encore de genres comme le roman noir et le roman policier, voire la bande dessinée).

2. Bien évidemment, le patrimoine livresque est constitué par des objets – les livres –, justiciables des procédures de conservation et de gestion qui constituent une part de la bibliothéconomie. Insistons cependant sur un point connu, mais très important : la signification historique du volume que l’on conserve relève aussi de l’histoire même de l’exemplaire ou de l’ensemble d’exemplaires dont il s’agit – un fonds, une partie d’un fonds, une collection.

Lorsque nous remarquons, dans les collections de la bibliothèque de Laon, un exemplaire de l’édition bilingue de l’Iliade par Jean Crépin d’Arras (Genève, 1559) 14, notre attention est déjà attirée : nous touchons en effet directement, avec Jean Crépin, à la problématique de la Réforme, puisque ce fils d’un avocat au conseil d’Artois, ancien étudiant de Louvain et de Paris, helléniste brillant, ami de Calvin et de Théodore de Bèze, doit se réfugier d’abord à Strasbourg, puis à Genève, où il crée une imprimerie-librairie importante et où il décède en 1572 15. Crépin est tout particulièrement connu comme étant l’auteur du martyrologe protestant – un auteur et un éditeur en définitive assez rare, dans nos collections publiques qui proviennent d’abord des anciennes collections ecclésiastiques 16. Or, il se trouve en outre que l’exemplaire de Laon porte au titre l’ex-libris manuscrit de Jean Bodin (1530-1596) : il constitue donc l’une des rares épaves de la bibliothèque de l’un des fondateurs des sciences économiques (Réponse au paradoxe de Monsieur de Malestroit, 1578) et politiques (Les six livres de la République, 1576) à l’époque moderne en France.

Autre exemple inattendu, que nous découvrons dans les fonds de cette même bibliothèque : on peut en effet s’étonner de trouver à Laon un des rares exemplaires conservés d’une édition incunable de Messine, les Statuta Siciliae 17. L’intérêt de l’exemplaire est encore accru du fait qu’il a conservé sa reliure contemporaine. Enfin, une note manuscrite datée du 18 mars 1785 nous éclaire sur sa provenance : l’abbé Jean Joseph Rive (1730-1791), le célèbre bibliothécaire du duc de La Vallière, y indique en effet qu’il a conseillé (mais à qui ?) l’achat du volume parce qu’il s’agissait d’une rareté qu’il n’avait jamais vu passer en vente publique, et parce qu’on en demandait seulement un « vil prix ». En définitive, au-delà de la rareté effective de l’édition, l’intérêt de l’exemplaire laonnais est donc augmenté de ce qu’il forme un précieux témoignage non seulement sur la montée en puissance des préoccupations bibliophiliques dans la France des Lumières, mais aussi sur les pratiques d’une petite société d’amateurs bibliophiles et érudits – les ventes aux enchères, ou encore l’échange de conseils et le recours à l’expert 18. C’est l’émergence de la notion de « livre rare », prototype de celle de « réserve », et qui s’articule directement avec un intérêt renouvelé pour les incunables et autres monuments de la typographie 19.

Le problème de la mise en livre

Enfin, le texte n’est évidemment pas donné dans l’abstrait ni a priori, mais bien au travers d’une certaine forme matérielle, ou de ce que Henri-Jean Martin désigne précisément comme la « mise en livre » ou la « mise en texte 20 ». Les travaux engagés depuis une quinzaine d’années par les historiens du livre ont montré que cette mise en livre n’était nullement gratuite ni transparente, mais bien qu’elle s’insérait dans un jeu de déterminants et de logiques variés, voire qu’elle relevait et était elle-même constitutive d’un certain type de patrimoine historique. Deux exemples éclaireront ce point, tout en revenant encore une fois sur l’opposition trop grossièrement dégagée entre la nature et la culture.

Dans le cas des Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand, ouvrage donné par l’Imprimerie royale à Paris en 1702 21, nous sommes évidemment devant une construction politique qui se donne à lire dans un véritable monument, au sens étymologique du terme. Le contenu du volume est une « histoire métallique », parce que la « médaille est un monument durable, et fait pour transmettre à la postérité les grands événements » : deux cent quatre-vingt-six planches reproduisent les médailles frappées par la Monnaie à l’occasion des principaux événements ayant marqué le règne.

Ce caractère monumental est renforcé par le fait que les responsables de l’édition se trouvent être les institutions mêmes mises en place par la monarchie pour encadrer et organiser la vie culturelle et artistique du royaume : la « Petite Académie » a en charge le catalogue des événements et la préparation des médailles, et elle est secondée par l’Académie de peinture et sculpture, et par l’Académie d’architecture. L’ouvrage, en 1702, sortira des presses de l’Imprimerie royale. Enfin, le caractère typographique ici utilisé, celui du « Romain du roi », est préparé par le « Comité Bignon », émanation de l’Académie des sciences à partir de 1693. Rappelons que, dans ces mêmes années, l’abbé Bignon réorganise la Bibliothèque royale et fait établir le régime juridico-administratif de l’imprimerie et de la librairie qui fonctionnera jusqu’aux réformes de 1777. En bref, nous sommes, avec les Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand, devant un ouvrage matérialisant le sommet d’une construction politique, celle de la monarchie absolue et de l’État centralisé, qui, engagée de très longue date, connaît son point culminant avec le « siècle de Louis XIV ». Nous sommes, explicitement, dans l’ordre de la politique, ou de la culture, qui organise la construction nationale de la France 22.

Avec Des Knaben Wunderhorn (« Le cor enchanté de l’enfant »), nous voici au contraire dans l’ordre de la nature. Lorsque le grand libraire Göschen publie, à Leipzig en 1794, sa magnifique édition de Wieland, il suit précisément les canons du néo-classique dont le modèle est donné par Didot à Paris : « J’ai l’espoir que [cette] édition in quarto sera aussi accomplie que celle de Boileau, La Fontaine et Télémaque chez Didot… » 23

Trente-six volumes sont publiés selon ce programme, entre 1794 et 1802. Mais, parallèlement, Göschen prend conscience d’une tout autre problématique, celle d’une formation intellectuelle et morale (la Bildung) que l’on assurera le plus largement possible en promouvant la diffusion des classiques auprès du plus grand nombre : « Bodoni et Didot ont infiniment apporté à la typographie, mais ils sont chers […]. Mon projet est par conséquent de donner non pas des éditions de luxe, mais des éditions élégantes […], dans l’esprit des anciens, avec simplicité, beauté et correction. On doit y trouver la patience et le soin allemands, mais pas de luxe. De la simplicité, de la netteté, de belles couleurs, de bons caractères, une impression noire et puissante sur du beau papier, voilà ce à quoi je pense… » 24

Nous sommes, avec cette déclaration d’intention, devant une définition des « vertus allemandes », implicitement opposées au luxe, au paraître et à l’élitisme « à la française ». Le choix proclamé de Göschen est celui de la profondeur et de l’intériorité, en même temps que l’éditeur revient à un caractère gothique censé désigner la culture écrite et imprimée allemande. Bientôt, c’est l’appropriation systématique d’une culture « populaire » intégrée au paradigme de la culture nationale et dont la mise en livre se démarquera radicalement des modèles français. Alors que Goethe et ses amis ont fait de Weimar l’une des capitales littéraires de l’Europe, visitée à ce titre par Germaine de Staël, à Heidelberg, un groupe d’intellectuels et d’artistes travaille à retrouver et à éditer les textes de la tradition populaire. Friedrich Creuzer y est rejoint par ses amis Brentano et Arnim, et ils s’essaient à réunir « sous le titre L’enfant au cor merveilleux [= Des Knaben Wunderhorn] une collection de chants qu’ils ont recueillis en partie de la bouche du peuple, en partie de feuilles volantes et de vieux bouquins… » 25

Les frères Grimm, rénovateurs et codificateurs de la langue et de la littérature populaire allemandes, sont bientôt associés à l’entreprise, et le premier volume, dédié à Goethe, est publié à Heidelberg en 1805. Le projet est celui de l’identification nationale, le regard porté sur le passé est fondamentalement renouvelé, et la forme matérielle du livre doit elle-même rendre compte du processus : ce sont l’emploi du caractère gothique, et surtout la rupture radicale avec les modèles esthétiques hérités des Lumières ou développés par le néo-classique.

La page de titre du deuxième volume, publié en 1808, est gravée sur cuivre, dans un style évidemment repris des modèles allemands des années 1500 : l’encadrement floral (vignes, raisins, etc.) rappelle la décoration des manuscrits du bas Moyen Âge, tandis que, en arrière, la scène débouche sur une vue de la vallée du Neckar, dans une perspective inspirée de la Renaissance allemande. Une forteresse médiévale surplombe une cité blottie au bord du fleuve (Heidelberg).

Mais l’ensemble de l’image est dominé par la présence surréaliste du gigantesque « cor enchanté », qui évoque aussi une coupe à boire (drink aus), et est décoré dans un style gothique surchargé à la manière des façades des anciens hôtels de ville. La référence au passé n’exclut pas l’innovation dans la disposition scénique, laquelle tend à échapper à l’objectivité universelle du cube scénographique hérité de la Renaissance (malgré de rares exemples dès le XVe siècle). L’image oppose un premier plan qui se présente sous la forme d’un encadrement architectural (treille et muret d’appui) au paysage de l’arrière-plan. Tout se passe comme si le spectateur était directement impliqué dans la représentation même : c’est lui qui est présent sur cette manière de belvédère au-dessus du fleuve, d’où il découvre un paysage évidemment romantique.

Deux mises en livre, correspondant à deux modèles radicalement différents du côté de la construction nationale. En France, c’est le facteur politique qui, de longue date, a pris la première place dans la reconnaissance d’une langue et d’une culture « nationales », et dans la construction d’un marché national de l’imprimé. Après la chute de l’Ancien Régime, et alors que nous nous plaçons dans un espace où l’alphabétisation est moins avancée, le modèle politique de la démocratie impose la constitution du corps des citoyens en corps d’électeurs, donc de lecteurs, qu’il faut former et informer pour qu’ils puissent voter. Le marché du livre et du périodique sera donc, dans le principe, étendu aux dimensions de la nation, concept dans l’acception duquel, nous l’avons vu, la dimension politique l’emporte sur l’identification culturelle : crier « Vive la nation ! », c’est proclamer, en s’appuyant sur les principes du droit naturel, la prééminence de celle-ci comme corps constitué sur les autres institutions, et sur le souverain. La définition des « livres nationaux », bientôt de la « bibliothèque nationale », doit se comprendre selon cette perspective 26.

Celle-ci se déplace dans le cas de notre second modèle, correspondant à la problématique d’une construction nationale en devenir et structurée autour de la langue et des traditions collectives. L’histoire, mais aussi la littérature, l’art, le folklore, voire la religion, sont instrumentalisés dans une perspective téléologique, et s’articulent à un double niveau avec la civilisation de l’écrit et du livre : d’un côté, le livre fonctionne comme manifestation et comme conservatoire de l’identité, avec une très forte dimension symbolique, mais, d’autre part, à court ou moyen terme, l’imprimé conforte la nation en formation, par le biais de programmes éditoriaux spécifiques (les grandes collections de littérature nationale, les dictionnaires, encyclopédies nationales, etc.) et par celui de l’école, donc de l’édition scolaire. La puissance du concept de nation comme concept intégrateur s’étend à tous les habitants du pays dont elle fait, en principe, autant de lecteurs. Par opposition au premier modèle, qui se déploie dans l’ordre de la culture, nous sommes bien ici dans l’ordre de la nature et de l’évidence 27.

Enfin, la dimension symbolique du patrimoine livresque et de ce qui s’y rapporte (les bâtiments, la décoration, le mobilier, etc.) est très directement articulée avec une problématique d’ordre politique : la gloire du prince, d’abord, puis la recherche du progrès et du bien public, enfin, la construction d’une identité collective – on pourrait notamment, ici, faire référence à l’histoire de la Corviniana, l’ancienne bibliothèque de Mathias Corvin qui, depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, est regardée comme l’un des éléments constitutifs de l’identité hongroise 28. De même, l’ordre des concepts (la systématique des classements), l’ordre des mots (les catalogues des livres et autres documents) et l’ordre des choses (l’ordre matériel des volumes sur les rayons) sont-ils chargés de significations et de symboles – et marquent-ils pour le chercheur une partie des interrogations à poser au patrimoine.

Production, reproduction, publicité

Contrairement à la représentation du sens commun, le patrimoine n’existe donc pas a priori, il n’est pas donné comme une évidence, mais il se construit, il est construit et résulte d’un travail de production combinant transmission, interprétation et réinterprétation.

Production de la société, production du patrimoine

La recherche sur le patrimoine aura précisément d’abord à ré-animer ce sens et cette archéologie des fonctions et des significations pour en proposer une incessante réactualisation. Dans cette perspective, la problématique peut s’articuler très directement avec certaines des théories sociologiques classiques – sans pour autant qu’il s’agisse de prendre position sur celles-ci, ni sur les rapports plus généralement construits entre la sociologie, entendue comme « explication sociale de la société » et l’histoire. L’affirmation, en effet, serait à nuancer, selon laquelle, « nos sociétés industrielles ont acquis, confusément mais solidement, la certitude qu’elles avaient tout pouvoir sur elles-mêmes, celui de se détruire, celui de se soumettre à l’ordre totalitaire ou celui de faire croître leur produit dans des proportions jusqu’alors inouïes […]. Pour connaître son présent, [la société moderne] se tourne de moins en moins vers son passé, car la part du transmis ne cesse de diminuer par rapport à celle de l’acquis, et de plus en plus vers son avenir, c’est-à-dire vers les décisions qu’elle prend… » 29

Le paradigme du patrimoine, et du patrimoine livresque, nous aidera dans cette réévaluation d’un passé conjugué au présent. Si la société humaine se reproduit elle-même dans le temps, elle n’existe que par la combinaison des deux fonctions complémentaires de reproduire ce qui existe déjà et d’inventer (de produire) du nouveau. En d’autres termes, passer du temps t = 0 au temps t = 1, c’est « produire du neuf avec du vieux », la « production de la société » 30 se superposant, d’une certaine manière, à sa reproduction – tout en désignant la caractéristique majeure de la société humaine. Le rapport d’un certain système entre une coupe temporelle et l’autre peut, au demeurant, être défini sur le plan statistique (par des calculs de corrélation).

Il deviendrait donc possible de proposer une typologie des différents modèles de société en fonction de leur propension à conserver l’acquis ou, à l’inverse, de leur tendance à l’innovation et au changement, voire en fonction du rapport plus ou moins spécifique entre le donné et le nouveau.

Ainsi, l’opposition classique entre société traditionnelle peu novatrice (telle société rurale) et société moderne privilégiant le changement et la nouveauté n’est-elle pas sans conséquences pour le statut et le rôle du patrimoine. Pour la société traditionnelle, qui ne change que de manière très progressive, parfois même imperceptible, le patrimoine se confond pratiquement avec un habitus d’ensemble en dehors duquel la vie n’est que difficilement concevable – en un sens, le patrimoine, c’est le monde.

Patrimoine et historicité

Au contraire, les sociétés les plus novatrices sont précisément celles dans lesquelles le rapport au patrimoine est le plus difficile (songeons aux épisodes d’iconoclasme et de destruction de bibliothèques sous l’Ancien Régime, ou encore lors de la Révolution de 1789, plus tard lors de la révolution russe), mais aussi celles qui investissent le plus massivement dans ce domaine et dans son interprétation ou sa réinterprétation 31.

Tel monument de la civilisation chrétienne, comme le Codex Sinaitius, témoigne par son histoire de la dimension symbolique de l’objet, mais aussi de sa valeur marchande. Ancien étudiant de l’Université de Leipzig, Constantin v. Tischendorf se spécialise dans l’étude du Nouveau Testament et entreprend un voyage d’étude au Proche-Orient (1844). Il découvre à Sainte-Catherine du Sinaï des fragments de manuscrit qui lui paraissent très anciens et dont il acquiert 43 feuillets (sur 129 à l’origine). Le manuscrit entre dans les collections de la Bibliothèque universitaire de Leipzig. Au cours de son troisième voyage, Tischendorf réussit à faire offrir par le monastère l’essentiel des feuillets restant au tsar, comme étant le protecteur naturel de l’Église orthodoxe : le manuscrit, d’abord à Saint-Pétersbourg, sera vendu en 1933 à la bibliothèque du British Museum…

Les prises de position semblent parfois quelque peu abruptes, qu’il s’agisse de la conservation des livres et bibliothèques saisis au profit de la nation, de la gestion de certains fonds d’éditeur ou de la possibilité toujours tentante de négocier certaines pièces exceptionnelles sur le marché de l’ancien ou sur le marché de l’art.

À Angers, une lettre de Mame aux administrateurs du Maine-et-Loire, en date du 29 brumaire an II, illustre ce second point – sans que nous devions négliger le fait que la valeur des ouvrages dont il s’agit ici est tombée à très peu de choses. En un sens, proposer de son fonds une utilisation « patriotique », c’est précisément, pour l’éditeur, rentabiliser sous une autre forme un patrimoine qui n’a plus guère de valeur : « Il est d’un bon et brave républicain de faire des sacrifices, surtout lorsqu’ils peuvent dessiller les yeux du peuple trop longtemps abusé. Un imprimeur national, chargé de la confiance des autorités constituées, ne peut ni ne doit débiter des ouvrages qui, tout en prouvant l’imbécillité de nos bons ayeux, portent encore la teinte du fanatisme ; dont le frontispice est décoré des armoiries d’un ci-devant évêque ; qui sont terminés par des privilèges qu’un vrai sans-culotte voit toujours avec horreur. Aussi m’empressé-je de vous faire passer tous les usages, catéchismes, heures et paroissiens que j’ai en magasin. Ce sacrifice m’est d’autant plus agréable qu’il me fournit de nouvelles occasions d’être utile à ma Patrie. On a consommé et on consomme beaucoup de papier pour faire des cartouches ; en employant à cet usage celui que j’offre à la Nation, il lui deviendra doublement avantageux […]. Mes sept enfants, dont les deux aînés combattent toujours avec une constance et une bravoure républicaines les tyrans coalisés, depuis que la Patrie fut déclarée en danger, ne me feront aucun reproche des sacrifices que je fais pour la chose publique… » 32

Un concept central animant la théorie sociologique d’Alain Touraine est celui d’historicité, auquel l’auteur assigne une double dimension. Il s’agit d’abord, selon la logique que nous venons de développer, de désigner la capacité qu’a la société non seulement de se reproduire, en s’adaptant le cas échéant à un environnement lui-même changeant, et de s’inventer comme quelque chose de nouveau, mais aussi d’orienter cette « production ». La société « dispose d’une capacité de création symbolique grâce à laquelle, entre une “situation“ et des conduites sociales, s’interpose la formation du sens, un système d’orientation des conduites. […] J’appelle historicité cette distance que la société prend par rapport à son activité et cette action par laquelle elle détermine les catégories de sa pratique… » 33

Autrement dit, l’interprétation, qui est aussi une invention, est orientée dans une direction privilégiée – même s’il convient de distinguer les niveaux d’analyse. Laissons de côté un premier niveau, celui de la connaissance historique proprement scientifique. À un second niveau, la reconnaissance et l’appropriation du patrimoine en tant que patrimoine seront souvent d’ordre téléologique, c’est-à-dire qu’elles viseront à retrouver et à prouver ce que l’on aura d’abord introduit dans le modèle : « Parfois, cette idéologie est directement exprimée : l’histoire est une longue marche vers l’acteur lui-même, qu’il s’agisse d’une nation, d’une classe sociale ou de toute autre collectivité ; parfois elle est plus abstraite : [on fera référence au] passage des sociétés closes aux sociétés ouvertes, de la transmission à l’acquisition, du particularisme à l’universalisme… » 34

La situation ne paraît pas radicalement différente aujourd’hui. La définition du patrimoine par tel ancien ministre a une dimension programmatique qui, sous couvert de respect et d’ouverture, s’inscrit également dans une perspective dont toute problématique historique se trouve de fait exclue. La référence au patrimoine, pour ouverte qu’elle puisse ici se proclamer, n’en conserve pas moins une irréductible dimension téléologique : « L’identité des nations comme principe historique se matérialise, se figure, s’incarne dans des lieux de mémoire. Ce sont là des traces et des marques d’une histoire commune. Il nous faut la faire vivre, il nous faut en tirer d’utiles leçons, il nous faut la proposer en partage. Favoriser la conservation du bien commun, rapprocher les hommes de cette part précieuse de leur mémoire, découvrir ensemble une responsabilité partagée, c’est d’abord faire une œuvre exemplaire… » 35

À l’échelon supérieur, la référence à un patrimoine universel (le « patrimoine mondial de l’humanité ») s’inscrit pour une part dans la même problématique : il s’agit de manifester la participation de telle ou telle collectivité à la construction de ce patrimoine, il peut s’agir aussi de s’approprier une partie de cet héritage dans une visée plus directement politique – à l’image d’un François Ier réunissant à la « librairie » de Fontainebleau la plus belle collection de manuscrits grecs de son temps, et appuyant sur une politique culturelle ambitieuse et novatrice la légitimation de la nouvelle dynastie des Valois 36. Nous aboutissons donc à une définition fonctionnelle du patrimoine : le patrimoine doit faire l’objet d’une actualisation périodique, en un sens, pour reprendre les concepts d’Alain Touraine, il n’existe que par sa propre production et sa reproduction, et il apparaît comme l’un des éléments centraux de l’historicité.

Publicité et reproduction

Enfin, pour fonctionner comme patrimoine, il doit être connu et reconnu comme tel. Dans les sociétés démocratiques occidentales, la participation suppose une forme de publicité (Öffentlichkeit) qui débouchera sur le principe de l’accessibilité de tous au « patrimoine » – et sur les problèmes qui en découlent. C’est une acception spécifique du concept de « reproduction » qui se trouve ici convoquée.

Le sens économique de « reproduction », « faire exister une chose déjà produite à de nombreux exemplaires » est contemporain de l’essor de la production industrielle en série, que l’on pourra situer dans la seconde moitié du XIXe siècle – mais on pourrait aussi remonter de plusieurs siècles en arrière, en évoquant par exemple les copies et les moulages de la statuaire grecque exécutés à partir de la Renaissance, voire déjà dans l’Antiquité romaine 37. Un champ d’application tout particulièrement important est ici celui des industries graphiques : reproduire, c’est multiplier les exemplaires par le biais de telle ou telle technique, ce qui ne va pas sans problèmes spécifiques. Par exemple, un historien du livre, de la lecture et de la littérature pourrait poser la question du texte : reproduire un texte dans des éditions successives, c’est évidemment le modifier et le déplacer ; lire un texte, c’est, jusqu’à l’époque du Moyen Âge classique, donner par la voix et par l’esprit, vie et existence à un contenu qui, sous sa forme écrite matérielle, restait mort et pour ainsi dire inexistant (verba volant, scripta manent). Cette lecture, on le sait, est pour une part conditionnée par les formes matérielles du support sur lequel elle s’appuie.

Par métonymie, le terme de reproduction désigne également l’objet obtenu par reproduction : la reproduction de quelque chose, c’est ce quelque chose en tant qu’objet reproduit (le sens est constaté en 1839 en français). Ces modifications de l’économie de l’objet posent la question du statut de l’original et de la reproduction ou de la copie, sous une forme ou sous une autre. La critique est particulièrement vigoureuse chez les penseurs allemands du premier XXe siècle, notamment Bertolt Brecht, Walter Benjamin, Max Horkheimer et Theodor Adorno : en permettant de multiplier à volonté les copies, la technique produirait une altération de la nature même de l’œuvre 38.

D’une manière générale, l’expert, donc le bibliothécaire, devra être sensible aux utopies de la reproduction : l’utopie de la reproduction universelle (tous les textes seraient transposés sur un nouveau support), alors que les processus de translittération qui se sont déjà produits au cours de l’histoire ont toujours montré qu’ils s’accompagnaient de pertes plus ou moins considérables. L’utopie, aussi, de la reproduction « transparente » – laquelle rejoint, dans une certaine mesure, l’utopie de l’information « transparente ». La reproduction pourra d’autant moins être transparente qu’elle a été et restera instrumentalisée, par exemple dans un sens plus ou moins explicitement nationaliste, ou encore en vue d’un profit financier (processus de « marchandisation »).

Au total, la reproduction implique cette distance, dont il est impératif, d’un point de vue éthique, de rendre compte et à laquelle la grand-mère du narrateur est évidemment sensible : « En réalité, elle ne se résignait jamais à rien acheter dont on ne pût tirer un profit intellectuel […]. Elle eût aimé que j’eusse dans ma chambre des photographies des monuments ou des paysages les plus beaux. Mais au moment d’en faire l’emplette, et bien que la chose représentée eût une valeur esthétique, elle trouvait que la vulgarité, l’utilité reprenaient trop vite leur place dans le mode mécanique de représentation, la photographie. Elle essayait de ruser et, sinon d’éliminer entièrement la banalité commerciale, du moins de la réduire, d’y substituer, pour la plus grande partie, de l’art encore, d’y introduire comme plusieurs “épaisseurs” d’art : au lieu de photographies de la cathédrale de Chartres, […] elle se renseignait […] et préférait me donner des photographies de la cathédrale de Chartres par Corot… » 39

Juillet 2004

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Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand, avec des explications historiques, ouvrage réédité par l’Imprimerie royale en 1723. © Bibliothèque municipale de Valenciennes – Photo : François Leclercq.

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Achim von Arnim, Clemens Brentano, Des Knaben Wunderhorn, II, Heidelberg, Mohr und Zimmer, 1808. © Coll. part.

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Marcus Tullius Cicero, De Oratore [Subiaco, Conradus Sweynheym et Arnoldus Pannartz, ante 30 IX 1465]. Exemplaire de la bibliothèque du roi de Hongrie Mathias Corvin. © Bibliothèque nationale de Hongrie – Photo : József Hapák.

  1.  (retour)↑  René Dinkel, Encyclopédie du patrimoine : monuments historiques, patrimoine bâti et naturel. Protection, restauration, réglementation : doctrines, techniques, pratiques, Les Encyclopédies du patrimoine, 1997. André Chastel, Jean-Pierre Babelon, La notion de patrimoine, L. Levi, 2000.
  2.  (retour)↑  Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, dir. Alain Rey, nouv. éd., Le Robert, 1998. Voir aussi le Trésor de la langue française (http//atilf.atilf.fr/). P. Imbs, « Patrimoine : la notion et le mot », dans Bulletin de la classe des lettres et des sciences morales et politiques, Bruxelles, Académie royale, 1982, LXVIII, no 7-9, p. 281-298. A. Ernout, A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine. Histoire des mots, 4e éd., Klincksieck, 1979.
  3.  (retour)↑  Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers…, nouv. éd., t. XXIV, Genève, Pellet, 1778.
  4.  (retour)↑  On ne peut guère approuver l’effet de mode, qui pousse à utiliser un terme « en vogue » là où un autre terme, pourtant adapté, se trouve négligé parce que paraissant moins « porteur » : par exemple, pour ne pas quitter le Bulletin des bibliothèques de France (ci-après cité BBF), dans la formule « Valoriser le patrimoine des revues en sciences humaines et sociales », le terme de patrimoine désigne tout simplement le contenu de ces revues (2004, no 1, p. 88-89).
  5.  (retour)↑  Les composés les plus usuels sont ceux de Denkmalspflege (« entretien des monuments »), Denkmalschutz (« protection des monuments »), Architekturdenkmäler (« patrimoine architectural »), etc. Une formule comme celle d’« inventaire du patrimoine » se rendra par une périphrase (das Inventar der unter Denkmalschutz stehenden Gebäude).
  6.  (retour)↑  Pensons à l’allemand Baudenkmal.
  7.  (retour)↑  Ulysse Robert, éd., Recueil de lois, décrets, ordonnances, arrêtés, circulaires, etc., concernant les bibliothèques publiques…, Paris, 1883. Pierre Riberette, Les bibliothèques françaises pendant la Révolution (1789-1795) : recherches sur un essai de catalogue collectif, Paris, 1970. G. Barnett, The History of public libraries in France from the Revolution to 1935, [s.l.], University Microfilm International, 1977. Histoire des bibliothèques françaises, [III.] Les bibliothèques de la Révolution et du XIXe siècle (1789-1914), dir. Dominique Varry, Promodis/Éditions du Cercle de la librairie, 1991. Un exemple de l’élargissement actuel du concept est donné par Philippe Jedrécy, « La vidéo patrimoniale à la Bibliothèque nationale de France », BBF, 2001, no 5, p. 54-60.
  8.  (retour)↑  Voir aussi Jean-Paul Oddos, dir., Le patrimoine : histoire, pratiques et perspectives, Éditions du Cercle de la librairie, 1997 (coll. « Bibliothèques »). Malgré le titre général, l’ouvrage traite du seul patrimoine livresque.
  9.  (retour)↑  Le patrimoine des bibliothèques : rapport au directeur du livre et de la lecture…, Ministère de la Culture, 1982. Patrimoine des bibliothèques de France : un guide des régions, Payot, 1995, 10 vol. et 1 vol. d’index.
  10.  (retour)↑  Livres parcours [catalogue d’exposition], Valenciennes, Bibliothèque municipale, 1995, p. 76 et suiv. : « Quoi de commun entre un bonnet de baptême en dentelle de Valenciennes et un costume d’académicien, fût-il du Valenciennois Henri Wallon […], entre un portulan espagnol et des estampes japonaises, entre un globe céleste et des boîtes à papillons ? […] Après tout “il n’est pas mauvais que nos bibliothèques servent aussi de temps à autre de pense-bête, de repose-chat et de fourre-tout”, écrit Georges Perec… » (Marie-Pierre Dion).
  11.  (retour)↑  Frédéric Barbier, Histoire du livre, Armand Colin, 2000 [sic pour 2001], p. 5-7 (Coll. « U »). Nicolas Petit, L’éphémère, l’occasionnel et le non-livre à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (XVe-XVIIIe siècle), Klincksieck, 1997.
  12.  (retour)↑  Lucien Febvre, Henri-Jean Martin, L’apparition du livre, 1re éd., Albin Michel, 1958 (« L’Évolution de l’humanité »), 3e éd., postface de Frédéric Barbier, ibid., 1999.
  13.  (retour)↑  Michel Espagne, Michael Werner, dir., Qu’est-ce qu’une littérature nationale ? Approches pour une théorie interculturelle du champ littéraire, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1994 (« Philologiques », III).
  14.  (retour)↑  Homère, Homeri Ilias, id est, De rebus ad Troiam gestis, Genève, Jean Crépin d’Arras, 1559. Voir aussi : Homère chez Calvin, Genève, Droz, 2000.
  15.  (retour)↑  Jean-François Gilmont, Jean Crépin, un éditeur réformé du XVIe siècle, thèse de l’université catholique de Louvain, 5 vol.
  16.  (retour)↑  La consultation du CCFr ne signale, en dehors de Paris, qu’un autre exemplaire, conservé à la bibliothèque d’Albi et provenant de la bibliothèque de l’amiral Henri Pascal de Rochegude (1741-1834).
  17.  (retour)↑  Statuta Siciliae. Constitutiones Siciliae, Messina, Andreas de Bruges, pour Johannes de Iuenio, 18 octobre 1497. Douze exemplaires seulement sont conservés dans le monde, d’après l’ISTC (d’abord en Italie, mais aussi en Espagne, outre un exemplaire à Manchester et un autre à New York). L’exemplaire de Laon n’est pas signalé.
  18.  (retour)↑  Jean Viardot, « Naissance de la bibliophilie : les cabinets de livres rares », dans Histoire des bibliothèques françaises, [II.] Les bibliothèques sous l’Ancien Régime (1530 -1789), dir. Claude Jolly, Promodis, Éditions du Cercle de la librairie, 1988, p. 269-289. Rive a notamment publié : La chasse aux bibliographes et antiquaires mal-avisés…, par un des élèves que M. l’abbé Rive a laissés dans Paris, Londres, N. Aphobe, 1779, 2 vol.
  19.  (retour)↑  Sur ce point, voir l’article de Dominique Varry, « Quand l’incunable paraît : les catalogues de ventes lyonnais d’Ancien Régime », dans Le Berceau du livre : autour des incunables. Études et essais offerts au professeur Pierre Aquilon, Genève, Droz, 2004 (Revue française d’histoire du livre, 118-121, 2003, 1-4, p. 397- 402).
  20.  (retour)↑  Henri-Jean Martin, Jean Vezin, dir., Mise en page, mise en texte du livre manuscrit, Promodis, Éditions du Cercle de la librairie, 1990.
  21.  (retour)↑  Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand avec des explications historiques, Paris, Imprimerie royale, 1702. La nouvelle édition, donnée en 1723, prend en compte l’ensemble du règne : Médailles sur les principaux événements du règne entier de Louis le Grand, ibid., 1723.
  22.  (retour)↑  Le Romain du Roi. La typographie au service de l’État, 1702-2002, Lyon, Musée de l’imprimerie, 2002.
  23.  (retour)↑  Cité dans Georg Joachim Göschen, 1752-1828 : Dokumente zur Verlagsgeschichte aus den Beständen des Deutschen Buch- und Schriftmuseums Leipzig, Leipzig, Die Deutsche Bibliothek, 1992.
  24.  (retour)↑  Cité dans Dietmar Debes, Georg Joachim Göschen : die typographische Leistung des Verlegers, Leipzig, 1965.
  25.  (retour)↑  Heinrich Heine, De l’Allemagne, trad. fr., nouv. éd., L.G.F., 1981, p. 234.
  26.  (retour)↑  Frédéric Barbier, « La Révolution et le problème de la périodisation en histoire du livre », postface de Les imprimés limousins, 1788-1799, Presses universitaires de Limoges, 1994, p. 215-237.
  27.  (retour)↑  J. G. Herder, Abhandlungen über den Ursprung der Sprache, Berlin, Christian Friedrich Voss, 1772. Id., Auch eine Philosophie der Geschichte, Berlin, 1774. Id., Ideen zur Philosophie der Geschichte der Menschheit, Berlin, 1784-1791. Sur ces problèmes, voir aussi Frédéric Barbier, « Les transferts et les livres : autour de 1800, mise en page, mise en scène du néo-classique », article à paraître dans les Actes du colloque « Transferts », Paris, École normale supérieure, 2003.
  28.  (retour)↑  Frédéric Barbier, « Représentation, contrôle, identité : les pouvoirs politiques et les bibliothèques centrales en Europe, XVe–XIXe siècles », dans Francia : Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, 26/2, 1999, p. 1-22, ill.
  29.  (retour)↑  Alain Touraine, Production de la société, Éditions du Seuil, 1973 (coll. « Sociologie »).
  30.  (retour)↑  Alain Touraine, op. cit.
  31.  (retour)↑  Anne Kupiec, Le livre-sauveur. La question du livre sous la Révolution française, 1789-1799, Éditions Kimé, 1998.
  32.  (retour)↑  AdML, L 938. Cité par Benjamin Bois, La vie scolaire et les créations intellectuelles en Anjou pendant la Révolution (1789-1799), Paris, 1929, ici p. 538-539.
  33.  (retour)↑  Alain Touraine, op. cit., p. 10.
  34.  (retour)↑  Ibid., p. 434.
  35.  (retour)↑  Encyclopédie du patrimoine, op. cit.
  36.  (retour)↑  Christian Förstel, « Les manuscrits grecs dans les collections royales sous François Ier », Revue française d’histoire du livre, 98-99, 1998, 1, p. 71-88.
  37.  (retour)↑  Ajoutons que ces processus ne sont pas sans incidences sur le plan juridique – nous laisserons cependant ce problème de côté.
  38.  (retour)↑  Walter Benjamin, « L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique » [1re éd., 1936], dans L’homme, le langage et la culture, Gonthier-Denoël, nouv. éd., 1971, p. 137-181.
  39.  (retour)↑  Marcel Proust, Du côté de chez Swann (À la recherche du temps perdu, I), éd. Pierre Clarac, André Ferré, nouv. éd., Gallimard, 1973, p. 40.