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François Dosse

La marche des idées

histoire des intellectuels, histoire intellectuelle

Paris : Éd. la Découverte, 2003. – 353 p. ; 22 cm. – (Armillaire). ISBN 2-7071-3781-2 : 24 €

par Anne-Marie Bertrand

François Dosse, auteur notamment d’une récente biographie de Michel de Certeau, prend sa place dans une production déjà abondante (citons, dans des registres différents, Jean-François Sirinelli, Régis Debray ou Rémy Rieffel) qui s’attache aux intellectuels, à leur histoire et leur devenir.

Hauteur de vue…

L’ouvrage s’organise en deux grandes parties, l’une sur l’histoire des intellectuels, l’autre sur l’histoire intellectuelle. La première partie est découpée en trois chapitres : la définition de l’intellectuel (chapitre 1), l’analyse historique (chapitre 2), l’analyse sociologique (chapitre 3). La deuxième partie couvre « l’activité intellectuelle dans l’histoire culturelle » (chapitre 4), l’histoire anglo-saxonne des idées (chapitre 5), l’histoire des concepts (chapitres 6 et 7).

Cette brève description dit l’ambition de l’auteur et l’ampleur de l’ouvrage – mais aussi les difficultés de la critique, confrontée à l’ensemble de la pensée occidentale contemporaine. Quelques humbles remarques peuvent, cependant, être formulées.

D’abord, que traiter un sujet aussi vaste en 300 pages nécessite des raccourcis fréquents et radicaux. Ainsi, pour montrer que « la figure de l’intellectuel s’inscrit dans les profondeurs d’une histoire longue », on galope en 4 pages de la Grèce antique à Voltaire, en rencontrant chemin faisant Abélard, Érasme ou Mabillon. Ou bien, dans la partie consacrée à l’histoire culturelle, l’auteur effleure à peine l’histoire contemporaine des arts plastiques, du théâtre (une demi-page), du cinéma (2 phrases) ou de la musique (1 phrase).

… et vision confuse

La définition même de l’intellectuel est traitée au chapitre 1 (selon les critères définis par Pascal Ory : « un homme du culturel mis en situation d’homme du politique », dont la figure matricielle est le Zola de « J’accuse »), mais on trouve aussi, tout au long du livre, des acceptions plus larges ou plus incertaines : l’intellectuel comme savant, comme clerc, comme exilé (un « éternel voyageur »).

Le champ scientifique est, lui aussi, doté de frontières imprécises : histoire culturelle, histoire intellectuelle, histoire des idées, histoire des sciences et des idées, histoire des concepts. Ce qui amène ainsi l’auteur à traiter, successivement et toujours aussi rapidement, de l’historiographie de l’histoire culturelle, des « supports des pratiques culturelles » (par exemple, l’histoire du livre) et des pratiques culturelles (en fait traitées sous l’angle des politiques culturelles, en 4 pages).

Ce survol échevelé finit par poser la question du projet de l’auteur : des centaines de notes bibliographiques (190 pour le seul chapitre 4) à l’appui d’une compilation sans doute très savante mais quelquefois largement mise en défaut (si j’en crois le domaine que je connais le mieux ici), pour quoi faire ? La réponse se trouve à la page 302 : « contribuer à la construction de cette histoire intellectuelle » en répondant à « la salve de critiques qui a accompagné la publication de mon Histoire du structuralisme et dont le dossier réalisé dans Le Débat donne le ton ». C’était donc un plaidoyer pro domo…

Il y a aussi un index et de belles pages sur les représentations ou sur l’appropriation de nouveaux corpus théoriques (l’œuvre de Darwin, le corpus freudien).