entête
entête

Françoise Chapron

Claude Morizio

Préparer et réussir le Capes externe de documentation

Paris : Presses universitaires de France, 2003. – IX-110 p. ; 24 cm. – (Collection Major). ISBN 2-13-053431-7 : 12 €

par Marie-Pierre Rigollet

Attention ! Titre trompeur. Ce livre n’est pas le guide détaillé, ni la méthode précise que son titre laisserait supposer, permettant de préparer et – toute une ambition en 110 pages – de réussir ce concours. Non, il s’agit en fait d’une introduction générale à l’esprit du concours, mais surtout aux spécificités du métier de documentaliste en milieu scolaire. Une fois le malentendu levé, la lecture de cet ouvrage s’avère très utile pour quiconque serait tenté par ce métier, mais n’en aurait qu’une vague idée et manquerait de précisions sur sa réalité. D’autant plus que cet ouvrage s’attarde également sur la formation de deuxième année qui suit la réussite du concours.

Un métier récent

Si le métier de documentaliste est récent (le terme est apparu au début du XXe siècle avec Otlet et Lafontaine), celui de documentaliste en milieu scolaire – il porte aujourd’hui le titre de professeur documentaliste – l’est encore plus et a suivi un parcours hésitant et cahotant jusqu’à la création du Capes (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire), parcours que retracent Françoise Chapron et Claude Morizio.

Apparus à la fin des années 1950, les services de documentation sont alors des lieux de ressource exclusivement réservés à l’usage des enseignants. Leurs responsables sont principalement recrutés parmi les personnels adjoints d’enseignement : l’absence de statut et de véritable formation, l’antagonisme des représentations entre la fonction de bibliothécaire et celle de documentaliste, l’empilement des tâches, des missions et des responsabilités sont autant de réalités qui freinent le bon développement de ce lieu devenu stratégique. La création du Capes en 1989, sa rénovation en 2001 ont véritablement ancré pédagogiquement cette fonction et ce lieu, et permis la reconnaissance des centres de documentation et d’information (CDI) devenus, au fil des années, l’un des pivots des établissements scolaires, supports privilégiés de toutes les innovations pédagogiques.

Trop nombreux pourtant sont encore ceux qui ignorent jusqu’à l’existence de ce Capes, y compris au sein de la communauté éducative : pas de nouvelle circulaire de mission depuis celle de 1986, vaste et floue, mais surtout obsolète, ne serait-ce que par rapport aux profondes mutations technologiques auxquelles nous avons assisté. Le développement d’Internet a bousculé en effet l’ensemble de la fonction documentaire et, pour Françoise Chapron et Claude Morizio, le professeur documentaliste gère maintenant plus un système d’information qu’un lieu ressource, tout en gardant à l’esprit que toute activité documentaire est subordonnée à la finalité pédagogique. Multiples facettes, ambiguïtés, flous du métier : le nouveau Capes a permis, selon les auteurs de l’ouvrage, « d’affiner un profil professionnel encore mal précisé dans les textes ».

Un flou sur les compétences professionnelles

Depuis 2001, le Capes a gagné donc en autonomie puisqu’il n’y a plus d’articulation avec une option disciplinaire. Dorénavant, les quatre épreuves sont spécifiques au Capes de documentation et constituent dès l’écrit, selon les deux auteurs qui ont participé directement à l’élaboration de ces nouvelles épreuves, une véritable préprofessionnalisation. On peut toutefois leur opposer qu’à l’heure du tout électronique, l’exercice de la note de synthèse n’est plus franchement d’actualité, les dossiers documentaires, trop vite obsolètes, disparaissant peu à peu des CDI. Quant à l’autre épreuve écrite, elle reste toujours aussi difficile à décrire, mais aussi à appréhender (surtout les deuxièmes et troisièmes parties de l’épreuve), y compris pour une personne ayant préparé et réussi ce concours !

Par ailleurs, et les auteurs de l’ouvrage le soulignent, il persiste un flou sur les compétences professionnelles demandées aux candidats, comme aux personnels en poste : s’agit-il de spécialistes d’information, de communication ou de documentation ? Quid de la bibliothéconomie ? Et est-on vraiment d’accord au préalable, sur les définitions et limites accordées à ces différentes notions ?

On ajoutera également que, si l’épreuve orale de techniques documentaires tient très judicieusement compte des réalités du métier (l’épreuve se déroule totalement sur informatique, avec accès à Internet, mise à disposition de cédéroms et de logiciels de gestion de bases de données), elle demande néanmoins une contorsion d’équilibriste au candidat qui ne sait trop quelle posture adopter face au jury. Celle d’un documentaliste ayant effectué seul sa recherche (ce qui est bien sûr la réalité du candidat, mais est à bannir dans un CDI où le professeur documentaliste se doit d’être un guide, un médiateur, un formateur, non l’exécutant de recherches pour autrui) ? Celle d’un élève novice (mais alors le jury doit accepter les maladresses du candidat !) ? Ou celle d’un documentaliste ayant effectué seul sa recherche et faisant croire au cours de son exposé qu’il a accompagné des élèves ou des enseignants ? Le livre ne soulève malheureusement pas cette ambiguïté qui se révèle bien inconfortable pour le candidat.

Compte tenu de la date récente de la rénovation du Capes, ce livre manque d’exemples concrets de sujets qui auraient probablement permis au lecteur de mieux appréhender l’esprit et la lettre du concours. Mais l’ouvrage propose une bibliographie large et complète, offre de multiples renvois aux principaux sites pouvant apporter des informations complémentaires et n’est encore une fois qu’une introduction générale et de qualité à ce métier protéiforme et passionnant.