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Thierry Giappiconi

Manuel théorique et pratique d'évaluation des bibliothèques et centres de documentation

Paris : Éd. du Cercle de la librairie, 2001. – 222 p. ; 24 cm. – (Bibliothèques). ISBN 2-7654-0795-9 : 249,86 F – 38 euro

par Claire Vayssade

À une époque où le rôle de l’administration et des services publics ne va plus nécessairement de soi, l’idée de rendre des comptes, donc d’évaluer, s’impose, tant au plan national qu’à l’échelon local. Selon Thierry Giappiconi, les bibliothèques ne sont pas exclues d’une éventuelle remise en cause, sinon de leur légitimité, du moins de certaines de leurs missions, ou plus encore de la façon dont elles sont remplies et des coûts qu’elles génèrent ; elles ont par conséquent tout à gagner à franchir l’étape qui les sépare de la collecte annuelle de données statistiques (ce que l’auteur nomme le « décompte ») à une évaluation complète et systématique de leur activité, c’est-à-dire à « la mesure des actions accomplies » et à leur impact sur les usagers : « En s’intéressant aux conséquences de l’action, [l’évaluation] conduit inévitablement à une mise en perspective politique et stratégique » affirme l’auteur. Politique, stratégie, pilotage, sont bien les maîtres mots de ce livre, par le mode d’entrée qu’est l’évaluation.

Un mode de dialogue

Le bibliothécaire ou documentaliste voit, grâce à la conduite de l’évaluation, son rôle et ses responsabilités réaffirmés au sein de son environnement (la commune, l’université, l’entreprise, etc.) : l’évaluation n’est pas seulement une technique, mais un mode de dialogue, entre l’expert qu’est en l’occurrence le professionnel et ses autorités de tutelle, administratives ou politiques. Les instruments de l’évaluation (tableaux de bord, etc.) seront élaborés et vérifiés avec les décideurs, les représentants des usagers et le personnel. Il s’agit en effet d’un exercice qui, pour être admis et validé, nécessite l’appropriation collective. Toutes ces recommandations figurent au chapitre 7 « Piloter et rendre compte », excellente introduction aux tableaux de bord comme outil d’évaluation et comme moyen de communication. En nous invitant à mettre en place un dispositif simple mais rigoureux de suivi des activités et des usages de la bibliothèque, l’auteur assure que « dans la mesure où elle peut échapper à des pratiques grossières, l’évaluation peut renforcer la crédibilité, la légitimité et l’autorité de l’action des pouvoirs publics en faveur des bibliothèques » (p. 207).

En début d’ouvrage, de brefs rappels des méthodes telles que l’audit, le contrôle de gestion permettent d’éclaircir les concepts de base, en distinguant l’évaluation/contrôle (voire sanction) de l’évaluation/expertise. Une intéressante rétrospective de l’évaluation des bibliothèques nous conduit des travaux de l’American Library Association en 1982 aux recommandations de l’Unesco en 1987 et 1989 et plus récemment à l’évaluation des ressources électroniques ; les travaux de normalisation autour du TC 46 de l’Organisation internationale de documentation (ISO) sont bien développés, particulièrement la norme internationale ISO 11620 sur les indicateurs de performance des bibliothèques.

Les indicateurs

Le lecteur ne manquera pas de tirer profit de la rubrique consacrée aux différents types d’indicateurs (de performance, d’efficacité, d’efficience, de pertinence, de qualité). Définitions, exemples d’applications, critères techniques de sélection (les indicateurs doivent répondre à des exigences telles que la fiabilité, la précision, l’applicabilité, la comparabilité, etc.), outils et méthodes de construction et d’évaluation, pour une mise en œuvre efficace et réalisable au moindre coût.

Voilà en bref un excellent guide pratique, d’approche simple et de lecture aisée. L’auteur nous fait également bénéficier de ses connaissances tout à fait à jour sur les technologies qui permettent de mesurer et de quantifier les activités et services (comme la collecte de données avec des appareils de type « palm pilot » présentés en page 66).

L’auteur présente ensuite le mode d’évaluation des trois pôles que constituent les services, les ressources documentaires, et enfin les moyens (« Compétences et coûts »). On regrettera toutefois que ces chapitres soient alourdis de trop nombreux tableaux et schémas, dont certains, très détaillés, nuisent à l’esprit synthétique du livre. Un texte plus ramassé, élagué de quelques passages au ton parfois didactique, aurait gardé toute sa valeur démonstrative.

Thierry Giappiconi nous livre une synthèse opportune et très complète sur l’évaluation en bibliothèque. S’il est fait particulièrement référence aux établissements de lecture publique, la transposition à d’autres environnements documentaires est tout à fait aisée. Véritable guide pratique de l’évaluation, à garder sous la main, à faire connaître et partager, l’ouvrage est aussi plus que cela : un champ de questionnement sur des sujets qui sont rarement débattus ou sur des évidences (« le concept on ne peut plus confus de médiathèque ») et, au-delà, sur la place des bibliothèques dans la société.

Des encarts en grisé, insérés dans chaque chapitre, rappellent les points forts et constituent un aide-mémoire très pédagogique. La bibliographie riche d’une centaine de références, pour beaucoup puisées dans la littérature nord-américaine, témoigne de l’approche exhaustive et comparative de l’auteur. Enfin, un lexique français/anglo-américain des termes les plus utilisés complète judicieusement l’ouvrage.