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Fontes Artis Musicae, volume 47/ 2-3, April-September 2000

London : International Association of Music Libraries, Archives and Documentation Centres. – 245 p. ; 26 cm. ISSN : 0015-6191 : 20 euros

par Michel Sineux

Pour les lecteurs du BBF qui ne s’intéressent pas à la musique (ils sont forcément nombreux, sinon les bibliothèques et les fonds musicaux, en France, ne seraient pas ce qu’ils sont !), il est peut-être nécessaire de présenter Fontes Artis Musicae, le journal de l’Association internationale des bibliothèques, archives et centres de documentation musicaux (AIBM). J’en laisse le soin à Dominique Hausfater, présidente du Groupe français de cette instance internationale, qui préface cette livraison de la revue en tant que Guest Editor. L’intérêt de celle-ci, pour le lecteur français, est d’être, à l’exception de ses rubriques bibliographique et d’information, entièrement consacrée aux institutions françaises proposant des collections musicales.

Cité de la musique, Bibliothèque nationale de France

La Cité de la musique y est en vedette, avec la Médiathèque Hector-Berlioz du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, le Centre de documentation de la musique contemporaine, la Médiathèque pédagogique de la Cité de la musique et le Centre de documentation du musée de la Musique. Ce premier ensemble est précédé d’un historique du projet de la Cité de la musique et d’un bilan de ce pôle de la vie musicale en l’an 2000.

Suit un autre bilan, celui de la musique à la Bibliothèque nationale de France, dont on sait qu’elle se partage désormais sur deux sites : le « square Louvois » pour les sources écrites, le site de Tolbiac pour les sources audiovisuelles. Des premières, Catherine Massip, responsable du Département, dresse une brève histoire des collections de musique imprimée, du fonds du Conservatoire, enfin des sources pour l’histoire de la musique : Moyen Âge et Renaissance, musique baroque, âge classique, XIXe siècle (romantisme, opéra français), musique du XXe siècle et contemporaine, musiques traditionnelles, enfin.

En annexe une précieuse nomenclature des fonds personnalisés du Département de la musique. Pour sa part, Elizabeth Giuliani propose un historique complet d’une institution, aux multiples avatars, que la musique seule ne concerne pas, mais plus généralement le son et ses divers modes de fixation, depuis les Archives de la parole (1911-1928), le musée de la Parole et du Geste (1928-1938), la Phonothèque nationale (1938-1976), le Département de la phonothèque et de l’audiovisuel (1977-1993). Dans une seconde partie, l’auteur présente un état des lieux de la musique dans le Département de l’audiovisuel, étudiant les sources et les statuts (enregistrements inédits, dépôt légal et édition, médias et supports, images animées, images fixes numérisées, documents imprimés, sans oublier les outils et les services).

Musique et lecture publique

Sans doute pour faire contraste, Dominique Hausfater dresse un bilan, historique et actuel, objectif quoique peu flatteur, de la musique dans les bibliothèques municipales classées, les discothèques, les nouvelles médiathèques. Ce bilan national musique et lecture publique est complété par une radiographie de la musique dans le réseau des bibliothèques municipales de la ville de Paris, redevable à Nathalie Sicard. Impressionnant et tout en même temps lacunaire, le réseau « musical » parisien s’enorgueillit de 33 discothèques de prêt, dont 3 seulement présentent une documentation multisupport approchant le concept de médiathèque musicale.

BMVR (Bibliothèques municipales à vocation régionale) et musique : un débat d’actualité, auquel Danielle Collard et Françoise Bérard, responsables de la BMVR de Châlons-en-Champagne, apportent un éclairage peut-être exagérément optimiste, à la mesure de leur propre ambition. De toute manière, un work in progress, à réexaminer ultérieurement.

Cécile Grand, ingénieur d’études au ministère de la Culture et la Communication, fait le point sur l’Inventaire du patrimoine musical régional français. Collecter et cataloguer les fonds musicaux en France depuis 1800, conservés dans les bibliothèques, archives, musées et autres institutions publiques dans les 22 régions françaises, tel est le but d’un inventaire qui compte aujourd’hui 25 volumes, recensant quelque 30 000 documents et 150 institutions. L’étude fait état de l’organisation financière et administrative du projet, soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication (Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles et Direction du livre et de la lecture) et bénéficiant des partenariats scientifiques du RISM (Répertoire international des sources musicales), à Francfort et de l’Institut de recherche sur le patrimoine musical en France.

Maria Nyéki, conservateur honoraire, fait le bilan des recherches sur les sources disponibles en France concernant les musiciens originaires de l’Europe de l’Est, disponibles en particulier dans des institutions spécialisées telles que le Conservatoire russe de Paris et la Médiathèque de musique tchèque et slovaque de Tours. Les liens culturels entre la France et les pays d’Europe de l’Est y sont mis en valeur depuis le XIIIe siècle, ainsi que le rôle éminent de Paris au XIXe siècle, accueillant des visiteurs aussi prestigieux que Stravinsky, Kodaly, Bartok… Une nomenclature des collections accessibles, ainsi qu’une bibliographie et une liste d’adresses et de contacts utiles figurent en annexe de cette précieuse étude.

Édition musicale, création contemporaine française

L’actualité la plus brûlante est le dénominateur commun des deux dernières contributions à cette livraison, décidément indispensable, de Fontes Artis Musicae. L’une s’intéresse à l’évolution – pour ne pas dire la mutation – de l’édition musicale en France, écartelée entre sa fidélité à la défense de l’art français et les exigences du business ; l’autre tente de mettre un peu de clarté dans le paysage de la création contemporaine française, partagée au cours des 50 dernières années entre un retour au système tonal, l’émergence des micro-intervalles, du minimalisme, des techniques aléatoires et de la musique concrète. Minimalisme et théâtre musical ont su s’imposer en France et l’image de la musique contemporaine, aujourd’hui, est celle d’un kaléidoscope, où les compositeurs suivent leur propre voie, se refusant à choisir aucune école particulière. En annexe, une sélection d’œuvres-références, accompagnée d’une réflexion sur les relations entre compositeur, interprète, éditeur musical et éditeur phonographique.