entête
entête

« Chercher pour trouver : L'espace des élèves »

Outil de recherche d'information

Hélène Guertin

Paulette Bernhard

Le site Chercher pour trouver : L’espace des élèves 1 a pour origine un document intitulé La recherche d’information à l’école secondaire, conçu et réalisé en 1997 par un groupe de travail formé de trois spécialistes de la documentation de diverses régions du Québec, d’un responsable régional des ressources didactiques, sous la direction d’Yves Léveillé, de la Direction des ressources didactiques du ministère de l’Éducation. Nous devons la rédaction finale à Yves Léveillé, alors responsable du développement des bibliothèques dans le réseau éducatif québécois aux niveaux primaire et secondaire.

Ce document, distribué dans le réseau de l’éducation par les Services documentaires multimédias (SDM), est également devenu accessible sur le web 2 en relation avec la mise en place du projet Form@net.

Les auteurs de La recherche d’information à l’école secondaire estimaient que les bibliothécaires en milieu scolaire avaient un rôle pédagogique à jouer dans la formation des élèves. Un de leurs buts consistait à favoriser un travail collectif entre spécialistes des disciplines et spécialistes de la documentation (que nous appellerons éducateurs), afin d’amener les élèves à maîtriser les habiletés informationnelles. Le groupe de travail s’est préoccupé de développer un cadre théorique de référence, qui faciliterait la compréhension de toutes les composantes d’une démarche complète de résolution de problème par des élèves du secondaire, et leur permettrait de développer un raisonnement autonome et structuré. Ce référentiel se divise en six étapes :

– Je cerne le sujet ;

– Je cherche des sources d’information ;

– Je sélectionne les documents ;

– Je prélève de l’information ;

– Je traite l’information ;

– Je communique l’information.

La démarche s’est inspirée de nombreux travaux et ouvrages réalisés aux États-Unis et en Europe.

Les pages « Maîtrise de l’information » et « Formation à l’information » du site Form@net, conçu par Paulette Bernhard, professeur à l’EBSI (École de bibliothéconomie et des sciences de l’information) de l’université de Montréal, présentent près de vingt-cinq modèles du processus de recherche d’information, dont une mise en relation de huit modèles (ou « référentiels ») de première génération 3.

En 1996, j’ai moi-même conçu et réalisé la première phase du site Chercher pour trouver dans le cadre d’un cours sur la formation des usagers dispensé à l’EBSI par Paulette Bernhard. J’ai reformulé le référentiel développé sous la direction d’Yves Léveillé en un langage accessible aux élèves du secondaire. Hébergé sur le serveur de l’EBSI, le site est à la disposition des internautes depuis sa conception.

Destiné aux élèves de niveau secondaire 1 à 5 au Québec (de la sixième à la seconde en France), le site Chercher pour trouver : L’espace des élèves s’adresse à une clientèle de 13 à 17 ans. Le courriel, que nous recevons en provenance de pays de la francophonie, indique que les principaux usagers sont des bibliothécaires, des enseignants et leurs élèves du secondaire, parfois du niveau du collège et du primaire, des professeurs en sciences de l’éducation pour la formation des maîtres et des enseignants spécialisés dans la formation des adultes. Nous savons également que certaines bibliothèques publiques le signalent aux élèves qui viennent faire leurs devoirs et des recherches sur leurs projets.Une démarche qui pourrait s’insérer dans une politique de formation des usagers.

La pédagogie par projets piétine

Le référentiel trouve sa place dans le cadre de la pédagogie par projets et, dans une certaine mesure, dans l’utilisation des technologies de l’information et de la documentation (TIC), mais force est de constater le piétinement de la pédagogie par projets au niveau secondaire au Québec. Plusieurs barrières empêchent encore cette nouvelle approche de progresser, car elle requiert un changement radical des mentalités, autant chez les enseignants que dans les directions d’écoles. Peu d’activités sont entreprises et cette situation est due à la « dichotomie entre le modèle pédagogique inhérent aux TIC et la rigidité archaïque de l’école actuelle, […] centrée principalement sur l’évaluation, de façon obsessionnelle » (Morissette, 1999). De plus, l’organisation de la plupart des institutions et les règlements concernant la libre circulation des élèves rendent difficile la mise en place d’une approche basée sur l’apprentissage individualisé.

Au Québec, comme dans beaucoup de pays industrialisés, la formation à l’information n’est pas vraiment intégrée à l’école dans les programmes officiels ni dans la formation professionnelle des maîtres. D’autres éléments concourent à cette situation : bibliothèques scolaires pauvrement garnies, laboratoires d’ordinateurs dispersés dans l’école, manque de temps pour parfaire la formation continue, personnel qualifié en nombre insuffisant pour faire progresser la pédagogie par projets.

Les nouveaux programmes d’études du secondaire seront cependant plus innovants en matière de pédagogie. Le ministère de l’Éducation entend que les élèves développent des compétences transversales de quatre ordres : intellectuelles, méthodologiques, personnelles et sociales, de communication 4. La façon dont ces lignes directrices seront appliquées sur le terrain pour inventer cette nouvelle école reste à être déterminée par divers acteurs.

D’ici là, les enseignants voulant sortir du cadre traditionnel des cours magistraux, et désireux de rendre davantage les élèves maîtres de leurs apprentissages, peuvent fort bien expérimenter la pédagogie par projets pour atteindre les objectifs de leurs cours.

Un référentiel n’est pas un carcan

Au Québec comme ailleurs, la réussite des études secondaires est sanctionnée par des examens officiels du ministère de l’Éducation. Les enseignants sont confrontés à la nécessité de couvrir la matière prévue par les programmes d’études en fonction de ces examens et estiment souvent qu’ils n’ont pas le temps nécessaire pour entreprendre des projets de recherche d’information avec leurs élèves.

La démarche en six étapes, présentée sur le site Chercher pour trouver : L’espace des élèves, n’est pas un carcan. Les éducateurs disposant de peu de temps peuvent fort bien concevoir et réaliser un projet ne réclamant pas toutes les étapes. Prenons l’exemple d’un projet couvrant trois étapes (2, 3 et 6). À l’étape 1, le sujet serait élaboré uniquement par les éducateurs, transposé par écrit pour les élèves et expliqué en classe. À l’étape 2, les élèves feraient une recherche d’information uniquement sur le web ou dans des cédéroms en réseau, tandis qu’à l’étape 3, ces derniers sélectionneraient les trois meilleurs documents. À l’étape 6, les éducateurs pourraient demander aux élèves de communiquer les résultats de leur mini-projet dans une bibliographie commentée, une fiche technique (question-réponse) ou autre.

Le lecteur trouvera sur le site Form@net 5 des scénarios de projets de recherche élaborés par des équipes bibliothécaires-enseignants québécoises. Certains projets permettent de réaliser de courts travaux couvrant quelques étapes, d’autres couvrent l’ensemble des étapes du référentiel.

Ressources proposées

Le site se divise en trois volets : 1. Je connais les six étapes d’un projet de recherche d’information et son Guide rapide. 2. Je cherche des informations. 3. Je communique l’information.

Le premier volet présente le référentiel sous deux aspects : théorique et pratique. L’explication théorique de la démarche en six étapes est rédigée dans un langage accessible aux élèves du secondaire. Il couvre toutes les étapes d’une démarche de résolution de problèmes : la compréhension par les élèves du projet à réaliser, la recherche et la sélection d’information, la prise de notes, la mise en relation, l’analyse et le traitement des informations et, finalement, la réalisation de la production finale. Comme le souligne Maryvonne Courtecuisse, de l’Institut universitaire de formation des maîtres de Poitiers, le guide est « volontairement très décomposé, avec une mise en séquences ordonnées qui découlent les unes des autres » (1999, p. 18). Les éducateurs doivent d’abord s’approprier la démarche avant de la présenter aux élèves et ils peuvent être assurés de leur intérêt, voire de leur enthousiasme, si le thème du projet les captive.

Afin de faciliter la compréhension de la démarche par les élèves, un ensemble de fiches intitulé Guide rapide a été conçu et développé par Geneviève Déziel, une étudiante de 3e année de cégep professionnel (lycée professionnel en France). À partir du référentiel et de son travail personnel sur Les TIC et leur influence sur la vie et les activités des personnes handicapées, cette étudiante a développé un ensemble de fiches couvrant tous les éléments de chacune des étapes. Un autre exemple concret du processus, sur le thème scientifique « La Terre et ses représentations », a été réalisé en France par les documentalistes Maryvonne Courtecuisse et Danielle Cadusseau.

Le second volet du site, « Je cherche de l’information », se réfère à un des objectifs du site consistant à utiliser les TIC pour localiser des informations sur divers supports. La recherche sur le web constitue la partie la plus développée et toujours en mouvement : moteurs et répertoires, stratégies de recherche, recherche dans des ouvrages de référence, recherche d’informations précises (faits), évaluation de contenus de pages web, citation des références, traduction assistée par ordinateur, prise de notes par ordinateur lors de la consultation de pages web, communication durant un projet entre élèves, avec les éducateurs et les experts externes, etc.

Le dernier volet, « Je communique l’information », est surtout consulté par les enseignants et leurs élèves. Des directives sont données concernant les travaux les plus demandés par les enseignants : travail écrit et exposé oral. Les utilisateurs du site trouvent aussi de nombreux graphiques pour les inciter à résumer les données chiffrées de manière plus créative. Finalement, l’auteur du site a trouvé utile de créer des liens hypertextes vers des directives reliées à divers types de travaux rendus disponibles sur le web par des enseignants ou des entreprises, en lien avec l’écrit (fiche-résumé, communiqué de presse, etc.), l’illustration (logo, exposition, etc.), le discours (débat argumenté, table ronde) et différents types de travaux susceptibles d’être demandés aux élèves par leur professeur (expérimentation, voyage avec une classe, etc.).

Des enseignants utilisent certaines pages du site comme notes de cours et invitent leurs élèves à les consulter au besoin. Certains les font imprimer et les distribuent à leurs classes.

Intégration du site au projet Form@net

« Les sites Form@net témoignent de multiples collaborations : entre Québécois et Français, entre enseignants de disciplines et documentalistes-professionnels de l’information, et enfin entre différentes institutions. Ces collaborations ont toutes pour objectif de faciliter l’intégration, aux enseignements de disciplines, de l’apprentissage de la recherche d’information dans des environnements fort divers. Il semble primordial, pour l’ensemble des contributeurs, de sensibiliser les élèves à la confrontation et à la critique des différentes sources d’information aujourd’hui à leur portée. Instruire une telle démarche tôt dans le cursus scolaire contribuera, à long terme, pour ces élèves, à la construction d’un savoir individualisé. » 6

Le projet Form@net a démarré au Québec suite à une entente entre la Direction des ressources didactiques (DRD), l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI) et la Commission scolaire Sainte-Thérèse. Le volet français du projet a été mis en œuvre par le Centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de Poitiers, déjà engagé dans des activités de coopération avec le Québec, de concert avec l’Institut universitaire de formation des maîtres.

Le projet avait comme objectif principal de stimuler l’élaboration de scénarios intégrant la formation à la maîtrise de l’information aux formations disciplinaires de l’enseignement secondaire. Il prévoyait la participation, par établissement scolaire, d’une équipe constituée du bibliothécaire/SMTE/documentaliste et d’un ou plusieurs enseignant(s) et ce, dans le cadre de la formation continue du côté québécois (équipes provenant d’écoles secondaires de plusieurs commissions scolaires) et dans celui des formations initiale et continue du côté français (équipes provenant de collèges et de lycées) 7.

Le projet Form@net s’est étendu sur trois années scolaires, de 1997-1998 à 1999-2000. Les activités de formation de deux jours organisées au Québec dans le cadre de la formation continue en mai 1998, mai 1999 et janvier 2000 ont permis de constituer vingt-deux équipes formées d’un bibliothécaire/SMTE (spécialiste en moyens et techniques d’enseignement) et d’un à trois enseignants. Ces dernières ont produit vingt-deux scénarios pédagogiques, dont vingt et un sont en ligne. Celles organisées en France dans le cadre de la formation initiale et de la formation continue se sont étendues sur toute l’année scolaire en 1997-1998, 1998-1999 et 1999-2000, et ont réuni dix-sept équipes formées d’un documentaliste et d’un enseignant, ainsi que leurs superviseurs pour ceux en formation initiale. Elles ont produit dix-sept séquences pédagogiques dont treize sont en ligne. Un appel à de nouveaux projets a donné lieu à quelques réponses au Québec. En France, la mise en place des « nouveaux dispositifs » pédagogiques (travaux personnels encadrés, itinéraires de découverte, projets pluridisciplinaires à caractère professionnel) a créé une réelle dynamique de développement de tels projets.

Quoique les activités de formation en équipe aient maintenant cessé, le site web conçu pour les appuyer continue à être mis à jour. Son objectif est toujours de fournir des ressources d’information, des outils d’autoformation et des exemples de scénarios et de séquences pédagogiques qui intègrent la formation à l’usage de l’information aux apprentissages disciplinaires. Les contenus sont regroupés en cinq grandes catégories, soit : la maîtrise de l’information (définitions), la formation à la maîtrise de l’information (modèles et référentiels), les activités pédagogiques de formation à la maîtrise de l’information (scénarios/séquences), les outils et les ressources complémentaires (TIC en éducation, bibliothèques scolaires). Le site stimule l’intérêt réciproque entre éducateurs québécois et français et offre une fenêtre vers les ressources des différents systèmes éducatifs anglophones actifs dans ce domaine. Il met en particulier en évidence le site Chercher pour trouver : L’espace des élèves.

Les activités d’échange entre partenaires québécois et français ont pris la forme de trois vidéoconférences en 1998, 1999 et 2000, d’échanges par courrier électronique entre les formatrices et via la liste de discussion Rezo 8 qui est également toujours en activité.

Conclusion

Même si les projets de recherche d’information ont été et sont toujours peu fréquents dans le secondaire au Québec, tout enseignant peut, s’il le désire, innover en s’investissant dans la pédagogie par projets et bien gérer un projet en familiarisant les élèves avec une démarche de résolution de problème. L’usage d’un référentiel tel qu’exposé sur le site Chercher pour trouver : L’espace des élèves permet aux éducateurs de savoir où ils vont, du début à la fin d’un projet, et d’éviter la confusion dans l’esprit des élèves, surtout lorsqu’il s’agit d’un travail à long terme. Ces derniers perçoivent que les éducateurs sont en possession de leurs moyens, ils estiment que la méthode de travail est structurée et compréhensible et ils sont prêts à s’investir davantage afin de prendre en main tous les apprentissages reliés au projet.

L’intégration des TIC dans les écoles semble une opportunité pour les responsables des bibliothèques en milieu scolaire (bibliothécaires, enseignants documentalistes, spécialistes en moyens et techniques d’enseignement, etc.) de faire valoir leur expertise en recherche d’information, leur capacité à s’adapter aux nouvelles technologies et de faire reconnaître le rôle pédagogique qu’elles ou ils peuvent jouer en participant à divers projets de recherche d’information dans les classes.

L’utilisation d’un référentiel reste un outil indispensable pour maximiser la réussite d’un projet, mais seule la répétition de tels exercices permettra aux élèves de se familiariser avec une démarche complète de recherche d’information et de l’utiliser de manière efficace pour l’ensemble de leurs cours, pendant toute la durée de leurs études.

Mars 2003

Illustration
Page d’accueil du site Chercher pour trouver : L’espace des élèves.