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Travail universitaire et maîtrise de l'information

De la stratégie aux méthodes pédagogiques

Anne-Marie Bertrand

« On ne peut que souhaiter que ces rencontres soient suivies de nombreuses autres et puissent contribuer à la constitution d’un réseau de formateurs à la formation des usagers, par des échanges diversifiés en coopération » : ainsi s’achevait, l’année dernière, le compte rendu par Françoise Sigaud des premières rencontres Formist 1. Le 13 juin dernier, ces deuxièmes rencontres, intitulées « Travail universitaire et maîtrise de l’information : de la stratégie aux méthodes pédagogiques », ont montré que le vœu de Françoise Sigaud était en train de se réaliser.

Un réseau de formateurs

C’est sur ce thème que François Dupuigrenet Desroussilles, directeur de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, ouvrit la journée : les « deuxièmes » rencontres Formist (et non les « secondes ») marquent la régularité de ces rencontres, tandis que le nombre des participants (il a fallu refuser des inscriptions…) manifeste la réalité du réseau, dont la cellule Formist est l’animateur.

Réalité tangible aussi, de par la fidélité des participants et intervenants, dont les noms se retrouvent d’une année sur l’autre (de Françoise Roubaud à Odile Riondet, de Bruno Deshoullières à Paul Thirion), et de par les échanges vifs, passionnés et complices.

Réalité tangible, enfin, puisque les formateurs alimentent eux-mêmes le site Formist de leurs documents pédagogiques. Mutualisation des outils et des compétences. Et des expériences. Mais ces quelques réflexions positives ne doivent pas masquer l’inquiétude ou la lassitude (le désenchantement, dira même Raymond Bérard, lors de la synthèse de la journée) que semblent éprouver les formateurs.

Des préoccupations partagées

Depuis la loi Bayrou de 1997, qui introduit des unités d’enseignement de « méthodologie du travail universitaire », un des objectifs des formateurs dans les services communs de la documentation (SCD) est que l’enseignement à la recherche documentaire 2 puisse trouver place dans les cursus et ainsi non seulement être reconnu mais disposer de moyens spécifiques. Mais la tâche est ardue même si elle n’est pas impossible : Jean-Émile Tosello-Bancal, de la Sous-direction des bibliothèques et de la documentation (SDBD), signale ainsi que les formations inscrites dans les cursus disciplinaires représentaient 57 % des formations dispensées par les SCD en 2000 (39 % en 1995). Bruno Deshoullières (université de Poitiers) insista, lui, sur la difficulté réelle, encore aujourd’hui, à créer un lien entre enseignants et bibliothécaires.

La meilleure garantie d’intégration dans les cursus, et donc de pérennisation de cet enseignement, est son inscription dans les habilitations (« être dans la brochure »). Dominique Laredo (bibliothèque universitaire de Nice) souligna que ce travail de liaison avec les universitaires 3 est toujours à reprendre, les interlocuteurs universitaires changeant chaque année – cas, semble-t-il, fréquent.

Une autre préoccupation récurrente est le lien entre l’enseignement méthodologique et l’enseignement disciplinaire. L’arrière-plan disciplinaire est nécessaire pour faciliter l’acquisition des méthodes, estima Montserrat Farguell (Bibliothèque interuniversitaire scientifique BIUS Jussieu), tandis qu’Olivier Fressard (BU Paris VIII) affirmait, lui, la nécessité d’un fil thématique pour susciter l’intérêt des étudiants et donner du sens à ce travail.

Mais comment faire pour former des grands nombres ? Comment faire quand on a 22 modules de méthodologie du travail universitaire (à Jussieu), 53 groupes (à Toulouse) ou 1 200 étudiants à former (à La Réunion) ? Le découragement est sensible : « Il ne faut pas faire de l’abattage pédagogique », affirme Claire Panijel (Urfist-Paris), mais qu’une bonne partie des enseignements soit assurée par les enseignants dans leurs disciplines.

Les obstacles ne manquent pas, du côté non seulement des étudiants (à certains desquels il faut d’abord apprendre à prendre des notes, à consulter un Opac, à lire la presse… ou à consulter le Petit Larousse plutôt que se ruer d’emblée sur Internet), mais aussi de l’administration où l’investissement dans les activités de formation est peu, mal reconnu.

Encore du grain à moudre pour les troisièmes (et suivantes) rencontres Formist.

  1.  (retour)↑  Françoise Sigaud, « Les supports pédagogiques multimédias dans la formation des usagers : conception et utilisation », Bulletin des bibliothèques de France, 2001, t. 46, n° 5, p. 127-129.
  2.  (retour)↑  Les intervenants ont adopté des intitulés différents pour parler des formations qu’ils dispensent : formation à l’information, formation à la recherche documentaire, méthodologie documentaire, formation documentaire…
  3.  (retour)↑  Travail de séduction, dira même François Frédéric, de l’université libre de Bruxelles.