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L’écrivain et sa bibliothèque

Yves Peyré

Pour tout écrit, vouant sa vie à l’écriture, ce parallélépipède de papier qu’est le livre, qu’il soit de très modeste ou de plus ample envergure, est à la fois une finalité, un désir et une raison d’être. Le livre est en effet le condensé alchimique d’une âme, sur ses pages se précise un destin comme se précipite le monde extérieur (à forme de paysage ou de société) saisi par le regard qui habite ce même destin

Tout écrivain a donc grand respect pour le livre, aboutissement sacré d’une quête, pavé définitif qui rassemble, fût-ce provisoirement, les aléas et le divers d’un long chemin. Aussi attaché un écrivain serait-il aux étapes, aux préalables, aux états mal fixés, il regarderait tout de même le livre comme un prodige susceptible de l’arracher aux atermoiements et au travail. Le livre est ce concentré très serré de palpitations qu’un homme, revenu d’un saut dans le vide, remet à un autre, son lecteur. L’écrivain, dans son rêve, prête à tout livre qu’il voit l’héroïsme discret qu’il sait avoir logé dans le sien propre. Autant d’aveux, autant de fondations en pure perte, autant de dérives au plus loin de ce qui entrave la liberté. Chaque livre lui semble la vraie vie, enfin parée, sans que cela ne soit trop dit ou su, pour une sorte de fête de l’esprit. Le livre est si décisivement ce presque rien matériel qui permet à une abondance spirituelle de se dérouler selon les règles de l’attention, du coup d’œil, de l’égarement, de l’intermittence et du retour. Chaque livre est un monde, un siècle, une saison, une minute, l’instant même.

Le support d’un tel mouvement sera aussi bien un traité qu’un roman, un recueil de poèmes qu’un récit, une fresque historique qu’un bouquet d’aphorismes. La gratuité de l’effort rejoint paradoxalement le souci de savoir. Dans un livre qui se propose, à supposer que ce livre soit fondé au regard de sa visée, il y a à peu près de tout. Et surtout une réserve de magie qui attire, qui aimante. L’écrivain, dans la mesure où il est aussi un lecteur, s’y soumet, et, ni plus ni moins qu’un autre, bien que sans doute il en aille autrement (comme s’il entrait dans les choses dites – leur genèse aussi bien que leur façon – de l’intérieur), il en goûte les vertus de calme, d’accélération et de déplacement.

Les bibliothèques

Si l’écrivain est un lecteur, s’il vit le rapport aux livres qui lui importent sur le mode de la connivence, voire de la fraternité, il n’est pas sans être ambivalent face à tout rassemblement un tant soit peu conséquent de livres. La bibliothèque le fascine autant qu’elle le glace. Je ne crois pas que l’on ait vu un écrivain parcourir une bibliothèque, pour peu qu’on lui offre le loisir de s’y mouvoir à sa guise, sans déceler aussitôt en lui des vagues d’enthousiasme, des agacements non moins, et parfois même le réveil d’une vive brûlure. Parmi la masse des livres, il y en a pour déclencher en lui une sorte d’appel à la ferveur. Et pourtant l’écrivain se méfie des bibliothèques dans une sorte de réflexe de survie. Trop d’ouvrages devant soi distrait celui qui écrit, ou plutôt le fige, l’hypnotise. La règle qui prévaudrait ainsi serait que pour écrire il ne faut pas lire à l’excès. Ceci est assez vrai et recoupe presque une évidence.

Néanmoins, çà et là, le même homme sera émerveillé par telles ou telles collections dans lesquelles il se retrouvera ou encore grâce auxquelles il sentira de nouveau l’assaillir les élans qui l’ont porté là où il se trouve sur son chemin d’écriture. À Venise (qu’il se confronte à l’inégalable Marciana ou, dans les îles, à d’autres ensembles comme à San Giorgio ou chez les Arméniens), à Cambridge (s’imprégnant des murs fastueusement hantés de la bibliothèque de Trinity College), à Prague (au Clementinum, passant du réfectoire à la grande bibliothèque, tous lieux où le savoir tremble dans le mystère de son tourment), à Vienne (jusque dans la démesure baroque érigée par Fischer von Erlag), à Rome (dans les multiples replis de la Vaticane), à New York (que se soit à la Pierpont Morgan Library ou à la New York Public Library, le parfum du bois le transporte) et à Paris (surtout dans les salles dues à Labrouste et particulièrement dans l’admirable salle de lecture de Sainte-Geneviève), l’écrivain ne pourra ni réprimer son émotion (il n’est jamais qu’une infime particule de ce grand tout) ni réfréner son respect ou sa gratitude devant quelques-unes de ses préférences surgies d’un passé amassé avec soin (il voit même, de temps à autre, le buste en marbre et le visage farouche ou jovial de l’une d’entre elles, comme s’il s’agissait d’incarner mieux encore la parole et que les traits d’une personne y étaient au moins autant aptes que les lignes et les pages composant un volume). L’écrivain n’est pas dans une bibliothèque au point de difficulté qu’il prétend.

Toutefois la pente à l’objectivité qui la meut (comme l’idée de contexte – ainsi tout passionné de Du Bellay n’a que faire, ou peu s’en faut, de Ronsard) lui reste étrangère tant lui ne vit que du contraire : le choix. Ce souci de l’élection et de la limite lui fait privilégier un autre type de bibliothèques, plus intimes et assurément moins paralysantes. Mais il convient d’y revenir un instant, le créateur un bref moment hésite : il a le tournis devant l’exceptionnelle richesse des grandes bibliothèques encyclopédiques et ce vertige qui l’assaille ne provient pas le moins du monde de savoir tous les livres, ou à peu près, là, non, c’est de les voir qui entraîne son euphorie et son malaise. Il balance entre le fort désir de courir tout prendre de ce qui pour lui est l’essentiel (mais cet essentiel – Borgès l’a si bien ressenti et dit – est nécessairement sans fin) et la non moins ardente propension à se détourner à la façon d’un saint Antoine repoussant la tentation. Il a aimé heurter ce mur de livres, ces vagues du papier, il s’est laissé envahir par les senteurs fortes, la tyrannie des cuirs et la pression des cartonnages, il a même vu se lever la poussière, il lui faut, s’arrachant à une part de lui-même, se détourner, reprendre la voie du dépouillement, il ne se sent chez lui que dans des espaces très mesurés.

Les livres

Qui écrit, qui est créateur par l’écriture, entreprend de se délester, de s’effeuiller peu à peu. Ne reste bientôt de lui que cette tige vertébrale qui palpite ou la ligne sinuant sur la blancheur, donnant au papier du livre sa vraie clarté, qui en est la stricte équivalence. C’est ainsi que l’écrivain (cet homme anonyme ou unanime, comme l’on voudra) s’est naturellement éloigné des grandes bibliothèques (quelque intense qu’ait pu être son contre-désir), mais ce n’est pas pour autant qu’en vue de sa pureté, de son intransigeance au regard du monde intérieur qui monte en lui et cogne à la page, il fait vœu de ne plus lire ou de ne pas lire.

Que ce soit pour très faible part ou pour très grande, tout écrivain connaît des livres, il lève avec lenteur et avidité des feuilles dont l’imprimé compose l’arrière-plan de sa pensée ou de sa rêverie (ce serait un peu dans sa tête, tous les livres lus, et qui se perdent et qui reviennent, comme des chansons, des sortes de romances). À divers moments de son parcours, des livres ont arrêté ce créateur, ils l’ont incité à être, à devenir. Ce n’est peut-être pas que leur nombre soit considérable, mais ils sont là, indiquant une direction de vie et d’œuvre, battant pour toujours dans l’ouvert qu’ils ont su proposer, comme s’ils avaient ménagé un creux au plus profond d’eux-mêmes pour faire place à un allant mieux avisé s’il sait déplacer l’enjeu plutôt que le prolonger. Comment de tels livres ne viendraient-ils pas entourer l’écrivain au travail ? Les murs autour de lui sont respirants, lui voit ces dos offerts à son regard, à sa main qui, à tout instant, peut les saisir.

L’écrivain ne se place pas seulement au cœur de ce qui lui est connu (constituant un pan à peine extérieur de lui-même), il a garde d’admettre dans ses parages ce qui lui est inconnu encore, ce qu’il ne maîtrise pas, ce qui élargit jusqu’à un horizon de grand jour et de haute nuit l’invitation qu’il reçoit sans cesse de se mouvoir plus loin, plus profond, plus hasardeusement, l’ordre de le faire qui se fixe férocement dans son dos. Ces livres à reprendre encore ou à muettement rêver de réécrire, ces autres à ouvrir résolument ou à la diable, quelques objets, des traces, des indices, quelques œuvres d’art et des signes familiers les rehaussent, tel est l’univers, pour ne pas dire la bibliothèque, de l’écrivain. Et je me plais à penser qu’elle n’a jamais été mieux figurée que dans la représentation du cabinet de saint Augustin que Carpaccio a intégrée à son cycle de peintures réalisées pour la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni à Venise. Les livres, la pensée en suspens, l’homme à sa table, la lumière qui tombe (la conscience et le corps invisibles de Jérôme se mariant à ceux également absents du Sacrifié) et le contrepoint merveilleusement anecdotique du petit chien.

La bibliothèque de l’écrivain

On peut l’admettre, c’est ainsi : à la bibliothèque dont la démesure lui fait peur (et dont l’attrait lui paraît menacer son intégrité), l’écrivain substitue sa bibliothèque, feignant par là de croire qu’il ne sort pas de lui-même, ce qui n’est – heureusement – pas vrai, mais acceptant la loi impérieuse de la création qui s’appuie plus que tout sur un art avisé du dénuement. Sa bibliothèque. Possédée, maîtrisée, choisie. Il serait plus juste alors, au regard des destins mêmes – et je songe ici à des hommes qui ont conservé et distribué tour à tour leur trésor, à quelques exemples parmi tant d’autres, Breton et Aragon, Ponge et Leiris, Cioran et Michaux, Du Bouchet et Des Forêts –, de dire ce qui, pour un auteur, est plus exact : ses bibliothèques.

Non qu’elles se soient succédé dans le temps, mais, dès le départ, cette moisson de livres à garder (provisoirement ou définitivement) prend des tours divers, constituant des entités distinctes, encore que, dans la pratique, rares aient été ceux qui aient pris le soin de les distinguer, de clairement les identifier comme des régions autonomes de leur mémoire. Mais chaque maillon obéit au moins à cette règle toute simple, il se base exclusivement sur la préférence, chaque rassemblement proposé se révélant aussi aléatoire (tout tenant un peu du miracle) que nécessaire (aux yeux de la personnalité qui en fait usage ou non, selon son gré, selon le moment de sa vie d’écriture).

Dans le plus grand désordre se développe pour quiconque écrit un réseau de plus ou moins vastes alvéoles dans lesquelles prennent place les passions, contradictoires et également justifiées, parfaitement assumées au prix de paradoxes et de synthèses sur le fil, de celui qui lit en écrivant ou qui écrit sans renoncer à lire ou à relire.

La bibliothèque de formation

Bref, ce serait dire qu’un écrivain ne vient pas de rien et qu’aussi forte soit son ardeur à s’élancer comme s’il était le premier homme, il avance, poussé par les antériorités qui l’ont déterminé, par les modèles ou les incitations que l’histoire a disposés là devant lui en suspens, à seule fin, dirait-on, qu’il puisse lui-même rebondir et aller plus avant. De là peut-être la première bibliothèque qui s’impose. Au fond elle est double, nourrie par ce que le savoir a déposé en l’écrivain et par ce que sa curiosité la plus personnelle y a ajouté. Cette bibliothèque est celle de la jeunesse, des années d’étude et de formation.

Mais de ce qu’elle fut, au temps de l’adolescence, il ne reste guère que ce que le tamis d’une individualité, qui sait son chemin autant qu’elle le cherche, a laissé passer. Très fréquentes sont les éditions des auteurs antiques, grecs ou latins (Virgile et Lucrèce, mais encore Catulle, Eschyle et Sophocle face à Aristophane, Tacite pour sûr, Pindare et tant d’autres, poètes, philosophes, tragiques, avec, par-dessus tout, éclairant tout, Homère), des classiques de la littérature française, à quoi se joignent des rayons entiers dévolus à la philosophie, à l’histoire ou aux sciences naturelles, à l’ethnographie encore, on compte aussi des incursions pointues dans telle ou telle littérature étrangère.

Mais le désir d’en savoir plus a mêlé à ces livres liés à l’éducation, à l’apprentissage, à la part scolaire en somme, quelque transfigurée et appropriée qu’elle soit, bien des beautés négligées et qu’un sens de la justice, la volonté de se distinguer, la passion pour la différence ont fait retenir. Émergent, ici et là, tant de volumes rejetés par la version officielle de la littérature : de Jean de Léry à Théophile de Viau, de Guillaume du Bartas à Jean de Sponde, de Réaumur à Buffon, de Volney à Senancour, d’Aloysius Bertrand à Huysmans. Se groupe invariablement autour d’Élie Faure un embryon de bibliothèque d’art et d’histoire des civilisations. Et tant d’autres écarts se manifestent, que des ouvrages cartonnés de l’enfance surgissent comme au hasard, que des particularités soudain se dressent, éditions anglaises de Donne ou de Marlowe, éditions allemandes d’Hölderlin ou de Kleist. Ce qui survit de cette ambivalente première bibliothèque tend à s’insinuer dans les ensembles réunis plus tard, sous le coup d’une moindre urgence peut-être, dans une égale fièvre de participation sans doute.

Et que dire de quelques livres qui, de toute façon, sont appelés à perdurer. Ainsi, d’Ulysse que Louis-René des Forêts adolescent s’était procuré, épargnant quelque temps sur son argent de poche, auprès de l’éditeur, Adrienne Monnier, celle-ci chargeant aussitôt un homme à ses côtés de couvrir de papier cristal le précieux et fort volume. Un peu plus tard, devant l’enthousiasme de son lecteur, elle lui confiera que l’homme qui avait recouvert le livre, son livre, n’était autre que Joyce lui-même. Des Forêts gardera dans sa bibliothèque ce volume sacré et ne se résignera qu’au seuil de sa vie à se défaire du papier cristal désormais en lambeaux. On peut songer aussi à la Bible en roumain de Cioran, conservée jusqu’au bout, et qui, longtemps, chaque matin, sonna comme le réveil de la pensée et le prélude à ce butinage quotidien du for intérieur. Du dictionnaire de grec un rien mythique de Du Bouchet au Littré de Ponge, il ne manquerait pas de ces livres qui de l’adolescence au grand âge accompagnent une vie, gardiens d’une permanence, déjoueurs avisés de faux pas, lampes de papier trouant les nuits.

La bibliothèque d’évasion et de curiosité

Tout à côté, on trouve, sans qu’il y ait précisément une solution de continuité, la bibliothèque d’évasion et de curiosité, de loisir et de découverte. Elle est en général caractérisée par un certain hétéroclite, elle recouvre les goûts divers d’un homme (parfois aux limites du contradictoire), chaque élément a pour lui d’avoir été choisi au prix d’une sélection rigoureuse, que le livre ainsi élu ait été avidement parcouru jusqu’à l’usure ou qu’il soit resté vierge de toute lecture (les livres non coupés signifiant tout au plus que l’intention de lecture – et pourquoi n’aurait-elle pas été forte ? – n’a pas été relayée par l’acte même).

C’est ainsi que l’on déambule, entraîné dans le monde de l’occultisme et de la magie par Breton, attiré vers la prolixité du roman populaire par Tortel, subjugué par un genre entier, celui de la biographie, à la source duquel Cioran ne cesse de s’abreuver (l’anecdote, contre-effet nécessaire), aimanté par la bibliothèque anglo-saxonne de Des Forêts autant que par celle grâce à laquelle il prolonge autrement son goût de la musique, fasciné par les collections historiques et érudites de Du Bouchet ou encore par cette résurgence constante de la littérature russe chez le même (le texte fût-il le plus souvent présent dans sa version anglaise).

Ici ou là, des éléments de pensée, des élaborations politiques, des rêves géologiques, des sanctions de beauté (les livres d’art sollicitant les ressources dorénavant désuètes de la phototypie), des crispations de parole, des hiers très anciens, des décalages dans l’heure précédente, toute une rumeur de mots pressés de déborder le lourd silence, des échos, des retours, de mêmes penchants et d’abruptes différences (Jean de Léry très souvent, Joseph de Maistre plus d’une fois, le tournoiement jamais désinvolte de Lichtenberg ou de Wittgenstein).

On s’avance dans cette part aventureuse de la bibliothèque des uns et des autres, intime aussi en ce qu’elle atteste des engouements (un livre à propos de pierres, un traité sur les poissons), des lubies et des presque hantises. Si souvent l’on se reconnaît soi-même dans ces passions d’un autre. On en éprouve et l’urgence et le maintien dans la mémoire.

Les livres dédicacés

À l’intérieur de toute bibliothèque d’écrivain il y a une enclave non négligeable qui est constituée des livres qu’il reçoit, agrémentés d’une dédicace, expédiés par ses amis les plus proches ou par de francs inconnus n’ayant d’autre but que celui d’être lus et par cette perspicacité-là précisément.

Les attitudes sont diverses : chacun assigne à ce type de livres un rôle variable. Que les dédicaces soient merveilleuses (Michaux à Cioran par exemple), ou se révèlent plutôt pauvrettes, sinon convenues ou guindées (le même Michaux à Adrienne Monnier, toujours en exemple), elles sont à la vérité particulièrement suggestives dès qu’elles mettent en relation deux créateurs à part égale, se reconnaissant, se saluant. Le reste ne présente déjà plus qu’un intérêt vaguement sociologique ou ethnologique, manifestant avec plus ou moins de bonheur l’un des rituels obligés du monde des lettres.

Les auteurs boulimiques de livres en tout genre (le prototype en serait Aragon) ou simplement méticuleux (ainsi qu’apparaît Leiris) ont tendance à conserver la plus grande part de ces envois. Tout au contraire, d’autres auteurs, davantage portés au choix et à proscrire un superflu qui leur pèse, ne retiennent que les livres dont l’envoi correspond à un souhait, Michaux ou Du Bouchet procédant de la sorte avec une sévérité qui n’est que le revers de la sympathie. J’ai vu pour ma part bien des écrivains (Cioran, Michaux, Du Bouchet) offrir à leurs amis nombre de livres ainsi reçus et dont l’envoi était pour eux loin d’être négligeable, se définissant plutôt comme important, toutefois le désir de faire partager un attrait l’emportait alors sur le besoin de constituer un tout sans défaut.

Au reste, cette partie de la bibliothèque, comme les autres pans, s’altère au rythme des rencontres et des dons, quand ce ne sont pas les déménagements ou les changements de vie conjugale qui s’en mêlent. Parfois aussi, telle ou telle brouille, telle lassitude, ou tout simplement la gêne, introduisent des ruptures et des éboulements : je repense à Breton se défaisant dans les années 1950 des meilleurs livres de ses amis de jeunesse, mettant un terme à des liens qui lui apparaissaient de possibles entraves et remontant jusqu’à l’origine, le premier livre offert, pour solde de tout compte.

La bibliothèque de travail

Bien différente de cette bibliothèque de proximité, il en est une autre qui n’est pas à négliger chez un écrivain, c’est ce que l’on pourrait nommer sa bibliothèque de travail. Il serait en effet faux de penser que les créateurs les plus incisifs s’en remettent à leur seule imagination, ils rêvent d’une sorte d’exactitude qui surprend parfois jusqu’à leur lecteur, ce qui les conduit, qu’ils écrivent des romans ou des poèmes, des récits ou des aphorismes (donc tout ce que l’on peut rapporter à un espace de parole dégagé en apparence du prosaïsme de la réalité et de son décalque verbal) à vouloir vérifier leurs intuitions et à s’obliger de les étayer au prix de maintes recherches.

Ce n’est pas tant qu’un réel écrivain puisse croire à une quelconque objectivité qui serait bien évidemment un leurre, mais il a grand besoin de se sentir dans un rapport de rectitude vis-à-vis de soi-même, en considération de l’expérience elle-même vécue dans un autre état d’à vif qu’au moment de son écriture, ou, si le fait le précède dans le temps ou ne l’inclut qu’accessoirement, au regard de la dimension historique. Certes la mémoire fouillée sans relâche est déjà un bon appui, mais, et là je songe à un prodigieux artiste de l’ars memorandi, Claude Simon, dont chacun des livres évoque et ressuscite dans les moindres détails tel ou tel point du décor de sa vie désormais antérieure (ne va-t-il pas dans Le Tramway, écrit alors qu’il est octogénaire, jusqu’à faire sentir les effets de chaleur, d’odeur et de blancheur qui le visitaient tout jeune enfant, jusqu’à restituer dans leur bulle éphémère ces instants-là !), et qui parfois, se tournant vers l’histoire familiale ou nationale ou mondiale, ne répugne pas à solliciter à ce plan de plus grande généralité tels ou tels documents d’archives (personnelles ou historiques).

Je n’ignore pas Aragon qui, pour nombre de ses livres, se constituait une bibliothèque à part entière, tant son souci d’enquête préliminaire et de justesse dans la restitution était grand (immense, démesuré, maniaque). Quant à Ponge, pour ce qui concerne Malherbe ou Rameau, ou quelques autres dossiers proches en esprit, quant à Tortel, à propos de ses chers baroques ou précieux, ils n’hésitaient pas à parcourir toutes les éditions d’époque ou érudites, la bibliothèque de travail se confondant alors peu ou prou avec celles regroupant les livres ayant puissamment contribué à orienter une vie.

Je trouve on ne peut plus satisfaisant pour l’esprit que l’objet d’une passion – et d’une passion absolue qui plus est – ait pu ainsi se transformer en sujet d’une étude (très personnelle et proche de l’art poétique il est vrai).

Comme quoi les contraires se touchent, les écrits de plusieurs auteurs portent la trace de livres lus avec ardeur, dans l’adhésion, dans le heurt fécond de la rencontre. Sans qu’il s’agisse d’ouvrages appartenant si peu que ce soit à la bibliothèque de travail. Je me souviens de Du Bouchet, me désignant une page de Ramond de Carbonnières, me montrant une édition de Senancour, sollicitant la Vie de Henry Brulard de Stendhal ou De l’esprit des lois de Montesquieu, errant dans Sainte-Beuve, tisonnant Dante à travers Bergaigne (son premier traducteur en français), et, au besoin, incluant tel fragment (une phrase, un mot) dans l’une de ses propres méditations. Je revois Des Forêts, au gré de quelques incitations à la lecture, me tendre Walser, le merveilleux Walser, qui devait me happer à mon tour (à Walser on ne résiste pas et il faut reconnaître qu’il y eut un moment où, ignoré comme il l’était, ce qui était un scandale, il servait à quelques-uns de signe évident d’une fraternité très approfondie : je me remémore sur ce point mes échanges avec Des Forêts, Du Bouchet, Michaux et Bernard Collin. Walser dans cette sorte de confrérie faisait un peu office de sésame, comme ce fut aussi le cas pour Mandelstam, Tsvetaieva ou Holan). Qui aurait demandé plus à Des Forêts que de suggérer Hopkins avec un air de mystère déjà charmeur qui poussait droit au voyage, à la lecture fiévreuse ?

Il y a dans les bibliothèques ce recoin brûlant de passion, quelques livres dont leur possesseur ne peut se détacher et qu’il consigne dans un pli de son cœur. Cioran sort une nième édition de Dostoïevski, il revient à la lettre comme à un passage sacré, quasiment biblique, à interpréter, à songer. Des Forêts tire à lui une publication déjà ancienne d’Emily Brontë, il s’y attarde à travers la lecture de quelques fragments, au besoin retouchés quant à l’accent de la phrase, la précision de l’esprit, le commentaire s’élargissant sans jamais tomber dans le vague. Du Bouchet prend les volumes du fameux Titan de Jean Paul, il note le tourniquet des sentiments, il brandit la phrase à voix haute et il s’arrête, suspend sa voix au profit d’une manière toute personnelle de crayonner à même l’espace (ceci, rien qu’une suggestion). C’est dans le même ordre d’idée que j’ai vu Michaux mettre à mal quelques parties non négligeables de sa bibliothèque. Partait-il en métro, il glissait dans son imperméable quelques pages de Jean de Léry (Voyage en la terre du Brésil) rapidement détachées d’un volume, il faisait la même chose avec les Mémoires de Benvenuto Cellini qui le requéraient tant. La bibliothèque ici se sacrifiait au besoin d’alimenter la ferveur, le souci portatif de ne pas s’en séparer finissait par venir à bout de sa réalité de livres, ceux-ci faisant place à d’inattendus défets.

Les guides de voyage

Il est une section de la bibliothèque qui, faute d’avoir le prestige pour elle, tient singulièrement à cœur à l’écrivain pour peu qu’il soit voyageur, c’est celle réservée aux périples. Après ou avant chaque voyage, l’écrivain, comme il est naturel à tout homme, constitue une petite documentation qui l’aide à composer son itinéraire et à construire son emploi du temps, et ensuite à garder indemne dans son souvenir tel ou tel élément d’un merveilleux qui s’est offert à lui. Il prévoit aussi que cela puisse lui resservir lors d’un séjour ultérieur qu’invariablement ou presque il souhaite. Il ne s’agit pas trop de livres ici, de fait ils n’abondent pas, mais de guides plus ou moins élaborés, de fascicules donnant le descriptif de telle région ou de telle ville, de tel musée ou de tel monument, recensant parfois les coutumes, fixant la nature de l’habitat, restituant la flore ou la faune.

Si quelques livres liés le plus souvent à une forme d’art ou même à un artiste s’y trouvent mêlés, il y a surtout des feuillets en nombre, des cartes postales même, des plans de ville ou des cartes géographiques, ne sont pas à exclure, loin de là, des dépliants de rien, vantant un site ou un logis, incitant à une visite précise : curiosité naturelle ou château légendaire. Ce genre de recoin, tout à la fois caché et saisissable, prévaut sur bien des aspects a priori plus précieux ou plus sérieux. Il constitue une inépuisable source de rêves et il sert pour tel récit ou au détour d’un poème à ne pas omettre l’introduction d’une précision mi-saugrenue mi-fondamentale.

Le guide bleu relatif à l’Espagne avait aux yeux de Cioran un fondement aussi assuré que tel mince volume illustré consacré à la ville de Sibiu. Je me souviens très bien avoir vu Michaux farfouiller dans son désordre à la recherche de certaines documentations concernant Ouessant quand je lui avais fait part de mon intention de séjourner sur cette île aussi ténébreuse que poétique. À la même époque, Du Bouchet avait fait de même et m’avait remis lui aussi quelques éléments d’une précision. Ils m’encourageaient vivement l’un et l’autre à faire ce bref et si dépaysant voyage, je crois que les feuilles et livrets qu’ils me transmettaient avaient dans leur esprit force de viatiques. Au reste, bien des écrivains, et souvent parmi les meilleurs (de Breton à Arendt, de Des Forêts à Bernard Collin et donc de Michaux à Du Bouchet), ont ce solide souvenir de l’île qui toujours, une fois qu’ils y ont pris pied, les hante.

Ce n’est là qu’un exemple de cette fascination pour les lieux qui pousse à inclure, à fin de rêverie ou d’écriture, une part fragile et particulièrement inclassable, ingérable dans la diversité des supports, au cœur de la bibliothèque la plus essentielle. Il n’est pas indifférent de relever que ces minceurs auront parfois joué le rôle de l’aiguillon pour des écrits qui s’inscrivent dans la lignée glorieuse de ceux laissés par le Président de Brosses ou Stendhal, Chateaubriand ou Nerval, à titre d’ardents témoignages.

Les publications de l’auteur

Plus au moins soigneusement, plus ou moins rigoureusement, chaque auteur s’efforce de conserver les livres qu’il a publiés ou auxquels il a pris part. Cela se fait avec une méticulosité de principe qu’ont tôt fait de chahuter les bouffées de la vie. C’est donc vaille que vaille que s’élabore cette mémoire qui n’a rien d’une bibliographie regroupant la diversité du réel. Des frontières très vite séparent : les éditions courantes, les éditions dites de luxe (ou de tête ou sur beaux papiers), les éditions accompagnées d’images dues à des artistes, les simples feuillets pliés, les participations aux revues, les recueils collectifs dans lesquels prennent place les hommages, les préfaces aux catalogues, etc.

L’unité possible est le plus souvent dispersée au gré des années, elle est scindée selon les thèmes ou au hasard des reclassements. Le plus souvent, les livres de luxe sont conservés à part, ce que faisait Ponge en les gardant dans un meuble vitré qu’il n’ouvrait que pour des proches (il est remarquable qu’à Avignon son ami Tortel procédait exactement de même), ou Michaux qui les plaçait très haut sur la dernière étagère d’un placard, ou Du Bouchet luttant pour leur maintenir une bibliothèque distincte. Quant au reste, dans sa multiplicité plus ou moins surabondante, il est reversé dans le tout venant, avec, çà et là, des règles de bon sens, les revues avec les revues, les catalogues avec les catalogues. Le meilleur indice de repérage reste qu’une publication ordinaire de l’auteur se signale dans sa bibliothèque par la présence redoublée d’un même volume, c’est à cela et rien qu’à cela que l’attention doit d’être en alerte.

J’ai en mémoire que, chez Leiris, Cioran, Des Forêts, Du Bouchet ou Ponge, on trouvait à peu près ce que l’on cherchait, à condition tout de même de ne ménager ni sa peine ni sa patience. Chez Michaux, il en allait assez autrement, lui qui n’avait guère d’égard pour ses propres publications, que les autres (ou le commerce) considéraient souvent comme précieuses. Détaché il était, détaché il se voulait, détaché il resterait. Plus d’une fois, je l’ai vu dégager du pied un livre de grand prix qui barrait son passage. Il est à noter qu’à tous, ou peu s’en fallait, il manquait une ou plusieurs occurrences de leur bibliographie, livres si précieux qu’ils avaient été vendus en période de dèche ou bien encore que la confusion de l’existence avait à un moment ou à un autre soustrait de l’ensemble, introduisant une faille de plus dans le parti d’exhaustivité.

Une bibliothèque fétiche

Pour tous les écrivains ou presque il y a un endroit qui ressemble à une sorte d’autel. Il est voué à l’amitié, à la fraternité. Il se compose d’un nombre restreint de livres qui forment une sorte de réserve. C’est en somme d’une bibliothèque fétiche qu’il s’agit, elle reste chez l’un ou l’autre embryonnaire ; chez quelques autres, elle est plus aboutie, elle hésite entre la virtualité et la réalisation, de toute manière elle est dominée par le rêve.

En vérité, elle recouvre deux possibles qui sont autant de besoins et de tendances, bien davantage complémentaires qu’exclusifs. Le premier rassemble des éditions rares (sur grands papiers ou à tirage limité) des auteurs préférés parmi les contemporains (les grands aînés, les immédiats devanciers, les stricts contemporains et aussi tels cadets par affection ou pari de grandeur). Il est significatif que certains (Ponge et Tortel) les mêlent à leurs propres livres de luxe dans la fameuse resserre vitrée (Ponge classant Char ou Du Bouchet à côté de telles de ses propres parutions enrichies par Braque ou Fautrier). Du Bouchet s’efforçait de les préserver et Michaux de ne pas les dédaigner. Chez tous on retrouvait là le même profond désir de ne pas être seul, de rompre avec l’isolement dans lequel l’écriture enfonce inexorablement, au prix d’un dialogue, le seul qui se puisse, Nintra pares comme aurait dit Nietzsche.

Je revois Cioran et Michaux me montrer le même rare exemplaire d’Oiseaux que Saint-John Perse leur avait admirablement et si affectueusement dédicacé, j’ai en tête Du Bouchet me soumettant les livres de Reverdy ornés des envois parmi les plus beaux et émouvants qui se puissent. Cela compose une sorte de trésor, un frisson sacré parcourt l’air entre celui qui redécouvre ces merveilles et celui auquel il permet, le lien de fraternité ne se brisant pas, de partager la connivence attestée ou du moins la légère trace qui, par sa grâce et son intensité, se porte à une sorte d’incandescence. Mais ceci ne concerne que la part réelle de l’existence de l’auteur.

L’antériorité énorme n’est pas non plus à passer sous silence. Cela se réduit à quelques titres préemptés dans le cours des siècles et qui constituent un indirect autoportrait. Ponge présentait Malherbe et La Fontaine, Tortel montrait Théophile de Viau et Saint-Amand, dans les premières éditions, soucieux qu’ils étaient de cueillir le parfum précis du souffle initial. Du Bouchet hochait la tête en feuilletant lentement la première version d’Oberman de Senancour, il s’enchantait à l’égal devant une édition très rare et tellement ignorée de Ramond de Carbonnières. Il n’était pas jusqu’à Cioran qui tenait à exhiber les deux forts volumes de la Correspondance de la Marquise du Deffand, la seule possession bibliophilique qu’il se soit autorisée. Breton lui-même avait goût de disposer autour de lui les diverses figures du préalable, c’était comme autant de lumières avivant sous le coup de son regard leur présence magique. Stendhal a poussé très loin ce goût de l’accaparement, mêlant la désinvolture à l’hommage. Il n’a en effet pas hésité à s’emparer des pages de garde des livres de sa préférence pour les noircir de considérations (courant de l’anecdote relevée à la pure méditation) n’ayant aucun rapport avec l’œuvre considérée, peut-être le sommet de cet art tient-il en la maxime « être soi-même », règle de vie et d’écriture qu’il a encrée en lettres capitales sur la tranche du premier tome de De l’esprit des lois de Montesquieu.

En tout cela, les écrivains ne sont pas des collectionneurs, encore que, s’ils disposaient d’un peu d’argent et de temps, ils se plairaient à fixer la totalité de leur désir ; non, ils sont des solitaires préoccupés de fraternité, imaginant parfois par-delà la barrière du temps des rencontres et des échanges irréels.

Les domaines d’excellence

On pourrait encore évoquer ces insistances, les bibliothèques spécialisées ou les domaines d’excellence. Plus d’un écrivain, épris d’autres contrées linguistiques, se compose une aire à lui, y entendant un autre timbre. Il exalte de façon plus ou moins large ou complète un territoire recoupant une différence qui n’est qu’un autre visage de sa propre identité. Il y a dans ces affleurements d’anglais, d’italien, d’allemand, d’espagnol ou de russe, comme l’affirmation que lire en s’insinuant dans la langue autre, et même construire de tels ensembles, tout cela s’apparente à une traduction latente, qui serait là sans franchir les lèvres.

Un autre prétexte à rêver s’appuie sur les livres d’art, sur le déchiffrement si passionnant des glissements de civilisation, sur les silences et les rebonds, un autre encore sur la philosophie qui emporte loin, qui fait remonter jusqu’aux principes mêmes de l’esprit. Il y avait cela chez Cioran, chez Du Bouchet, chez Michaux même, un maintien, et jusqu’à la présence de la clarté mystique, au milieu des oublis, des effondrements, des égarements.

Il ne s’agit pas pour l’écrivain d’être pris par la fausse fièvre de l’objectivité, il lui faut disposer de ce dont il a besoin sur le champ ou durablement. Rien ici que des incitations à se mouvoir dans ces zones complexes que sonde l’écriture. Chacun réunit ce qui avant lui fut déjà un peu lui et ne saurait dès lors que l’encourager dans la voie si difficile de la pesée d’un destin selon le poids de ses mots.

Toutes différentes qu’elles soient de tant d’autres bibliothèques et si comparables pourtant, les bibliothèques d’écrivains sont plus que tout fragiles, fugitives et fascinantes. Elles donnent à voir une âme et jaugent à leur façon le fondement d’une phrase.

Comme dans le tableau de Carpaccio – la Vision de saint Augustin, aux Esclavons à Venise –, elles sont ponctuées d’objets (repris à la nature telles les curiosités, à l’homme dans ses divers pas) ou d’œuvres d’art (d’hier et d’aujourd’hui). Ainsi, celui qui les habite, se logeant en leur creux, entend-il toujours et encore se confronter, se perdre dans les méandres de la nature ou de l’histoire, héler quelque proche passant le temps d’un livre.

Avant tout, ces bibliothèques sont friables, elles se défont de leur sens à tout moment pour mieux obéir aux lois supérieures de la vie et de la vie d’écriture. Elles ont connu leurs règles, dont le maintien fut de loin la moins certaine, elles ont été soumises aux brises rafraîchissantes des métamorphoses. Elles ont été précises, des successions de formules ont rythmé leurs heures, elles ont été vastes ou resserrées, elles sont si mythiques, elles ont été à ce point retouchées et même remodelées, elles ont tellement sacrifié au don qu’après la mort de celui qui les douait de cette pertinence à jamais en mouvement on ne sait plus trop en dessiner les contours. Elles ont passé comme le fort destin qui les guidait.

Et pourtant elles persistent au gré de moments significatifs détachés désormais du tout en devenir qui n’aura pour finir jamais été construit jusqu’au bout. Reste ce qui fut et est l’essentiel : la passion, ce heurt des extrêmes dans l’espace circonscrit, et la paix et la joie que procurent quelques mots pour rien qu’un énoncé ou l’inscription sur la page d’une simple citation.

Septembre 2002

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André du Bouchet. Dédicace de Le Surcroît (Paris, Fourbis, 1990) à Jean Tortel : « pour Jean Tortel avec affection, admiration – son ami A d B Truinas, le 20 janvier 90 ». Photo : Michel Nguyen.

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Louis-René des Forêts. Dédicace de Poèmes de Samuel Wood (Châteauroux, L’Ire des Vents, 1987) à Louise et Michel Leiris : « Pour Zette et Michel Leiris, ces quelques pas hasardeux dans le domaine de la prosodie, avec mon affection de jour en jour plus vive Louis René des Forêts ». Photo : Michel Nguyen.

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Francis Ponge. Annotations sur l’édition par Lalanne des Œuvres complètes de Malherbe, tome premier (Paris, Hachette, 1862). Photo : Michel Nguyen.

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Jean Dubuffet. Dédicace de Prospectus aux amateurs de tout genre (Paris, Gallimard, 1946) à Henri Michaux : « de loin la meilleure du livre cette page où m’est donné d’écrire le nom du très merveilleux Henri Michaux Jean Dubuffet octobre 46 ». Photo : Michel Nguyen.

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Saint-John Perse. Dédicace de Oiseaux (Paris, Au vent d’Arles, 1962) à E. M. Cioran : « Pour vous, mon cher Cioran, dont la pensée, pour moi, signifiera toujours plus que vous ne croyez, intellectuellement et humainement St-John Perse Paris, 1962 ». Photo : Michel Nguyen.

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Stendhal. Inscription sur la tranche du premier tome de De l’esprit des lois (Paris, Didot, 1803) de Montesquieu : « 1re Règle ÊTRE SOI MEME. » Photo : Michel Nguyen.