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La Gestion des archives photographiques

sous la direction de Normand Charbonneau et Mario Robert. Sainte-Foy (Québec) : Presses universitaires du Québec, 2001. – XIX-306 p. ; 23 cm. – (Gestion de l’information). ISBN 2-7605-1068-9 : 45 dollars canadiens

par Christelle Quillet

Les auteurs de cet ouvrage, Normand Charbonneau et Mario Robert, voulaient répondre aux besoins des archivistes en matière de gestion des archives photographiques et souhaitaient démontrer que l’archivistique doit intégrer la connaissance approfondie de son objet dans ses différentes fonctions. À l’issue de la lecture de cet ouvrage, on peut considérer que les deux objectifs poursuivis sont atteints.

Connaissances de base et gestion des collections

La question de la connaissance des documents photographiques est réglée en deux chapitres : le premier survole l’histoire de la photographie avec un gros plan sur les contextes nord-américain et québécois, aborde la nature paradoxale du support et son évolution dans un paragraphe intitulé « Le concept de la capture du réel » et analyse l’impact culturel de la photographie. Le second a pour but de familiariser l’archiviste avec les notions techniques de la photographie pour qu’il puisse, lors des différentes étapes de la gestion d’un fonds, juger des qualités des documents.

De ces connaissances de base acquises découle ensuite la gestion des collections : les acquisitions, l’évaluation monétaire, la description et l’indexation des photographies, la préservation, la diffusion sont des étapes qui ne peuvent être franchies avec succès que grâce à ces connaissances. Le discours théorique des auteurs, les études de cas citées, les nombreux exemples concourent à cette démonstration. Si l’on veut enrichir le patrimoine et pas seulement l’accroître, il faut connaître l’histoire de la photographie et des photographes. L’évaluation monétaire, à savoir « la détermination de la juste valeur marchande » d’un ensemble de documents, est indispensable pour définir les conditions de leur entrée dans les collections institutionnelles.

Une fois l’acquisition validée, il faut traiter le fonds : le classer, le trier. Des règles applicables à d’autres types de documents d’archives existent déjà qui peuvent être employées pour les photographies. Lorsque ce n’est pas le cas, les auteurs indiquent des pistes pour élaborer ces règles, illustrées par des études de cas. Il faut ensuite signaler le fonds : la description de l’image et l’indexation nécessitent une analyse préalable du contenu de l’image. L’une comme l’autre indiqueront uniquement les éléments visibles, laissant de côté l’aspect subjectif d’une image et les impressions volontaires ou involontaires qu’elle produit.

De toutes ces fonctions et des méthodes employées dépendront la politique de préservation et ses composants : l’adoption d’une méthodologie initiée dès les premiers contacts permet d’intégrer, à toutes les étapes du traitement, le souci de la préservation future des documents et de cerner au plus tôt les besoins afin de mettre en place les moyens adéquats. Là aussi, l’archiviste ne peut s’en sortir sans une connaissance approfondie des techniques photographiques, d’une part pour identifier les facteurs de dégradation, d’autre part pour y remédier. En effet, les photographies ont une structure physique et chimique complexe qui complique leur conservation.

L’exploitation des archives photographiques

Enfin, bien connaître les photographies et leur histoire permet de sélectionner ses acquisitions pour répondre à la demande des chercheurs, dans la mesure où ce type de documents a pris une importance non négligeable dans le monde de l’information. Deux chapitres, l’un sur la diffusion, l’autre sur les études d’usagers, portent sur l’exploitation de ces fonds particuliers. La diffusion exige des archivistes qu’ils connaissent leurs devoirs. En effet, diffusion et commercialisation des archives procurent ressources financières et notoriété, mais impliquent aussi des contraintes juridiques et administratives. Les auteurs mettent en évidence que, dans le domaine des études d’usagers, de nombreux outils sont généralement déjà en place et qu’il faut compiler l’information collectée pour l’analyser.

La gestion des archives photographiques se termine par plusieurs annexes pratiques, menant jusqu’à son terme la démonstration de l’importance de la connaissance du document : glossaire, repères chronologiques, problématique de la condensation dans la description archivistique, ouvrages de référence, bibliographie et index complètent le panorama de la gestion des images.

Cet ouvrage, publié par des Québécois pour des Québécois, s’avère utile non seulement aux archivistes, mais aussi aux professionnels des bibliothèques, qui partagent les mêmes soucis en matière de gestion et de conservation des fonds iconographiques. Il complète à merveille l’ouvrage de Bertrand Lavédrine publié en 2000 sur la conservation préventive des collections photographiques 1. Les professionnels des archives ainsi que ceux des bibliothèques disposent aujourd’hui de deux outils de travail rédigés en langue française et fort pratiques pour gérer leurs collections.

  1.  (retour)↑  Bertrand Lavédrine, Les collections photographiques : guide de conservation préventive, Paris, Association pour la recherche scientifique sur les arts graphiques, 2000. Cf. le compte rendu paru dans le BBF, 2001, t. 46, n° 5, p. 145-146.