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Rencontres franco-tchèques

Anne-Marie Bertrand

À l’initiative de la BPI 1 et de l’Association des bibliothécaires tchèques, des rencontres ont pu avoir lieu, les 23 et 24 septembre derniers, entre bibliothécaires français et bibliothécaires tchèques : d’une part, des rencontres à Prague lors des visites de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque municipale, d’autre part une journée franco-tchèque, à S e´c, dans le cadre du 10e congrès de l’Association des bibliothécaires tchèques.

Installée depuis 1777 dans le Clementinum, ancien couvent des Jésuites, la Bibliothèque nationale (cf photo)

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La bibliothèque baroque du Clementinum. © DR.

en souffre et en jouit. Elle en souffre car les conditions de travail ne sont pas idéales, on s’en doute. En effet, les lieux sont aujourd’hui trop exigus et les architectes des monuments historiques (ou leur équivalent tchèque) sont réticents à tout changement : cet ensemble prestigieux de bâtiments est aujourd’hui muséifié. Elle en jouit car l’implantation est idéale, au cœur de la vieille ville, car les lieux sont très populaires, et car l’exploitation des richesses architecturales (la bibliothèque baroque, la tour astronomique, la chapelle aux miroirs) apporte des ressources supplémentaires. Comme pour notre vieille BN, le débat est aujourd’hui entre un projet d’agrandissement sur place (au moins en récupérant les locaux aujourd’hui occupés par la Bibliothèque technique d’État) ou la construction d’un nouveau bâtiment, à l’extérieur du centre ville. Mais, quel que soit le projet retenu, souligne le Dr Balik, directeur de la Bibliothèque nationale, il n’y a pas de budget disponible.

Le poids des difficultés budgétaires n’empêche pas la bibliothèque d’aller de l’avant : une « salle d’études Internet » vient d’ouvrir avec 12 écrans ; des programmes de numérisation, de rétroconversion de catalogues et d’accès à la presse électronique sont spécifiquement financés. Avec 6 millions de volumes, 520 places de travail, 491 agents (440 ETP), 2 000 entrées par jour en moyenne, la Bibliothèque est riche et active. Mais, en même temps, elle manque de place et ses ressources ne lui permettent pas de mettre à niveau son parc d’ordinateurs – je reviendrai plus loin sur les dégâts dus aux inondations.

À la Bibliothèque municipale de Prague (cf photo)

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Bibliothèque municipale de Prague. Hall d’accueil de la bibliothèque centrale. © DR.

, le discours est autre. Le bâtiment de la centrale vient d’être réhabilité (réouverture en 1998) et le réseau est dynamique : outre la centrale, il compte 51 annexes (dont certaines vont disparaître avec la modernisation/réorganisation en œuvre) ; le fonds est de 2 300 000 documents, les acquisitions annuelles de 100 000 documents ; la bibliothèque dénombre 170 000 inscrits, dont 70 % ont moins de 30 ans (Prague compte 1 200 000 habitants) et prête 6 millions de documents par an ; 450 agents y travaillent, dont 90 à la bibliothèque centrale. Elle se veut « généreuse », « sans barrières, sans obstacles » : l’inscription est gratuite pour les moins de 15 ans et est de 60 couronnes par an (2 euros) pour les autres ; l’accès à Internet est gratuit, de même que le prêt de documents audiovisuels. De par la loi sur les bibliothèques (2001), la Bibliothèque municipale de Prague est l’une des 14 bibliothèques tchèques à assurer des fonctions régionales : responsabilité du catalogage partagé, recherche bibliographique, formation continue.

La journée franco-tchèque à Se´c permit à quelques bibliothécaires français de présenter certains aspects du réseau de lecture publique : Gilles Gudin de Vallerin sur le réseau de Montpellier, Jean-François Jacques sur les services aux entreprises, Yann Marchand sur les documents électroniques à la BPI et Anne-Marie Bertrand sur les politiques d’accueil.

Au-delà des contacts chaleureux avec nos collègues tchèques, nous avons été frappés par les dégâts causés par les inondations du mois d’août : une cinquantaine de bibliothèques ont été inondées, on estime qu’environ 700 000 documents ont été touchés (la moitié d’entre eux sont aujourd’hui congelés et en attente de traitement), les dégâts sont estimés à 400 millions de couronnes (13 millions d’euros). Les bâtiments eux-mêmes ont beaucoup souffert, surtout dans les installations techniques en sous-sol : systèmes électriques, centrales de chauffage, ateliers. La Bibliothèque nationale est sans chauffage et le restera probablement tout l’hiver. Par ailleurs, de nombreux fonds d’archives ont été détruits ou endommagés. Nous reviendrons dans un prochain numéro sur cette situation dramatique.

  1.  (retour)↑  La BPI était de même à l’origine des rencontres franco-russes dont le BBF a rendu compte dans son dernier numéro – malheureuse omission aujourd’hui réparée.