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L'éducation aux arts et à la culture

rapport présenté au ministre délégué à l’Enseignement scolaire et au ministre de la Culture et de la Communication, par Christine Juppé-Leblond, Gérard Lesage, Anne Chiffert et Marie-Madeleine Krynen, janvier 2003.

par Anne-Marie Bertrand

Rapport diffusé uniquement sous forme électronique : http://www.culture.gouv.fr

Ce rapport, conjointement élaboré par l’Inspection générale de l’Éducation nationale et l’Inspection générale des Affaires culturelles, se veut, selon l’usage, un « bilan et perspectives » (analyse et propositions) du sujet concerné. Loin d’une terra incognita que l’on ferait mine de découvrir, l’enseignement artistique mobilise aujourd’hui, de la part des collectivités territoriales, 33 680 emplois à temps complet ou partiel et « une dépense en fonctionnement de l’ordre de 685,9 millions d’euros » et, de la part du ministère de l’Éducation nationale, dans les collèges et les lycées environ 12 000 enseignants de musique et d’arts plastiques pour une dépense (emplois, personnels d’encadrement et crédits pédagogiques) de 684,5 millions d’euros.

Le plan de cinq ans

Foin des langues de bois attendues : le rapport souligne, en ouverture, à la fois que « les mises en œuvre successives de plans, lois, décrets, circulaires, directives, protocoles interministériels, chartes, programmes, fonds incitatifs, réformes administratives n’ont cessé d’afficher la volonté politique de reconnaître la culture comme un élément majeur du progrès des individus comme du corps social » et que « l’éducation artistique ne cesse d’être une priorité mais (que) le rappel qui en est régulièrement fait laisse soupçonner la modestie des avancées »

En effet, après avoir rappelé les principaux dispositifs mis en œuvre depuis une trentaine d’années, le rapport convient d’une certaine redondance inefficace. Oui, mais jusqu’à 2000 : dès lors, le « plan de cinq ans pour les arts et la culture », signé conjointement par le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de la Culture, relance une nouvelle dynamique, avec un vrai projet et de vrais moyens. Son champ d’action : « la musique, la danse, la littérature, le théâtre, les arts plastiques, le cinéma, la photographie, l’architecture, le patrimoine, la culture scientifique et technique, les arts du goût, le design et les musiques actuelles ». Les deux grandes nouveautés : les classes à projet artistique et culturel (PAC) et les pôles nationaux de ressources (PNR). La réception de ce plan, raisonnablement enthousiaste, écrivent les auteurs du rapport, montre que ce dossier est arrivé à maturité et que « le statut des disciplines du champ artistique à l’école s’est affirmé ».

Quelques points forts…

La contribution des enseignements artistiques à « la formation générale de l’élève est reconnue », de même que les « liens qui peuvent s’établir avec les autres champs disciplinaires, l’interpénétration de l’artistique et du culturel avec la globalité des autres apprentissages ».

Argument inattendu, « l’influence positive d’une pratique artistique et culturelle des élèves sur le climat des établissements » est soulignée : l’intérêt, voire l’enthousiasme, qu’y portent les élèves, mais aussi une « dimension d’éducation à la tolérance » sont bénéfiques à la paix scolaire.

Autre élément positif, la prise en compte, dès l’école primaire, de la diversité des talents des élèves : « L’éducation artistique est délibérément intégrée aux programmes, le développement de “l’intelligence sensible” est étroitement associé à celui d’une intelligence plus spéculative. »

Les classes à PAC fonctionnent à la satisfaction des enseignants et des élèves. Enfin, au lycée, « le nouveau dispositif transversal des Travaux Personnels Encadrés (TPE), dans lequel les arts et la culture sont assez largement inscrits, apporte un enrichissement significatif aux contenus et aux méthodes pédagogiques ».

… mais aussi des points faibles

À l’école, la situation est mal connue, disent les auteurs du rapport, et probablement en sérieux décalage avec les préconisations officielles : « Les inspections spécialisées (IA-IPR) en musique et arts plastiques se consacrent en effet à l’enseignement secondaire et manquent de temps pour faire le point avec leurs collègues sur l’état de l’enseignement primaire. » Le problème de la formation des professeurs d’école n’est pas esquivé dans le rapport : « La situation de l’éducation artistique pose de graves questions de formation des maîtres et d’accompagnement pédagogique. Des réalisations exemplaires côtoient des carences irréversibles : l’égalité républicaine est loin d’être respectée. » Seule exception, heureuse, l’éducation musicale, dynamisée par le plan « une chorale par école ».

Dans le secondaire, où les intervenants extérieurs sont nombreux, ce n’est pas le problème de la formation qui se pose, mais, au collège, celui du « manque de cohérence et de continuité », et, au lycée, celui de l’accès aux options et activités proposées : seules les sections littéraires (séries L) sont bien dotées.

Sur le plan institutionnel, il n’étonnera personne que les énarques signataires du rapport aient fait de la Mission de l’éducation artistique et de l’action culturelle une cible facile : alors qu’elle avait culminé à soixante-neuf membres, et n’en compterait plus qu’une trentaine aujourd’hui, le rapport préconise de la ramener à une administration de mission, forte de cinq ou six membres autour d’un « délégué à l’éducation artistique ».

Littérature ?

Les champs artistiques couverts par le plan de cinq ans se voulaient fort larges, on l’a vu. À l’usage, seuls quatre points forts émergent : la musique, la danse, le théâtre et les arts plastiques – et sont traités comme tels dans le rapport. De littérature (de livre, d’édition, de patrimoine écrit…), pas un mot. Est-ce que la « liste des 180 », désormais défunte, aurait représenté la totalité de l’effort d’inculcation littéraire ? Ou, plus probablement, les lettres comme discipline ancienne ont-elles empêché l’apparition de la littérature comme discipline culturelle ou artistique…

De la même façon, l’enseignement de l’histoire de l’art n’est pas traité : « La question de l’histoire des arts reste ouverte. Il paraît sans doute plus pertinent à ce stade de conforter son inscription dans les programmes des disciplines concernées (histoire, français, langues anciennes et vivantes) que d’en faire l’objet d’un enseignement choisi. » Pourquoi ce choix ? Par défaut, car les enseignants manquent en ce domaine, explique le rapport : aveu de faiblesse, désintérêt ou choix stratégique ? Est-ce que Delacroix ou Le Corbusier n’assureraient pas la paix des cours de récréation au même titre que le bandonéon ou les graffs ?

Ce rapport, diffusé uniquement sous forme électronique (selon l’usage aujourd’hui établi), ne manque pas de clarté et représente un effort d’évaluation qu’il faut saluer. Son aboutissement conclusif laisse, cependant, perplexe : à l’effort de rationalisation et de cohérence demandé à l’Éducation nationale, fait écho un effort de formation demandé aux enseignants et un effort financier de la part des collectivités territoriales – sous couvert d’un louable effort d’ouverture démocratique : « L’ouverture de ces établissements [culturels] vers le monde scolaire pour y participer à une politique d’éducation artistique pour tous est une façon de redistribuer de manière plus démocratique la dépense de la collectivité. » Quant au ministère de la Culture, il est appelé à renforcer ses corps d’inspection…