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Forum international des bibliothèques de métropole

Sylviane Tribollet

Le premier Sommet mondial des villes et des pouvoirs locaux sur la société de l’information s’est tenu à Lyon les 4 et 5 décembre 2003, dans le cadre de la préparation du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) 1 des 10, 11 et 12 décembre 2003 à Genève, sous l’égide de l’Onu.

À cette occasion, Patrick Bazin de la Bibliothèque municipale de Lyon et François Dupuigrenet Desroussilles de l’Enssib ont présidé le Forum international des bibliothèques de métropole sur le thème « Vers une offre globale de savoir : le rôle des villes et de leurs bibliothèques ». Ont exposé leurs réalisations des responsables de bibliothèques de métropole venus de trois continents : d’Asie avec Wu Jianzhong de Shanghai et Peter Yew Guan Pak de Singapour, d’Amérique du Nord avec Lise Bissonnette de la Bibliothèque nationale du Québec à Montréal, Josephine Bryant de Toronto et Susan Kent de Los Angeles et enfin d’Europe avec Maija Berndtson d’Helsinki, Borge Sorensen de Copenhague, Frans Meijer de Rotterdam et Marta Clari i Padros de Barcelone 2.

Des bibliothèques avec ou sans murs ?

Pour Los Angeles, la bibliothèque n’est plus une entité proposant des collections limitées situées dans un bâtiment donné. Elle offre de l’information à ses utilisateurs grâce à des collections imprimées, électroniques et multimédias constituant ainsi une bibliothèque sans murs. La notion de bibliothèque hybride évoquée par Shanghai et Helsinki souligne bien la nécessaire complémentarité entre le « à distance », le « en ligne » et le « physique », le « face à face ». Les technologies de l’information sont perçues comme des alliées des bibliothèques.

La bibliothèque a besoin de bâtiments qui la rendent visible dans la cité. L’emplacement est fondamental. Neuf bibliothèques de quartier sont implantées dans des centres commerciaux à Singapour. La bibliothèque de Shanghai est située dans la zone diplomatique près du centre commercial.

Des bâtiments sont réhabilités, des constructions très importantes sont réalisées. La bibliothèque centrale de Los Angeles a doublé sa surface. La bibliothèque de Shanghai totalise une surface de 83 000 m2, ce qui en fait une des plus grandes dans le monde. Singapour projette l’édification d’une nouvelle bibliothèque nationale. À Montréal, se poursuit la construction de la Bibliothèque nationale du Québec qui doit ouvrir en 2005.

Les bâtiments restent aussi importants en surface car ils ont su s’adapter aux nouveaux services proposés qui nécessitent des espaces supplémentaires : des salles multimédias, des places pour connecter un portable mais aussi des salles de conférences, des auditoriums… À Rotterdam, les professeurs d’université font leur rentrée solennelle à la bibliothèque et, en période électorale, un bureau de vote fonctionne dans l’amphithéâtre.

Nouveaux services : le client est roi

À Rotterdam, « le client est le héros de l’information ». En règle générale, l’objectif est bien de satisfaire l’utilisateur et ses besoins, ses exigences qui évoluent dans la société de l’information. Pour ce faire, l’imagination est au pouvoir. Les services classiques comme le prêt et le retour sont aussi améliorés. Les bibliothèques fonctionnent en réseau en proposant la possibilité de réserver, d’emprunter et de rendre les ouvrages en tout point (Shanghai, Copenhague avec un prêt entre bibliothèques nationales). Les réservations, prolongations de prêt peuvent être faites par Internet ou messagerie électronique.

Des espaces attractifs sont aménagés pour les adolescents avec beaucoup de micro-ordinateurs (Singapour et Los Angeles). À Toronto, le service « Dial a story » propose aux enfants d’écouter des histoires par téléphone en six langues.

À Toronto et Los Angeles, de nombreuses possibilités sont offertes aux publics immigrés : laboratoires de langues, séances de conversation en anglais, documentation sur les cultures d’origine, guides pratiques pour se débrouiller dans le pays, claviers de micro-ordinateurs avec divers alphabets… À Toronto, si un utilisateur venu à la bibliothèque ne peut se faire comprendre dans sa langue par le personnel, celui-ci peut utiliser le service Langues en ligne pour faire appel à un interprète.

Les partenariats sont multiples. À Helsinki et Rotterdam, la bibliothèque coopère avec la radio en répondant à l’antenne aux questions des auditeurs.

Les services de renseignement utilisent le téléphone, le fax, la messagerie électronique, le chat en ligne ou le « face à face ». Le service en ligne s’intitule « Ask a librarian » ou « Netlibrarian ». À Helsinki, l’information est considérée comme un carburant dont les utilisateurs ont besoin et que la bibliothèque leur fournit comme une station-service. C’est l’IGS (Information Gas Station) dont l’emblème est une pompe à essence et dont la station mobile se rend dans les gares, maisons de retraite…

Les bibliothèques ne se contentent pas de donner accès à la documentation électronique. Elles élaborent des portails. Elles apprennent aux utilisateurs à repérer les informations pertinentes en étant à la fois centre d’information et centre d’apprentissage. À Copenhague, l’usager peut décharger sur son micro-ordinateur des textes, des images, du son. La bibliothèque prête des documents électroniques grâce à Download.dk. Le service Netmusic permet à l’utilisateur d’emprunter des œuvres musicales numérisées pendant quinze jours, s’il y a accord avec l’éditeur. Un logiciel permet d’interdire de copier, graver ou écouter au-delà de la durée prévue. À Toronto, des documents numérisés sur divers sujets (3 500 titres) peuvent être déchargés et des livres électroniques Rocket eBooks peuvent être empruntés avec dix titres de romans à disposition.

Le client est roi ? Oui, mais…

La bibliothèque ne doit pas devenir un vaste bazar organisé en fonction d’une politique qui consiste à satisfaire les exigences des utilisateurs. Ne laissons pas les demandes multiples de services nous détourner de nos missions premières.

À Copenhague, le prêt et le retour des livres en tout point du réseau posent un problème de saturation à la bibliothèque centrale. Le personnel passe son temps à emballer, envoyer et réceptionner des documents. Le service Netmusic entraîne de lourdes négociations avec les éditeurs musicaux et, en cas d’achat de licences globales, un abandon du choix des différents morceaux. La bibliothèque risque de devenir un magasin de disques de quartier.

Pour Montréal, il faut prendre de la distance par rapport au marché de l’information, aux best-sellers. La bibliothèque n’est pas une librairie. Il convient aussi d’éviter le danger du clientélisme qui ouvre la porte aux pressions avec des risques de censure ou d’autocensure.

À Singapour, est soulignée l’importance du contenu. Il ne suffit pas de donner accès aux informations. La bibliothèque n’est pas un simple fournisseur d’accès, un assemblage de tuyaux, même si à Rotterdam il est question de passer des collections aux connexions. Pour Los Angeles, le bibliothécaire n’est pas un simple navigateur sur Internet. Il n’est pas Google.

La bibliothèque doit savoir rester un espace de liberté, de médiation qui œuvre pour le partage des connaissances, leur démocratisation, pour la réduction de la fracture numérique et qui apporte une valeur ajoutée en développant une offre globale du savoir. Elle doit aider le public à passer du statut de consommateur d’informations à celui de créateur, d’un état passif à un état actif de citoyen, trouvant sa place dans la cité et dans la société de l’information.