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Le Cadist de sciences religieuses de Strasbourg

Sonia Bosc

Le Cadist 1 de sciences religieuses a été créé à Strasbourg dès 1980 auprès de la Bibliothèque nationale et universitaire (BNUS), en étroite relation avec la bibliothèque des facultés de théologie de l’université Marc Bloch (UMB). La volumétrie totale des deux fonds atteint 365 000 volumes et 1 000 titres vivants de périodiques. La BNUS reçoit une subvention annuelle au titre du Cadist 2, à laquelle s’ajoute, depuis 1994, une subvention de la Bibliothèque nationale de France au titre de Pôle associé de la BnF pour le judaïsme, le christianisme et l’islam 3.

La bibliothèque des facultés de théologie de l’UMB, pour sa part, est financée par les crédits propres de la faculté et de ses équipes de recherche.

Le public potentiel

Une question se pose d’entrée : quelle est l’utilité d’un Cadist de sciences religieuses dans le contexte universitaire français ?

Ce n’est pas une question rhétorique. Il ne manque pas de voix, en effet, y compris dans la profession, pour contester l’intérêt de ce Cadist, au motif que les sciences religieuses ne seraient pas, en France, une discipline universitaire de plein droit, du fait de la tradition de laïcité de l’enseignement public.

Cette opinion, tenace bien qu’un peu datée, dénote en fait à la fois une méconnaissance de la réalité de la recherche universitaire française et une confusion entre sciences religieuses et théologie. Elle appelle donc quelques précisions sur ces deux points.

Tout d’abord, toutes les universités de sciences humaines, dans les disciplines académiques classiques d’histoire, de littérature latine ancienne, de philosophie antique et médiévale, délivrent des doctorats pour des travaux de recherche relatifs à l’histoire de l’Église, à l’histoire des diverses confessions chrétiennes, à la pensée chrétienne ancienne, à la patrologie 4.

Par ailleurs, plusieurs établissements universitaires sont habilités à délivrer des DEA (diplômes d’études approfondies) et des doctorats dans la discipline spécifique de sciences des religions. C’est le cas des universités de Lille III (DEA de sciences des religions, histoire religieuse et analyse des phénomènes interculturels), de Strasbourg, universités Marc Bloch et Robert Schuman (DEA de droit canonique et droit européen comparé des religions), de Paris III (doctorats de sciences des religions, mentions islam, religions de l’Asie, religion populaire-sorcellerie-magie, judaïsme), de Paris IV (mentions catholicisme, protestantisme, christianisme antique et médiéval, judaïsme, Bible, religions de l’Asie), d’Aix-Marseille I (mentions islam, judaïsme), de Lyon II (mention catholicisme, islam), de l’École pratique des hautes études (EPHE), section des sciences religieuses (mentions Bible, christianisme antique et médiéval, protestantisme, généralités-morale, religions de l’Afrique, religions de l’Antiquité).

Parmi les centres publics de recherche en sciences religieuses, on peut citer, entre autres :

– au sein de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, l’UMR 5 Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam), le Centre interdisciplinaire Paul Albert Février, consacré entre autres à la traduction et au commentaire des livres de la Bible grecque des Septante pour la collection « La Bible d’Alexandrie » et à l’édition des épigrammes du pape Damase ;

– attaché à la Section des sciences religieuses de l’EPHE, l’Institut européen en sciences des religions ;

– auprès de l’École des hautes études en sciences sociales, le Centre d’études interdisciplinaires du fait religieux ;

– auprès de l’université Robert Schuman de Strasbourg, le Centre société, droit et religion en Europe, unité de recherche associée au CNRS.

On rappelle enfin que la formation des professeurs des collèges et lycées comporte désormais, à côté de la formation à la « philosophie de la laïcité », une initiation à « l’histoire du fait religieux 6 ».

L’université française n’ignore donc pas le phénomène religieux comme objet de science et fournit au Cadist un public potentiel réel. Il est vrai, en revanche, qu’elle exclut la théologie.

Quelles sont les raisons de ce partage, inconnu en Allemagne et dans les autres pays d’Europe mais si sensible en France ? Les sciences religieuses se définissent a priori comme une science positive, descriptive, dégagée de toute influence confessionnelle. Née à la fin du XIXe siècle 7, cette discipline met en jeu l’histoire et la sociologie des religions, la psychologie, l’anthropologie. Ainsi l’université de Strasbourg comporte-t-elle, depuis 1920, un Institut d’histoire des religions attaché à l’UFR (Unité de formation et de recherche) des sciences historiques.

La théologie, quant à elle, constitue une approche différente de la religion, à la fois critique et confessante. Elle part de l’étude critique des corpus scripturaires et participe à l’approfondissement du dogme. Son enseignement vise à la formation des cadres des Églises – au sens générique du terme. La théologie n’a plus sa place dans l’université française depuis 1905 en raison de la législation sur la séparation des Églises et de l’État.

À cet égard, l’université Marc Bloch de Strasbourg constitue une exception due au fait que l’Alsace-Lorraine qui, en 1905, était un Land allemand, est restée, après 1918, sous le régime du concordat qui y règle, depuis 1802, les relations de l’État avec les religions catholique, protestante et juive 8. Les facultés de théologie protestante et catholique, fondées respectivement en 1872 et en 1903, se sont maintenues au sein de l’université Marc Bloch, avec statut dérogatoire, comme facultés d’État. Cette université est donc seule sur le territoire métropolitain à délivrer à la fois des diplômes d’État de sciences religieuses et de théologie.

Si Strasbourg – et en particulier la BNUS – a été choisi comme site du Cadist de sciences religieuses, c’est en raison de cette spécificité historique, de l’ancienneté et de la vitalité de la recherche locale dans ce domaine et de la richesse de l’assise documentaire dont la BNUS a hérité et qu’elle a contribué à constituer.

Historique du fonds du Cadist

On rappelle que ce fonds est double : bibliothèques des facultés de théologie et BNUS.

Chacune des deux facultés de théologie possède sa propre bibliothèque, constituée en partie à partir de bibliothèques de professeurs. Au sortir de la Première Guerre mondiale, leur faible développement et leur composition suscita des critiques. Ainsi le doyen protestant Lobstein déplorait-il, en 1919, les « lacunes nombreuses et regrettables laissées par l’université allemande qui avait négligé à peu près complètement les ouvrages de langue française » 8. En 1972, par souci de rationalisation, les deux fonds ont été réunis dans les mêmes locaux. La bibliothèque ainsi constituée est placée sous la responsabilité de deux professeurs-bibliothécaires appartenant aux deux facultés.

La BNUS, quant à elle, a constitué son fonds de sciences religieuses dès le début de son existence en 1871. À l’époque de l’annexion de l’Alsace à l’empire allemand (1871-1918), l’actuelle BNUS était Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek zu Strassburg, c’est-à-dire bibliothèque de l’Université impériale de Strasbourg et du Land d’Alsace-Lorraine 9. Elle était donc dès l’origine partie intégrante du dispositif documentaire de l’université qui était conçu de la façon suivante : d’une part, les bibliothèques d’instituts, situées à proximité des salles de cours (Seminarbibliotheken), qui regroupaient les usuels et les collections de textes correspondant aux programmes d’enseignement ; d’autre part, la BNUS qui centralisait la documentation de niveau recherche.

Comme les autres secteurs documentaires de la BNUS, le fonds de sciences religieuses a bénéficié dès 1871 de l’apport massif de dons d’ouvrages et de publications d’universités et d’académies, envoyés d’Allemagne et de pôles de collecte constitués à l’étranger par des émigrés allemands, à l’appel des responsables du temps, après les destructions de la guerre.

À ces dons qui se sont poursuivis jusqu’en 1918 et qui provenaient aussi bien de fonds de librairies que de monastères, la bibliothèque doit, par exemple, l’acquisition de dizaines de manuscrits ecclésiastiques médiévaux, de Bibles réformées, d’ouvrages de Zwingli des années 1520, de nombreux ouvrages de théologie.

Les acquisitions à titre onéreux ont été plus importantes encore grâce aux crédits relativement élevés alloués à la bibliothèque dès 1871. À partir de 1878, elle bénéficia en outre du concours actif de la Fondation du Chapitre saint-Thomas, institution ecclésiastique datant du XIe siècle, ralliée à la Réforme en 1524 et qui s’est illustrée pendant toute l’époque moderne par son soutien aux institutions d’enseignement de la ville, en particulier au Séminaire protestant, ancêtre de l’université. Par son crédit et son soutien financier, la Fondation a contribué de façon notable à la constitution de la collection ancienne, dons et achats, spécialement dans le domaine des sciences religieuses. C’est grâce à cet appui que des bibliothèques de professeurs et d’ecclésiastiques ont été intégrées au fonds : mentionnons entre autres la bibliothèque du professeur Jean-Guillaume Baum (1809-1878), spécialisée dans la théologie des XVIe et XVIIe siècles, et celle du professeur Édouard Reuss (1891), précieuse par ses éditions manuscrites et imprimées anciennes de la Bible et par son fonds d’exégèse vétéro-testamentaire.

Parmi les manuscrits les plus originaux de sciences religieuses de la BNUS, on peut citer deux exemples fort différents, qui témoignent de l’ancienneté et de la variété de la recherche à Strasbourg dans le domaine des sciences religieuses :

– un fonds de 193 manuscrits jaïna 10, réunis par l’indologue Ernst Leumann (1859-1931) et dont Brill a édité le catalogue en 1975 11 ;

– le Thesaurus Baumianus, 50 volumes de lettres de Réformateurs (le prédicateur Wolfgang Capiton, Martin Bucer, Philippe Mélanchton, Ulrich Zwingli, etc.) copiées sous la direction du professeur Baum, et qui constitue une source capitale pour la connaissance de l’histoire de la Réforme dans les pays de langue française.

Après 1918, les acquisitions se sont poursuivies, bien qu’à un rythme nettement moins soutenu : en 1918, après 48 années d’existence, le fonds de sciences religieuses comptait 95 000 volumes. En 2003, on l’évalue à 230 000 volumes.

Quelques apports récents méritent une mention particulière :

– à partir de 1968, le fonds documentaire du Cerdic 12, traité en collaboration avec la BNUS, à laquelle il fut transféré en 1993. C’est un fonds très diversifié, spécialement intéressant par ses revues ;

– dans les années 1990, le don de la bibliothèque du pasteur allemand Kirschbaum : 1 500 volumes de théologie pastorale et de droit ecclésial, d’un grand intérêt pour l’histoire de l’Église allemande sous le régime national-socialiste ;

– en 1990, le don à la bibliothèque d’une partie importante des archives personnelles et scientifiques de la théologienne alsacienne Suzanne de Diétrich, pionnière de l’œcuménisme aux côtés de Willem Visser’t Hooft et du pasteur Marc Boegner ;

– depuis 2002, le dépôt permanent de bibliothèques franciscaines, accompagné d’une dotation annuelle destinée à financer des acquisitions dans le domaine du franciscanisme.

La composition du fonds

Les sciences religieuses sont un domaine immense, aux contours difficiles à cerner. Le phénomène religieux intéresse l’ensemble des sciences humaines et sociales. Chaque religion, dans ses développements théologiques et historiques, pourrait à elle seule constituer l’objet d’un Cadist ! C’est d’ailleurs une réalité dans le système documentaire allemand qui ne consacre aux sciences religieuses pas moins de huit « Cadist » (Sondersammelgebiete) 13, dont celui de Theologie, à Tübingen, compte, pour le seul christianisme, 500 000 volumes avec un accroissement annuel de 8 000 volumes et 2 000 abonnements courants… Le judaïsme est traité par le Sondersammelgebiet de Francfort-sur-le-Main ; les autres religions le sont dans le cadre des différents Sondersammelgebiete de civilisation : Proche-Orient (Halle) pour l’islam, sciences de l’Antiquité classique (Munich) pour les religions de la Grèce et de Rome, Asie du sud (Tübingen) pour l’hindouisme et le bouddhisme, Asie orientale (Berlin) pour les religions de la Chine et du Japon, etc.

Rapporté aux limites et aux contraintes budgétaires d’un unique Cadist, le problème du choix et des équilibres à respecter est donc crucial. Par ailleurs, l’histoire du Cadist et son implantation alsacienne conduisent à s’interroger a priori sur les points suivants : le contexte de la création du fonds a-t-il conduit à des déséquilibres entre le christianisme et les autres religions ? Entre les différentes confessions chrétiennes ?

On n’a une claire vision de la composition du fonds que pour les périodes où il a bénéficié d’un classement systématique, c’est-à-dire de l’origine à 1918, puis à partir de 1993, date à laquelle fut adoptée à la BNUS la classification Dewey.

Pendant la période allemande, fut utilisé un système alphanumérique de classification systématique extrêmement élaboré, inspiré du classement de la bibliothèque de Tübingen. On trouve les livres de sciences religieuses principalement sous la lettre E (théologie), mais également en B (philosophie), C (littérature) et surtout D (histoire).

Chaque lettre de classement pouvait comporter d’un à cinq niveaux de subdivision grâce à un système de combinaisons alphanumériques adaptables aux besoins. Ainsi la lettre E comporte 98 divisions dans lesquelles sont classées toutes les disciplines du christianisme : études bibliques, patristique, histoire de l’Église, théologie systématique, éthique chrétienne, théologie pratique, écrits de théologiens et… théologie juive, entendue comme source du christianisme (rite, mission juive, 193 volumes).

Pour donner une idée de la structuration très fine du plan de classement, on reproduit dans l’encadré ci-dessus celui des textes et études bibliques.

La classe 220 (Bible) de la classification Dewey (21e éd.) est visiblement inspirée de ce cadre systématique qui permettait déjà aux professeurs et chercheurs de l’université l’accès direct aux rayons des magasins.

Les comptages statistiques, réalisés voici quelques années dans le cadre du programme Fabian 14 à partir du catalogue systématique, montrent que les acquisitions du secteur sciences religieuses favorisaient très largement le christianisme et les sciences bibliques. En effet, plus de 90 % du fonds est classé en théologie (lettre E), dont plus du quart en sciences bibliques. On dénombre plus de 4 000 bibles imprimées anciennes dont 640 éditions du XVIe siècle, parmi lesquelles toutes les grandes bibles humanistes et réformées et de nombreuses traductions allemandes.

Le reste du fonds (9,8 %) consacré aux généralités sur la religion et aux religions non chrétiennes est réparti dans les sections générales de philosophie, droit, littérature, histoire. Ainsi, la philosophie de la religion est-elle une subdivision de la philosophie (Bc, 1 911 volumes), le droit de l’Église et du mariage une subdivision du droit (Eherecht und Christenrecht, cote Fl, 3 688 volumes), les éditions du Talmud sont classées en littérature hébraïque (Cb44, 2 645 volumes), les religions de la Grèce et de Rome (1 494 volumes), les religions indiennes (385 volumes), l’islam (221 volumes), se trouvent en histoire, subdivision sciences religieuses (Religionswissenschaft, Dq 1 à 8).

Si l’on donne ces précisions techniques un peu arides, c’est qu’une classification documentaire est toujours l’expression d’opinions et de jugements de valeur, conscients ou non : en l’occurrence, n’y a-t-il pas un parti pris évident à traiter ainsi à part le christianisme et à reléguer les autres religions dans les secteurs généralistes d’histoire et de littérature, comme si elles n’avaient d’autre statut que celui de produits de civilisations ?

Ce christiano-centrisme du fonds ancien n’est d’ailleurs pas inattendu : poids des facultés de théologie, faveur, à Strasbourg, des thèses du protestantisme libéral dont l’un des plus éminents représentants, le théologien allemand Adolf von Harnack (1851-1930), professait à Berlin en 1903, que « qui ne connaît pas cette religion [le christianisme] n’en connaît aucune ; et qui la connaît accompagnée de son histoire les connaît toutes » 15.

Fait-on mieux aujourd’hui ? Le Cadist accorde-t-il plus d’attention aux religions non chrétiennes ? La commission consultative qui a accompagné les premiers développements du Cadist était composée de professeurs de théologie de l’université et du conservateur de la BNUS chargé du Cadist 16. Elle a décidé de répartir ainsi les crédits d’acquisition :

– 60 % pour les sciences bibliques et le christianisme ;

– 10 % pour les religions de l’Antiquité ;

– 10 % pour le judaïsme ;

– 10 % pour l’islam ;

– 10 % pour les religions d’Asie 17.

Ces proportions sont à peu près respectées actuellement, avec quelques aménagements, la difficulté étant de compenser les disparités des demandes, très fortes dans certaines disciplines comme les sciences bibliques ou l’histoire, très faibles dans d’autres comme l’islam (il n’existe pas de faculté de théologie islamique à Strasbourg) ou, plus curieusement, le judaïsme, pourtant bien implanté en Alsace.

Les recherches actuelles ont évidemment conduit à ajouter au cadre strictement confessionnel de 1980 un secteur transversal intégrant, en particulier, les questions brûlantes du pluralisme religieux et des relations entre État et religion sous leurs multiples aspects.

Si les études consacrées au christianisme et aux études bibliques constituent plus de la moitié du fonds, il est plus difficile d’évaluer la part respective des différentes confessions chrétiennes. L’histoire de la Réforme protestante est indéniablement l’un des secteurs phares du fonds. On compte 1 290 titres de Luther, dont 858 éditions du XVIe siècle ; même abondance des éditions de Calvin, Mélanchton, Bucer… Au contraire, certaines réalités du catholicisme comme le chant grégorien, sont pratiquement absentes du catalogue. Mais ce serait une erreur d’extrapoler. Sur le plan de la théologie et de l’histoire, le fonds n’est pas partial. Ainsi, la crise moderniste, interne au catholicisme, est-elle correctement traitée : partisans et adversaires du modernisme sont bien représentés, du moins pour la France, l’Angleterre et l’Allemagne. De même, l’histoire des Églises d’Allemagne fait une part équitable à l’Église catholique à côté des Églises protestantes.

Plus que confessionnel, le déséquilibre du fonds est linguistique. La richesse de la recherche théologique germanophone et, plus récemment, anglo-saxonne, s’est imposée au Cadist au détriment de l’édition scientifique italienne et plus encore espagnole. On peut infléchir légèrement cette tendance mais, en l’absence de moyens supplémentaires, aller au-delà nuirait à la cohérence du fonds.

Pour ce qui est du christianisme orthodoxe, les travaux scientifiques, relativement peu nombreux, essentiellement consacrés à l’histoire et à la théologie de la liturgie, mériteraient sans doute d’être mieux représentés en dépit de leur relative inaccessibilité.

Pour les autres religions, la modicité des crédits oblige à des choix plus restrictifs pour éviter l’éparpillement. La tradition sunnite est prépondérante dans le fonds d’islam, le bouddhisme dans celui des religions d’Asie. On s’efforce, dans ces limites, d’acquérir les éditions de référence des sources en langue originale et, chaque fois que c’est possible, leur version dans une langue européenne, le plus souvent en anglais, pour les rendre accessibles aux non-spécialistes.

Le Cadist au quotidien

La politique documentaire s’élabore en étroite relation avec les professeurs de théologie pour le christianisme et avec des spécialistes extérieurs pour le judaïsme et l’islam. Les ordres permanents, les nouveaux abonnements ne se prennent jamais sans que soient consultées la bibliothèque des facultés de théologie et la BnF, conformément aux termes des conventions de Cadist et de Pôle associé BnF. L’information bibliographique est puisée dans les annonces des éditeurs, mais aussi dans les nouvelles acquisitions de la bibliothèque de l’université de Tübingen et sur les sites web des centres de recherche français et étrangers. Les correspondants du Cadist sont actuellement plus étrangers que français, en particulier à travers l’association des Bibliothèques européennes de théologie (BETH).

Le volume annuel des acquisitions est de 900 titres à la bibliothèque des facultés de théologie et d’un peu plus de 3 000 à la BNUS qui est attributaire du dépôt légal des livres après tri par le Centre technique du livre (environ 1 000 volumes par an). Les acquisitions à titre onéreux portent donc presque exclusivement sur l’édition étrangère. Le dépôt légal des périodiques, lui, est pratiquement inexistant. Le nombre total d’abonnements en cours (achats, dons et échanges) est de 300 pour la bibliothèque des facultés de théologie et seulement de 700 pour la BNUS.

Le nombre de prêts annuels est de 24 000 environ. Il est en progression constante depuis 1996.

Le catalogue du fonds ancien de la BNUS et ceux de la bibliothèque des facultés de théologie ne sont pas encore rétroconvertis. Dans les deux établissements, le catalogage courant se fait dans le Sudoc (Système universitaire de documentation), dont le taux de recouvrement n’atteint pas 23 % pour le domaine. À la BNUS, la création d’indexation Rameau et Dewey est systématique pour les ouvrages étrangers, afin d’éviter des requêtes qui se révèlent inutiles dans les trois quarts des cas. Dans les secteurs judaïsme et islam, le catalogage en translittération de l’hébreu et de l’arabe est réalisé par des personnels vacataires. Une première tentative, en 2003, a été faite de cataloguer les ouvrages en hébreu dans le Sudoc – et non plus seulement dans le catalogue local de la BNUS – en appliquant la norme de translittération simplifiée ISO 259-2.

Le personnel permanent affecté au Cadist est constitué, en équivalent temps plein, par un conservateur et un assistant des bibliothèques.

Les projets

Cadist et recherche

En raison de la modicité de ses moyens, le Cadist a eu tendance à suivre en priorité les programmes de recherche de l’université de Strasbourg qui, si elle concerne des groupes relativement restreints, n’en témoigne pas moins d’une grande vitalité ; de nouveaux thèmes se font jour actuellement, comme l’histoire du droit des religions ou les rapports entre bioéthique et religion. Mais le Cadist doit aussi élargir le cadre et suivre les travaux des équipes de recherche des autres établissements d’enseignement supérieur, publics et privés, dans la discipline.

Rétroconversion

La rétroconversion du catalogue ancien de la BNUS est à l’étude. Se pose, pour le fonds de sciences religieuses, la question de son indexation, car un fonds spécialisé non classé de 95 000 volumes est un maquis décourageant pour le chercheur. Or le classement systématique allemand a été abandonné en 1918 et le fonds reclassé par formats sous un unique lettrage E (religion).

Il serait urgent également que la bibliothèque des facultés de théologie réalise la rétroconversion de ses catalogues.

Reproduction

Nombre d’ouvrages épuisés du fonds ancien constituent toujours une source non remplacée pour la recherche en sciences religieuses (sciences bibliques, patristique, histoire des religions). Dans l’intérêt des chercheurs et de la bonne conservation des livres eux-mêmes, il faut prévoir dans des délais rapides un programme de reproduction de ces publications.

Le catalogue du corpus de 193 manuscrits jaïna – évoqué plus haut – est fautif et doit être repris. La numérisation des manuscrits permettrait aux chercheurs sanskritistes de travailler commodément à cette révision. Les contacts techniques ont déjà été établis avec les partenaires susceptibles de réaliser ce travail. Mais le financement reste à trouver.

Bases de données

Le Cadist doit enrichir son fonds de périodiques et se rapprocher de l’Inist (Institut de l’information scientifique et technique) pour la réalisation de la partie religion de la base de données Francis, en lien avec la bibliothèque de l’université de Tübingen qui réalise, pour sa part, la remarquable base de données Index Theologicus (bilingue allemand/anglais).

Sauvetages

On ne peut clore ce chapitre sans évoquer enfin un problème difficile qui se pose actuellement aux bibliothèques publiques. Il s’agit du sauvetage de bibliothèques ecclésiastiques en déshérence.

L’époque actuelle est marquée, en Europe occidentale, par une décroissance de la démographie religieuse et monastique qui se traduit par la fermeture de maisons souvent dotées de bibliothèques anciennes fort riches dont les responsables doivent se défaire. Aubaine pour les libraires d’ancien qui récupèrent ainsi, dans l’urgence et à bon compte, des caisses d’incunables et d’ouvrages précieux… Dans certains cas, une information faite à temps permet que des bibliothèques publiques se voient attribuer ces fonds en dépôt – permanent ou non –, à charge pour elles de leur assurer de bonnes conditions de conservation et de les faire revivre. La bibliothèque de Louvain (1 100 000 volumes), richement dotée en moyens et en personnel, reçoit de cette source plusieurs dizaines de milliers de volumes chaque année. En France, la Compagnie de Jésus a déposé à la bibliothèque municipale de Lyon la Part-Dieu la collection des Fontaines (221 000 volumes).

Depuis 2002, la BNUS, à cause de sa réputation de spécialisation en sciences religieuses, a été sollicitée par les Franciscains de la Province de l’Est (qui s’étend de la Belgique à la Corse) pour accueillir en dépôt permanent les fonds des bibliothèques des couvents de France à mesure de leur fermeture. 4 000 livres et brochures sont ainsi entrés au catalogue de la BNUS en 2002. Plusieurs milliers d’ouvrages sont dans les magasins, en attente de catalogage. Des demandes similaires ont été faites à l’établissement, émanant d’autres instituts de Strasbourg et de sa région, auxquelles il n’a pas été possible de répondre favorablement.

Il faudrait qu’une réflexion d’ensemble soit menée sur ce phénomène : la sauvegarde de ce patrimoine entre-t-il dans les missions des bibliothèques publiques et, dans ce cas, celles-ci ont-elles les moyens d’y faire face ? Car si ces opérations de sauvetage ne sont l’affaire que d’une vingtaine d’années, elles n’en constituent pas moins, pour l’heure, une charge insupportable en l’absence d’une augmentation de moyens en personnel qualifié. Le catalogage par récupération de notices dans les bases nationales est en effet, dans ce cas, largement illusoire 18. L’histoire des bibliothèques de couvents reflète la complexité de l’histoire des couvents eux-mêmes : anciens, mal déposés, en grande partie étrangers, ces fonds requièrent la science de catalogueurs avertis.

Septembre 2003

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Thesaurus Epistolicus Reformatorum alsaticorum […]. Recueil de copies de lettres de Réformateurs alsaciens, réalisé au XIXe siècle sous la direction du professeur Baum (ms. 660) © BNUS.

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Classement des textes et études bibliques

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Talmwd Babliy. – Brooklyn, NY : Mesorah Publications, 1999. – (The Artscroll series). Texte et commentaires classiques du Talmud de Babylone avec, en regard, des éléments de traduction et des notes en anglais (E 15882,16). © BNUS.

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Henri Suso (Heinrich Seuse), Exemplar de la Vie du moine Henri Suso. Manuscrit du XIVe siècle, folio 2 recto. 22 manuscrits et 2 incunables des collections de la BNUS relatifs à la Mystique rhénane ont fait l’objet d’une opération de numérisation et peuvent être feuilletés virtuellement dans les locaux de la BNUS (ms. 2929). © BNUS.

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Uttarâdhyayana-sûtra, Gujerat (Inde), 1473. Manuscrit jaïna en écriture nâgari, orné de miniatures (ms. 4385). © BNUS.

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L’édition des sciences religieuses (1/2)

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L’édition des sciences religieuses (2/2)

  1.  (retour)↑  Les centres d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique ont une mission nationale d’acquisition, de conservation et de prêt de la documentation indispensable à la recherche.
  2.  (retour)↑  000 euros en 2003.
  3.  (retour)↑  000 euros en 2003.
  4.  (retour)↑  Près de 200 thèses ont été soutenues sur ces sujets au cours des cinq dernières années.
  5.  (retour)↑  Unité mixte de recherche, rattachée au CNRS.
  6.  (retour)↑  Circulaire no 2002-070 du 4-4-2002, Encart B.O. no15, 11 avril 2002, p. XIX.
  7.  (retour)↑  On date l’apparition de l’histoire des religions de 1871, année de publication de Primitive culture par E. B. Tylor ; l’institut de sociologie religieuse de Durkheim date de 1898.
  8.  (retour)↑  Matthieu Arnold, La Faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg de 1919 à 1945, Strasbourg, Association des publications de la faculté de théologie protestante, 1990, p. 42.
  9.  (retour)↑  Sur cette période de l’histoire de la BNUS voir l’article de G. Littler, « La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg : constitution de la collection dans la période allemande (1871-1918) », BBF, 2002, t. 47, n o 4, p. 36-46.
  10.  (retour)↑  Le jaïnisme est une religion apparue en Inde à la même époque que le bouddhisme (VIe-Ve s. av. J.-C.), mais qui, contrairement à lui, n’a jamais franchi les frontières du sous-continent indien.
  11.  (retour)↑  Chandrabhal, Tripathi, Catalogue of the Jaina manuscripts at Strasbourg, Leiden, E.J. Brill, 1975 (Indologia Berolinensis).
  12.  (retour)↑  Centre de recherche et de documentation des institutions chrétiennes, unité de recherche de l’université des sciences humaines de Strasbourg associée au CNRS.
  13.  (retour)↑  Fonds documentaires spécialisés à vocation nationale, financés par la Deutsche Forschungsgemeinschaft, l’équivalent de notre CNRS.
  14.  (retour)↑  Programme de recensement des fonds allemands dans les bibliothèques européennes. Cf. G. Littler, op. cit., p. 37.
  15.  (retour)↑  Cité dans Le comparatisme en histoire des religions : actes du colloque international de Strasbourg, 18-20 septembre 1996, sous la dir. de François Boespflug et Françoise Dunand, Éd. du Cerf, 1997, (Patrimoines), p. 13.
  16.  (retour)↑  Jacques Dedeyan a assumé cette charge pendant plus de vingt ans, de 1980 à 2002.
  17.  (retour)↑  Ne sont donc retenues que les religions des grandes civilisations écrites et monumentales, à l’exception des religions anciennes des Amériques et des religions dites « indigènes ».
  18.  (retour)↑  Le taux de recouvrement du Catalogue général des imprimés de la Bibliothèque nationale de France pour le fonds franciscain est de moins de 10 %.