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Élisabeth Prost

Nathalie Esnault

Déménager une bibliothèque

Paris : Éd. du Cercle de la Librairie, 2003. – 222 p. ; 24 cm. – (Collection Bibliothèques). ISBN 2-7654-0864-5 : 37 €

par Thierry Delcourt

Après une période durant laquelle on a surtout construit des bibliothèques là où il n’en existait pas encore qui fussent dignes de ce nom, on a vu se développer, depuis une dizaine d’années au moins, un grand nombre de projets de rénovation, extension ou reconstruction d’établissements dans des villes qui en étaient déjà dotées. Le programme national des douze bibliothèques municipales à vocation régionale (BMVR) ne représente à cet égard que la partie la plus immédiatement visible d’un mouvement de grande ampleur, qui a touché – ou va concerner dans les prochaines années – des établissements de nature diverse. Les exemples abondent, mais il suffira de citer les bibliothèques de Roanne, Dole, Lisieux, Flers et tant d’autres pour le passé, et de songer aux nombreux projets qui fleurissent actuellement, tant dans de grandes métropoles comme Strasbourg, Rouen, Clermont-Ferrand ou Lille, que dans mainte ville moyenne. La plupart de ces nouvelles bibliothèques héritent de fonds patrimoniaux, même limités, mais on commence aussi à voir se poser la question du remplacement (et donc, du déménagement) de bibliothèques de lecture publique construites dans les années 1970, notamment dans les banlieues.

Si l’on dispose depuis longtemps d’outils de qualité, et régulièrement mis à jour, pour les phases de programmation et de construction de ces nouvelles bibliothèques, ainsi que pour la question cruciale de la constitution ou de la remise à niveau des fonds, un tel instrument de travail manquait cruellement pour la phase la plus traumatisante d’un projet de nouvelle bibliothèque : le déménagement, qu’il concerne les collections, le mobilier ou les équipes. Les établissements devaient se contenter d’échanger informations et tuyaux de manière informelle, en allant à la pêche aux conseils et aux erreurs à ne pas commettre auprès des collègues déjà passés par là… Le livre d’Élisabeth Prost et Nathalie Esnault, toutes deux bibliothécaires à Montpellier, vient donc combler un manque réel, et l’on ne peut que leur être reconnaissant de s’être chargées de ce vaste dossier.

Une mine d’informations

L’ouvrage est structuré en trois parties d’inégale longueur. La première (mais aussi la plus volumineuse) est consacrée à la préparation du transfert. La seconde s’intéresse à son déroulement effectif. La troisième, fort brève, évoque les suites du déménagement et les conditions de son succès. Diverses annexes, issues du déménagement de la bibliothèque municipale de Montpellier, viennent compléter le propos.

Écrit dans un style agréable, qui ne dédaigne parfois pas une pointe d’humour appréciable compte tenu de l’austérité du sujet, le livre convainc avant tout par les éléments pratiques qu’il fournit. Il constitue en effet une mine d’informations issues parfois de circulaires ignorées de tous, ou de sources très dispersées, qu’il s’agisse des charges au sol ou de la détermination d’un cubage de camion à partir de mètres linéaires de collections… Les nombreux modèles qu’il fournit (cahier des charges, plannings, plans…) éviteront sans doute bien des échanges entre bibliothèques, car ils constituent le premier vade-mecum du bibliothécaire responsable d’un déménagement.

On n’en regrette que davantage que l’ouvrage débute par un chapitre consacré au personnel, dont une bonne partie semble hors sujet et pour tout dire assez oiseuse. Il faut dépasser cette entrée en matière un peu maladroite pour apprécier toute la richesse d’information qu’il contient, tant sur l’organisation et le suivi du déménagement des collections et du mobilier que sur nombre de points plus périphériques, mais qui se révèlent extrêmement utiles (disponibilité de l’informatique, communication au cours du déménagement, permanence téléphonique, etc.). Un seul regret majeur de ce point de vue : les documents étant regroupés en annexe en fin de volume, la lecture du texte paraît parfois abstraite, alors qu’il eût été très simple d’y intégrer directement des illustrations (plans d’implantation, croquis d’étagères, et surtout des photos prises sur le terrain, malheureusement totalement absentes !)

Le cas le plus simple

Le parti pris des auteurs, qui se sont pratiquement cantonnés à l’expérience de la BMVR de Montpellier, montre cependant ses limites. L’ouvrage n’aborde en effet que le cas le plus simple, celui d’un déménagement de site à site. Il aurait sans doute été utile d’étudier en détail un ou plusieurs exemples plus complexes : transfert d’une partie des fonds dans un nouveau bâtiment, avec maintien sur place d’un fonds d’étude (cas, déjà relativement ancien, de Nancy, et plus récemment de Toulouse) ; regroupement dans un bâtiment nouveau de collections provenant de plusieurs sites (Troyes) ; problématique du stockage intermédiaire de tout ou partie des collections lorsque l’ancien site, conservé, est lui-même l’objet de travaux de rénovation (Reims), ou quand l’espace fait défaut pour stocker les nouvelles acquisitions.

On pourra aussi se laisser aller à rêver à la situation d’une bibliothèque où les équipes, nombreuses, sont bien structurées, et où chacun joue un rôle bien défini, qui dans le groupe « déménagement », qui dans la commission « mobilier », qui dans le comité de pilotage… Cet idéal, qui doit certes rester un objectif, est souvent démenti en réalité, car, « dans la vraie vie », un déménagement se déroule souvent sur la corde raide, et le chef de projet doit généralement être sur tous les fronts en même temps. Le recours à d’autres exemples que celui de Montpellier aurait sans doute permis de donner davantage de nuances à cet ouvrage, qui constitue cependant un utile instrument de travail.