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Le code de déontologie du bibliothécaire

Gérard Briand

Isabelle de Cours

À l’été 2002, le bureau national de l’Association des bibliothécaires français a souhaité proposer à l’ABF de se doter d’un code de déontologie, à l’instar des 27 pays qui en ont déjà adopté un, pour la plupart dans les années 1990. Ceux-ci sont consultables sur le site du Faife (http://www.ifla.org/faife/), le comité de l’IFLA qui s’est donné pour mission la défense de la liberté d’expression et de la liberté d’accès à l’information. Il a fallu huit mois – et neuf versions – pour rédiger le code qui a été adopté par le conseil national de l’ABF du 23 mars 2003.

Ce code est donc le fruit d’un travail long et approfondi de l’ABF. Il concerne tous les types de bibliothèques, publiques (BM, BU, BDP) ou privées recevant du public. Il s’adresse à tous les métiers des bibliothèques, quels que soient les spécificités, les statuts ou la place dans la hiérarchie. Il est destiné à inspirer les bibliothécaires dans leur action quotidienne aussi bien que dans leur action permanente. Il établit les devoirs du bibliothécaire en particulier dans le respect absolu de l’usager dont découle toute démarche et affirme son exigence de reconnaissance de la responsabilité professionnelle, notamment vis-à-vis des élus. Il a l’ambition d’être un texte fédérateur pour notre communauté professionnelle.

L’ABF est heureuse, par cette initiative, de pouvoir rejoindre les très nombreuses associations professionnelles qui, dans le monde, se sont dotées de cet outil indispensable 1.

La méthode

Pour commencer, nous avons repris, à l’issue d’un long travail de dépouillement, tous les thèmes des 27 codes du Faife. Un grand nombre d’entre eux visent à faire accepter et reconnaître la profession de bibliothécaire dans des pays non démocratiques. Ceux-là ne présentaient pour nous qu’un intérêt limité. En revanche, nous avons été très inspirés, très convaincus par les codes des États-Unis, de Lituanie, de Suisse et d’Italie.

Il est vite apparu, à la lecture de tous ces codes multiples et différents, que le nôtre se devait d’être court, avec quelques rubriques bien identifiées et peu nombreuses, pour être plus incisif, plus clair, mieux mémorisable. Sa principale originalité, soulignée encore cet été à Berlin lors du workshop annuel du Faife par Robert Vaagan et Wallace Koehler, réside dans l’apparition de la tutelle. En effet, il nous a semblé important, non seulement de définir le territoire de l’usager et du bibliothécaire, mais aussi celui de la tutelle, dans un souci de respect mutuel des compétences et pouvoirs de chacun.

Le groupe de travail rassemblait les membres du bureau national, des représentants des deux sections de l’ABF (sections Études et recherches et Lecture publique) et des groupes régionaux, ainsi que toute personne souhaitant s’associer et participer à ce travail. Chaque compte rendu de réunion, chaque version du code in progress était ensuite transmise, via les membres du groupe de travail, à l’ensemble des sections, des groupes, du conseil national. La diffusion a toujours été large et ouverte, les remarques, prises en compte et attendues.

Pourquoi un code ?

La nécessité de ce code est apparue pour des raisons politiques et stratégiques. Les bibliothèques sont revendiquées comme des lieux de liberté où l’usager doit trouver les réponses aux questions qu’il a lui-même déterminées, qui sont relatives à la culture et à l’information. L’évolution des bibliothèques publiques au sens large les conduit à se donner les moyens de répondre à ses besoins, en dehors de toute influence politique et en évitant la prescription autant que possible. Dès lors, le bibliothécaire doit être au-dessus de tout soupçon de partialité dans sa relation avec l’usager et la constitution des collections et faire admettre son professionnalisme vis-à-vis de sa tutelle, et donc faire en sorte que celui-ci soit incontestable et reconnu.

Par ailleurs, en ces périodes troubles où les attentes des citoyens vis-à-vis de l’État sont fortes mais parfois contradictoires avec les avancées nécessaires de la décentralisation pour les collectivités territoriales ou de l’autonomie pour les universités, il nous a semblé important que quelques principes fondamentaux relatifs au droit des citoyens soient affirmés. C’est pour cela que nous demandons une loi sur les bibliothèques qui garantisse ce droit du citoyen et qui définisse le rôle des bibliothécaires dans la société de l’information, l’instance arbitrale et régulatrice devant être le CSB (Conseil supérieur des bibliothèques). D’autres dispositions sont évidemment à parfaire, notamment lors de l’implémentation des directives européennes.

Dans ce contexte, il était nécessaire que les bibliothécaires soient les premiers à apporter leur pierre au dispositif souhaité et montrer ainsi leur sérieux vis-à-vis du service public en mettant l’usager au premier rang de leur préoccupation (ce qui est aussi un rappel à notre propre intention), et en abordant les problèmes de relation avec la tutelle sous l’angle du professionnalisme comme exigence incontournable en se donnant les moyens de dire non lorsque les principes démocratiques sont bafoués.

Cette rédaction a été aussi l’occasion de réfléchir à nos pratiques en les analysant et en les critiquant, et de rendre transparents les objectifs et les missions des bibliothèques et des bibliothécaires. Le code de déontologie doit nous servir de référence : à nous-mêmes tout d’abord et entre nous, mais aussi à nos usagers et à nos élus.

Mai 2003

Le code de déontologie du bibliothécaire est reproduit dans les images.

Illustration
Code de déontologie du bibliothécaire – 1/2

Illustration
Code de déontologie du bibliothécaire – 2/2

  1.  (retour)↑  L’ADBS, de son côté, s’est dotée en 1999 d’un code de déontologie, élaboré dans le cadre européen http://www.adbs.fr (Ndlr)