entête
entête

Les Bibliothèques parlementaires du XVIIIe siècle à nos jours

Gaston Bernier

L’Assemblée nationale du Québec a été récemment (24 septembre 2002) le lieu d’un colloque, international pourrait-on dire mais pancanadien avant tout, qui a porté sur l’histoire des bibliothèques parlementaires. Le colloque fut tenu en marge, il l’a suivi de fait, du congrès biennal de l’Association des bibliothécaires parlementaires du Canada, laquelle se réunissait dans la capitale québécoise pour la troisième fois de sa courte histoire d’à peine un quart de siècle.

Le deuxième centenaire de la bibliothèque parlementaire québécoise

L’invitation des dirigeants de la bibliothèque et des autorités administratives ou politiques de l’Assemblée nationale aux collègues canadiens avait été faite en 1994, en prévision du deuxième centenaire de la bibliothèque parlementaire locale et la proposition fut rapidement entérinée. Aussi le directeur actuel de la bibliothèque, Philippe Sauvageau, en fut-il l’hôte. De fait, le rappel de la mise sur pied d’une bibliothèque législative à Québec en 1802 ouvre la porte à un constat central : cette catégorie d’établissements a vu le jour très tôt par rapport aux bibliothèques nationales et à celles des administrations gouvernementales. Au demeurant, dans bien des cas, les bibliothèques nationales sont nées en leur sein et en constituent des sarments comme ce fut le cas à Ottawa, à Wellington et, même, à Washington. Si bien qu’aujourd’hui des bibliothèques d’assemblée ou centres de documentation parlementaire – le Congressional research service dans la capitale fédérale américaine, les services équivalents dans les États fédérés et, même, à Tokyo –relèvent encore d’une institution dont les fonctions sont d’envergure nationale.

Si le colloque prenait place tout naturellement dans la série d’activités destinées à marquer l’anniversaire de la bibliothèque de l’Assemblée nationale, il s’insérait aussi dans le programme d’histoire du livre et de l’imprimé au Canada, lequel mènera à la publication d’une série de trois volumes, chacun consacré à une tranche historique (des origines à 1840, 1840-1918, 1918-1980) édités tant en français qu’en anglais d’ici à cinq ans (http://www.hbic.library.utoronto.ca).

Un inventaire presque exhaustif

Les organisateurs du colloque, avant tout Gilles Gallichan et Gordon Ross, celui-ci des Archives nationales du Canada et celui-là de la bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec mais aussi coéditeur du premier volume portant sur l’histoire du livre et de l’imprimé, désirèrent au départ qu’on puisse dresser un bilan de l’histoire parallèle des bibliothèques d’assemblée, faire ressortir les particularités de chacune en lien avec l’évolution des institutions de tutelle et des territoires d’appartenance. Gilles Gallichan et Gordon Ross suggérèrent au départ que les communications et présentations tournent autour d’éléments définis dans le temps, tels un événement ayant affecté le développement des collections, un directeur ayant marqué une époque ou un contexte social particulier qui aurait contribué à orienter l’évolution d’une bibliothèque en particulier.

Au cours de la journée du 24 septembre, on aura entendu dix conférences 1. D’abord, celles de Jacques Hellemans (Université libre de Bruxelles) et de Susan Southworth (Connecticut legislative library). L’un et l’autre adoptèrent une perspective plurinationale ou pluriétatique et s’intéressèrent à plus d’une bibliothèque. La plupart des autres conférenciers, cinq de fait, ont présenté une vision diachronique de l’établissement local : ce fut le cas de Fiona Watson (la bibliothèque législative de Toronto), Margaret Murphy (celle de la Nouvelle-Écosse), Marian Powell (celle du Saskatchewan), Joan Barton (celle de la Colombie-Britannique) et, enfin, de Richard Paré (celle du Parlement fédéral canadien). Sandra Perry, de son côté, présenta la bibliothécaire parlementaire albertaine en poste au cours des décennies 1940 et 1950, Édith Gostick. Gilles Gallichan et Gordon Ross, quant à eux, abordèrent, l’un, l’apport historique d’une bibliothèque parlementaire, celle de l’assemblée québécoise au début du XIXe siècle et, l’autre, l’histoire architecturale de la bibliothèque du Parlement fédéral.

Les thèmes abordés par l’ensemble des conférenciers fournissent un inventaire à peu près complet des domaines ouverts aux chercheurs intéressés à creuser l’histoire des bibliothèques parlementaires : administration, crédits alloués, personnel, collections, catalogage, techniques, lectorat, mandat et locaux. Fiona Watson, Marian Powell et Susan Southworth ont donné un aperçu des formules administratives et des organismes de tutelle qui se sont succédé au cours des années. Elles ont également présenté les collections composées et, bien sûr, les techniques d’acquisition en usage au XIXe siècle (achat de bibliothèques privées, mission en Europe, etc.) ; sur ce sujet se sont ajoutées les observations de Joan Barton et de Jacques Hellemans. La majorité des conférenciers aura glissé sur l’évolution des mandats confiés aux bibliothèques parlementaires depuis leur apparition (organisation de musées, conservation de la documentation publiée et des archives, prévision des besoins éventuels des hommes et femmes politiques). Le personnel est aussi un domaine qui a donné lieu à des observations rétrospectives : évolution du nombre d’employés et apport de conservateurs exceptionnels (Hellemans, Murphy, Gallichan, Gordon et surtout Perry). Les regards ont été nombreux du côté des locaux affectés à la documentation (Hellemans, Southworth, Powell et Gordon).

Un champ de recherche encore à défricher

Par ailleurs, on pourra noter que certains thèmes ont été presque sinon totalement ignorés. Ainsi, sauf exception (Hellemans, Powell), on a négligé la rédaction et la publication des catalogues. Il en a été de même pour les lectorats mais Fiona Watson y a consacré quelques lignes. Et pourtant, le sujet serait fort intéressant et révélateur en raison des fluctuations temporelles et géographiques observées. D’autres champs d’observation possibles sont restés inexplorés durant la rencontre : les relations avec les autres bibliothèques du milieu, le partage des ressources, l’utilisation des services documentaires par les hommes et femmes politiques de différentes époques, les bibliothèques et les associations professionnelles, les réseaux formels ou informels, etc.

L’histoire des bibliothèques parlementaires n’est pas un domaine qui a donné lieu jusqu’à maintenant à de nombreux programmes de recherche ou à des colloques, comme celui de Québec. Il est cependant quelques exemples et, en particulier, celui de Gilles Gallichan, qui a consacré sa thèse de doctorat au livre et à la politique au Bas-Canada (1791-1849) et celui de Fiona Watson. Cependant, de nombreuses bibliothèques parlementaires ont souvent leur histoire ou leur brochure de présentation historique. C’est le cas de celle de l’Assemblée nationale française, de celle de la Chambre des communes britanniques, de celles des assemblées albertaine et néo-brunswickoise au Canada, de celle de l’État de Victoria en Australie. Les anniversaires de fondation sont souvent l’occasion de publication de telles synthèses. Il y a une chose qu’on peut souligner : le domaine pourrait être exploité bien davantage, car les archives des parlements et des assemblées conservent de riches fonds laissés en jachère mais à portée de main des chercheurs. De surcroît, les recherches comparatives sont rares. En somme, il y a là un champ de recherche que les écoles professionnelles et les praticiens pourraient occuper.

En raison de son aspect résolument historique, la rencontre de Québec constitue, à n’en pas douter, une première. On avait antérieurement organisé des colloques ou des tables rondes sur les bibliothèques des parlementaires. Mais on ne s’était jamais hasardé à fixer une telle perspective. Ceci dit, on pourra sans doute affirmer que le bassin des établissements documentaires soumis à l’observation des participants au colloque de Québec était limité, trop même – une quinzaine peut-être par rapport aux quatre ou cinq cents qui sont égaillés autour de la planète. Mais l’initiative est à marquer d’une pierre blanche, d’autant plus que les actes ou comptes rendus devraient en être publiés au cours des mois à venir.

  1.  (retour)↑  Certains textes ont été distribués sur place que les organisateurs (GGallichan@assnat.qc.ca ) se feront plaisir de transmettre aux personnes intéressées. D’abord les résumés des communications (« Les bibliothèques et les institutions parlementaires du XVIIIe siècle à nos jours ») et, également, un certain nombre de conférences ou d’exempliers : Jacques Hellemans, « Les bibliothèques parlementaires du vieux continent : approche historique (XIXe siècle) : le cas de la France et de la Belgique » ; Gilles Gallichan, « La bibliothèque parlementaire, l’État et le droit au Québec » ; Fiona Watson, « L’histoire de la bibliothèque de l’Assemblée législative de l’Ontario » ; Margaret Murphy, « A brief history in time : the Nova Scotia legislative library » ; Sandra Perry, « Édith Hannah Gostick, provincial librarian, 1940 to 1959 » ; Marian J. Powell, « The early history of the Saskatchewan legislative library : a pioneering vision for parliamentary library service, 1886-1927 » ; Richard Paré, « The Library of Parliament ».