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Travailler ensemble…

Le 32e congrès de Liber

Sylvie Chevillotte

Du 17 au 20 juin 2003, la Bibliothèque nationale de Rome a été le cadre du 32e congrès annuel de la Ligue des bibliothèques européennes de recherche (Liber). Le thème de ce colloque, « Extending the network : libraries and their partners », a permis d’évoquer de nombreux types de partenariats. Il fut surtout question du travail en commun entre bibliothèques et éditeurs – portant essentiellement sur les documents numériques –, mais aussi de la coopération entre les institutions culturelles proches que sont les bibliothèques, musées et archives, et de celle des bibliothèques entre elles. On peut souligner la diversité des origines géographiques des participants malgré un certain déséquilibre entre pays du Nord et du Sud de l’Europe.

Rappelons pour le lecteur néophyte que Liber est structuré autour de quatre divisions professionnelles : Accès à la documentation ; Développement des collections ; Préservation et conservation ; Direction et administration des bibliothèques 1. Chaque section coordonne une série d’exposés.

Ce congrès était centré sur l’utilisation de la documentation électronique dans les bibliothèques et les problèmes qui en découlent. Le thème des archives ouvertes a été repris par l’ensemble des intervenants, certains insistant sur des aspects techniques, tandis que d’autres tendaient plus vers une réflexion d’ensemble 2.

Les différentes facettes du partenariat

La pré-conférence du 17 juin illustrait bien les différentes facettes du partenariat.

Partenariat entre bibliothèques nationales et universitaires en Grande-Bretagne pour B. K. Follett. La question, dans les années 1990, était de savoir « si les bibliothèques pouvaient améliorer la diffusion de l’information auprès des chercheurs en développant une approche stratégique nationale ». La réponse se trouve dans l’institution d’un nouveau niveau, « Research libraries network 3 ».

Les bibliothèques allemandes ont choisi un plan stratégique de développement des bibliothèques jusqu’en 2007, structuré autour des niveaux local, régional et national (F. Geisselmann).

Autre pays, autre vision. J. B. Ostby présenta l’expérience intéressante que tente actuellement la Norvège d’une organisation commune entre bibliothèques, archives et musées regroupés en une seule entité, ABM-utviklin. Ce modèle était repris en écho par A.Van Camp et D. Castelli, qui examinèrent les types de coopération à mettre en œuvre entre ces institutions, notamment à partir des archives ouvertes.

La documentation électronique

L’accès à la documentation électronique et les changements qu’elle induit dans la diffusion de la recherche et des publications en série était au cœur de la matinée coordonnée par la section Accès à la documentation.

Pour D. Prosser, de SPARC Europe 4, l’évolution du modèle de publication peut être une chance pour les auteurs de mieux faire connaître leurs travaux, notamment par l’accès aux archives ouvertes. Il présenta divers exemples et insista sur la nécessité d’implications institutionnelles dans l’organisation de ces archives 5. Le rôle des bibliothèques dans le recensement est central. Elles doivent aider les chercheurs à déposer leurs textes, informer chercheurs et étudiants sur les accès aux documents et ne pas payer des abonnements hors de prix.

Cette préoccupation rejoignait celles de B. Savenije qui souligna l’importance du regroupement des bibliothèques dans les négociations avec les éditeurs. Pour lui, les éditeurs considèrent souvent les archives ouvertes comme une menace. S. Morris notait, à l’issue d’une enquête aux résultats surprenants, que les auteurs ne sont pas conscients de cet enjeu 6.

B. Casalini, responsable de la maison d’édition italienne du même nom, aborda le sujet sous l’angle linguistique et culturel. Pour être lus, les auteurs, quelle que soit leur discipline, doivent aujourd’hui écrire en anglais. Ceci provoque un affaiblissement culturel. N’y aurait-il pas la place pour deux modes d’accès différents : l’un, en anglais, en ligne rapidement, la forme écrite en langue originale permettant, elle, un approfondissement des sujets ?

Enfin, E. Pentz traita de l’accès direct aux références, via un identifiant unique (Digital Object Identifier). Son association développe un système permettant aux éditeurs d’assigner ce DOI aux articles, proposant un lien direct lors des recherches bibliographiques 7.

La numérisation des documents

La numérisation de tous types de documents était le point central des préoccupations de la section Préservation et conservation.

N. Lossau présenta différents projets européens de numérisation de journaux, en insistant sur le problème majeur de l’accès à long terme. Pour lui, comme pour la plupart des conférenciers, la numérisation n’est pas un problème technique, mais un problème politique. Il est essentiel de pérenniser l’accès vers une adresse permanente, en s’appuyant sur des normes. Il est également indispensable d’observer ce que font les autres pays.

Un certain nombre d’exposés analysant les normes de description des musées ou des archives s’adressaient à un public de spécialistes. Autre question soulevée, celle du dépôt des documents électroniques (e-depot) qui nécessite avant tout la définition de critères clairs de sélection, et la limitation à un seul type de publication.

L’intéressante approche de H. Shenton de la British Library faisait comprendre, par une présentation très claire, la nécessité de calculer le coût de la conservation. Elle rejoignait en cela les préoccupations de Peter te Boekhorst, invité par la section Management pour présenter les mesures d’impact de la bibliothèque sur les usagers dans de nombreux domaines, notamment la formation 8. S. Chevillotte lui répondit en présentant la formation à l’information des étudiants en France.

Les usagers auraient pu être les absents de ce congrès si J. Roegiers n’avait pas insisté sur les difficultés d’accès des chercheurs aux manuscrits, bibliothèques et archives suivant souvent des logiques différentes. Il insista sur l’importance de rapprocher les deux types de démarche et de faire un recensement général des ressources électroniques dans chaque pays d’Europe.

Documentation électronique, numérisation, relations entre différents partenaires, relations entre pays européens, question de l’évaluation des coûts et des services, telle est la palette offerte lors de ce congrès Liber. Nul doute que certains de ces thèmes seront repris et approfondis lors du 33e congrès, à Saint-Pétersbourg !