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Inspection générale des bibliothèques

Rapport annuel 2000

Paris : IGB, 2001. – 105 p. recto ; 30 cm.

par Bertrand Calenge

Le rapport annuel de l’Inspection générale des bibliothèques (IGB) est bien sûr d’abord le rapport d’activités d’un service. À ce titre, il rend compte de tâches qu’on sait multiples (présidences de jurys de concours, missions diverses… et inspections d’établissements), et permet d’avoir une vue d’ensemble sur cette IGB dont la reconnaissance professionnelle est acquise depuis longtemps, mais dont la définition administrative a longtemps été hésitante ces dernières années.

C’est cependant davantage dans les « observations transversales », qui représentent le tiers des 105 pages de ce rapport, que le lecteur attentif à l’évolution des bibliothèques trouvera son miel.

Transversalités

À partir des 72 établissements et organismes inspectés ou contrôlés, l’IGB note quelques permanences et transformations. Au rayon des permanences, la maîtrise de la conservation patrimoniale reste préoccupante ainsi que, dans les universités, l’articulation entre bibliothèques universitaires (BU) et bibliothèques des composantes. Du côté des transformations, on note les bouleversements issus des mouvements de type intercommunal, l’effet bénéfique des technologies nouvelles dans la définition des missions des services communs de la documentation (SCD), ou l’introduction de missions transversales dans les organigrammes de ces mêmes SCD. Un développement particulier est consacré à la situation documentaire académique à Strasbourg : si les universités strasbourgeoises ont parfaitement pris en compte les questions de documentation, l’articulation de leurs collections avec celles de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNUS) reste indéterminée, faute notamment d’un cadre administratif poussant à la concertation.

Une campagne d’évaluation des douze centres de formation aux carrières des bibliothèques, du livre et de la documentation (CFCB) fournit la matière d’un intéressant bilan intervenant cinq ans après une première étude sur le sujet. Avec une augmentation nette de la charge potentielle d’agents à former, les CFCB sont toujours dans des situations très variables d’une région à une autre, tant par les implications diverses des universités que par les ressources en personnel, ou même par les axes privilégiés des formations qu’ils organisent. Cette diversité fait regretter l’absence d’instances coordinatrices, et le rôle potentiel de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) dans ce domaine est évoqué.

Politique documentaire

Le rapport s’attarde également sur une question récurrente dans les établissements : la politique documentaire. Si la rédaction de chartes documentaires semble être devenue un réflexe « technique » dans les bibliothèques municipales (BM), la réflexion est moins avancée dans les bibliothèques départementales de prêt (BDP) et SCD, compte tenu des multiples unités documentaires autonomes que ces services doivent coordonner. Pourtant, on commence à voir apparaître des tensions autour des acquisitions dans les universités, dues notamment à l’exigence de réactivité des bibliothécaires vis-à-vis de l’urgence d’une documentation électronique. C’est un argument qui vient conforter la recommandation selon laquelle il est nécessaire d’intégrer la question des documents électroniques dans la définition des politiques documentaires, faute de quoi d’autres que les bibliothécaires pourraient s’approprier ce créneau. Cette question rejoint une interrogation sur les niveaux de spécialisation des acquéreurs, problème non résolu en France du fait des contraintes administratives des recrutements et des affectations des bibliothécaires.

Les questions de désherbage font l’objet d’un état des lieux. On constate que les procédures se répandent dans les BM, mais restent rarement développées dans les BU au moins pour leurs collections de recherche. Deux points noirs sont soulignés : l’absence d’une conservation partagée dans le domaine des monographies et des supports musicaux, la rareté d’une formalisation explicite des critères et procédures. Enfin, toujours dans le domaine des collections, l’IGB poursuit la publication de l’évolution du coût moyen de la documentation en BU : si les périodiques connaissent toujours une véritable inflation (+ 100 % pour les périodiques étrangers entre 1995-1996 et 2000-2001), les monographies ne sont pas exclues de cette hausse (+ 20 à 60 % pour les titres étrangers sur la même période), ce qui peut rendre inquiet pour l’avenir…

Même si l’on peut regretter que les observations générales présentées dans ce rapport ne soient pas davantage approfondies, étayées, voire discutées, sa lecture fournit un utile tour d’horizon sur nombre de préoccupations professionnelles. C’est sans doute dans la durée, année après année et rapport après rapport, qu’on pourra juger de l’évolution des problématiques et des pratiques, vues de cet observatoire privilégié qu’est l’IGB.