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Les Politiques culturelles en France

textes rassemblés et présentés par Philippe Poirrier. Paris : Comité d’histoire du Ministère de la Culture : la Documentation française, 2002. – 637 p. : 24 cm. – (Retour aux textes). ISBN 2-11-004572-8 : 50 €

par Anne-Marie Bertrand

Dans son introduction, Philippe Poirrier, jeune historien (université de Bourgogne) qui a déjà collaboré au BBF, fait de la paraphrase : les « politiques culturelles » du titre de l’ouvrage y deviennent « le modèle français de la gestion publique de la culture » ou « ce rapport public à la culture ». Bref, il s’agit ici de la culture comme objet de politique publique. Le point d’équilibre de ce projet réside, précise Philippe Poirrier, dans la volonté « de faire comprendre les ruptures et continuités qui affectent la politique publique de la culture » et principalement la politique culturelle de l’État.

Le but de l’ouvrage, comme l’indique le nom de la collection (« Retour aux textes »), est de rassembler les textes pouvant éclairer la connaissance, l’analyse et la compréhension des politiques culturelles : textes législatifs et réglementaires, discours et écrits de responsables politiques, rapports administratifs. Les quelque six cents pages de ce volume ne peuvent y suffire : si les textes législatifs et réglementaires sont cités dans leur intégralité, ce sont donc des extraits qui sont livrés pour les autres types de textes. Extraits copieux (14 pages du rapport Rigaud, Pour une refondation de la politique culturelle, 1996) et, surtout, extraits signifiants.

La période couverte démarre en 1790 (Intervention de Charles de Talleyrand, évêque d’Autun, à l’Assemblée constituante sur la conservation des chefs-d’œuvre des arts) pour s’achever en 2002 (Allocution de Lionel Jospin à l’occasion de l’inauguration du Palais de Tokyo, site de création contemporaine, 21 janvier 2002), avec un centrage sur la Cinquième République.

En ce qui concerne les politiques du livre et de la lecture, de multiples textes sont cités, depuis le décret du 31 août 1794 (« Les bibliothèques et tous les autres monuments de sciences et d’arts appartenant à la nation sont recommandés à la surveillance de tous les bons citoyens ») jusqu’au décret du 3 janvier 1994 portant création de la Bibliothèque nationale de France, en passant par la création des bibliothèques centrales de prêt (1945) ou du Centre national des lettres (1973), la création de la Direction du livre (1975) ou celle de la BPI (1976), la loi Lang sur le prix unique du livre (1981) ou l’annonce du projet d’une très grande bibliothèque (1988).

Bien sûr, de nombreux autres textes intéressent les bibliothèques et la lecture, par exemple ceux qui ont trait à la décentralisation culturelle, à l’exception culturelle (« Merci, M. Messier ! », 2001) ou à l’éducation artistique pour tous (2000). On aura compris que ce volume suscite la curiosité, combat l’approximation (en permettant le « retour aux textes »), nourrit la réflexion et permet de replacer les débats actuels dans l’histoire du temps présent. Tour de force dont on saura gré à Philippe Poirrier.