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Lieux de culture, culture des lieux : production(s) culturelle(s) locale(s) et émergence des lieux

dynamiques, acteurs, enjeux

sous la direction de Maria Gravari-Barbas et Philippe Violier. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2003. – 301 p. ; 24 cm. – (Espace et territoires). ISBN 2-86847-784-4 : 20 €

par Philippe Poirrier

Lieux de culture, culture des lieux, volume collectif qui réunit essentiellement des géographes, se penche sur le rapport entre la production culturelle et l’émergence de lieux comme des processus dynamiques. L’ouvrage constitue les actes d’un colloque organisé par l’Unité mixte de recherche (UMR) Espaces géographiques et sociétés et les Études supérieures de tourisme et d’hôtellerie de l’université d’Angers en mai 2000 au château du Plessis-Macé. Ce volume récuse le discours du pessimisme culturel et choisit d’envisager les pratiques culturelles comme dynamiques sociales en relation souvent étroite avec des lieux.

Une vingtaine de contributions sont réunies sous quatre chapitres : « La réaffirmation et instrumentalisation de traditions et cultures locales » ; « La culture qui éveille les territoires » ; « Se créer un lieu pour exister », « Enrichir le lieu par la culture et les mobilités de loisir et de tourisme ». Centré essentiellement sur la France, l’ouvrage donne cependant à lire des études sur le Japon, le Bénin, le Texas, la Syrie, la Tunisie et Berlin.

Plusieurs contributions analysent le rôle des politiques culturelles dans la construction des identités locales et comme ressource pour les acteurs du développement local. Au total, ce volume rappelle que la culture, en tant que moyen d’interprétation du monde, procède, pour une part, des interrelations dynamiques opérant entre pratiques sociales et politiques publiques. Il montre que le modèle centralisation/décentralisation ne suffit plus à rendre compte des dynamiques culturelles qui caractérisent le paysage culturel national.

L’objectif affiché était de contribuer à construire une « approche géographique de la production culturelle ». L’ouvrage participe de l’affirmation d’une « géographie culturelle » au sein du paysage académique. Sur un tel sujet, les travaux des ethnologues, des sociologues, des politistes et des historiens sont, depuis une large décennie, très nombreux. Sans être totalement ignorés, ils ne sont que trop rarement convoqués. Cette situation témoigne des clôtures disciplinaires qui nuisent à la circulation des acquis des sciences sociales. De même, les recherches collectives impulsées par le Comité d’histoire du ministère de la Culture ne sont jamais mobilisées, alors même que cette question a fait l’objet de plusieurs publications. En conclusion, les auteurs regrettent d’ailleurs la trop faible prise en compte de la dimension temporelle des phénomènes étudiés et soulignent la nécessité de poursuivre dans cette voie.

L’auteur de ce compte rendu – historien – ne peut qu’adhérer à cette proposition. Les études du Département des études et de la prospective du ministère de la Culture soulignent combien, par-delà les considérations économiques, démographiques et politiques, le rôle des élus, dans la durée, est le principal facteur explicatif des modalités des politiques culturelles mises en œuvre.

Les lecteurs du BBF trouveront d’utiles réflexions sur la polarisation des espaces par les établissements et lieux culturels. À l’heure d’une nouvelle vague de décentralisation et de la montée en puissance des intercommunalités, l’enjeu est d’importance. Cette réflexion sur l’espace des pratiques et des politiques culturelles est indispensable dans un monde où la circulation des personnes transgresse les barrières administratives. L’espace vécu – à l’échelle des « pays » ou des métropoles – remet en cause les modes de gouvernance et pose de manière frontale la question de la visibilité et de la légitimité des politiques publiques.