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Jacques Rigaud

Les Deniers du rêve

essai sur l'avenir des politiques culturelles

Paris : Grasset, 2001. – 276 p. ; 23 cm. ISBN 2-246-62551-3 : 19, 30 euros

par Anne-Marie Bertrand

On connaît Jacques Rigaud, sa place particulière dans la vie culturelle 1, enjambant les frontières du secteur public et du secteur privé, et ses ouvrages précédents sur les politiques culturelles – notamment La Culture pour vivre (Gallimard, 1975) et Libre culture (Gallimard, 1990).

Un nouvel ouvrage est sorti de sa plume l’automne dernier, qui revient encore une fois à la charge : cette fois, c’est (on peut du moins le penser) l’échec de la tentative de « refondation culturelle » qui est à l’origine de ces pages. On se souvient, en effet, qu’en 1995 Jacques Rigaud fut chargé par le ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, de présider une commission de réflexion et propositions sur la « refondation » de la politique culturelle en France. Bien accueilli par le ministère et par le Premier ministre, Alain Juppé, le rapport de la commission n’eut cependant pas de postérité immédiate, en raison de la dissolution de l’Assemblée nationale au printemps 1997.

La thèse de Jacques Rigaud est, on le sait, que l’État ne peut pas, ne doit pas s’arroger un monopole de l’action culturelle ni de la décision culturelle, mais doit, au contraire, être soutenu et encadré tant par le marché que par le mécénat. Cette limite clairement assignée à l’action de l’État est aussitôt équilibrée par le regret abondamment exprimé de l’atonie dont souffrent, dit-il, les politiques culturelles. Les formules abondent tout au long de l’ouvrage : « C’est l’inefficacité ou l’insignifiance que l’on peut aujourd’hui reprocher à la politique culturelle » (p. 45) ; « On ne peut s’empêcher de se demander si la politique culturelle n’est pas dans une impasse » (p. 59) ; « J’ai souligné à plusieurs reprises la pauvreté actuelle du débat public au sujet de la culture » (p. 141), etc. La politique culturelle serait à la fois insignifiante et consensuelle : une médiocre tiédeur animerait les ministres qui n’auraient pour objet que de prolonger, sans imagination, l’héritage de quelques prédécesseurs flamboyants.

Les remèdes sont connus, déjà développés par Jacques Rigaud : donner toute sa place au marché, développer le mécénat, redonner cohérence à une politique culturelle d’ensemble en investissant des « lieux de culture », pour relever « le défi du multimédia. » On peut ne pas être convaincu par ces propositions, par exemple ne pas croire que François Pinault sauvera l’art contemporain (tâche, il est vrai, insurmontable) ou que les friches industrielles sont l’avenir de la vie culturelle. On peut, par ailleurs, s’étonner que le mécénat continue à être présenté comme une pièce majeure dans le financement de la création, alors qu’il a montré ses limites. On peut, aussi, douter que le marché soit bien « le garant de la liberté de la culture. » On peut, enfin, regretter que les collectivités territoriales soient toujours les grandes absentes de ce raisonnement.

C’est finalement une impression de déjà vu, de déjà lu, qui l’emporte – même si on ne peut qu’acquiescer au fond du discours, à « une certaine idée de la culture comme chose publique » et à la nécessité de relancer (refonder, pourquoi pas) une politique culturelle ambitieuse.

  1.  (retour)↑  Ancien directeur de cabinet de Jacques Duhamel (ministre des Affaires culturelles de Georges Pompidou), ancien président de RTL, président de Admical (Association pour le développement du mécénat industriel et commercial) et de l’Association des centres culturels de rencontre.