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The New Review of Libraries and Lifelong Learning, volume 1, 2000

Cambridge : Taylor Graham. – 172 p. ; 23 cm. ISSN 1468-9944 : 70 £

par Marielle de Miribel

La revue anglaise annuelle, The New Review of Libraries and Lifelong Learning, publiée sous la direction du professeur Peter Murphy, de la Manchester Metropolitan University, a pour objectif de contribuer, par la publication d’études et de témoignages de chercheurs et de professionnels, à l’adéquation des bibliothèques au nouveau défi qu’est la formation continue. Dans ce premier numéro, outre l’éditorial et une bibliographie, huit contributions permettent de dresser un premier état des lieux et de proposer à la discussion des modèles de mises en œuvre novatrices dans divers pays anglo-saxons.

Une approche historique

Dans un premier article, Peter Brophy et Alan MacDougall analysent les connexions entre la formation continue, la formation à distance et la mission des bibliothèques, dans une approche historique qui permet de mettre en évidence l’opportunité actuelle à saisir. Selon l’ELLI (European Lifelong Learning Initiative), qui a organisé à Rome en 1994 le 1er congrès mondial sur ce thème, la formation continue se définit ainsi : « Un processus de soutien continuel qui stimule les personnes et leur permet d’acquérir les connaissances, valeurs, méthodes et outils de compréhension dont elles peuvent avoir besoin au cours de leur vie, et de se les approprier avec confiance, créativité et plaisir dans tous les postes, contextes et circonstances. »

Pour ce qui est des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), the UK’s Library and Information Commission rappelle que le succès dépend du développement de trois composantes, la possibilité de connexion, les sources numérisées et les compétences nécessaires, tandis que le CSALT (Centre for Studies in Advanced Learning Technology), de la Lancaster University, fait l’inventaire des forces et faiblesses de la formation à distance. En ce qui concerne le rôle des bibliothèques dans le processus d’apprentissage et de formation continue, Brophy, Fischer et Craven ont proposé treize items que les bibliothèques doivent prendre en compte pour développer les compétences en la matière, en commençant par vérifier que les services de base, comme les ouvrages et les places assises, sont disponibles.

Puis Elizabeth J. Burge et Judith E. Snow pointent les manques relationnels et pédagogiques dont souffrent les personnes en formation. La responsabilité des bibliothécaires est ici engagée, dans la mesure où, pour être efficaces, ils doivent acquérir les notions de base dans les modes d’appropriation des savoirs par les adultes afin de ne pas reproduire leur propre mode d’apprentissage au détriment des apprenants, dans le cadre d’une formation à la recherche bibliographique, par exemple.

Par ailleurs, les bibliothèques, en vue d’une meilleure efficacité, doivent soigner leur visibilité – être là, et surtout quand on a besoin d’elles –, privilégier le service public plutôt que la gestion en interne du site web, etc. Les auteurs proposent donc neuf préceptes visant à renforcer la visibilité de leur professionnalisme et quatorze items pour mieux l’intégrer à la demande de leurs publics : par exemple, montrez-vous vous-mêmes comme un adulte en formation continue, ou bien : supprimez de votre vocabulaire les termes trop tournés vers la bibliothéconomie au profit de termes empruntés à l’apprentissage, comme « associé de recherche » plutôt que « bibliothécaire ».

À partir de l’analyse du projet « eLib NetLinkS » (1995-1998), projet national d’enseignement soutenu par le programme des bibliothèques électroniques (eLib), Philippa Levy expose les connexions possibles et souhaitables entre bibliothécaires, universitaires et techniciens dans les nouveaux appareils de formation aux ressources documentaires en ligne, et avance le terme d’« hybridisation » des personnels et des missions des bibliothèques. En appuyant son propos sur les apports du constructivisme, elle insiste sur l’importance de la connaissance de la construction des savoirs individuels nécessaires à un enseignement de qualité ; elle indique également les éléments de friction possible entre les partenaires et les besoins en formation des bibliothécaires, devenus en l’occurrence des learning advisors.

Formation permanente et bibliothèque du futur

Après un rappel des enjeux et de la nécessité de la formation continue liés à la mutation des emplois et à l’obsolescence des savoirs acquis dans l’enseignement secondaire et universitaire, puis des publics concernés, Maurice B. Line analyse les conditions requises et leur faisabilité pour un accès aux ressources intellectuelles, via les bibliothèques attendues dans ce contexte comme des lieux de communication des savoirs, mais aussi comme lieux « socratiques » d’apprentissage de l’autonomie documentaire. Il s’agit en effet d’enseigner aux apprenants à savoir où et comment chercher, retrouver, sélectionner et gérer les informations, selon une grille d’analyse dont seul l’usager destinataire doit être en mesure de tester la pertinence. Du point de vue du destinataire, l’auteur dresse une liste des qualités requises par une bibliothèque, publique ou universitaire, appelée « hybride » en raison de son double accès, physique et numérique aux documents, et propose quelques pistes pour satisfaire au mieux les attentes de ce public spécifique.

Mais l’usage des ressources électroniques n’est pas que documentaire. Margaret Kendall, sans ignorer les risques liés à l’accès non limité à la Toile, met en garde les bibliothèques publiques contre la limitation de l’accès public à Internet, et en particulier contre la suppression de l’accès à la messagerie électronique, qui, selon une enquête récente en Grande-Bretagne est le choix de 67,7 % des bibliothèques. Elle en relève les multiples utilisations, tant pour les adeptes de la formation continue, pour qui c’est un outil de travail, que pour les faibles lecteurs et membres de minorités, pour qui cet accès est une première approche attractive et motivante des usages d’Internet et de la recherche documentaire numérisée.

Mise en place de programmes

Enfin, trois articles font le point sur des programmes mis en place en Grande-Bretagne. John Allred retrace de manière chronologique l’émergence et le succès du projet pilote « Open for Learning », qui émane du UK Department for Education and Employment et qui concerne à l’origine dix bibliothèques pour s’étendre sur toutes les bibliothèques du Royaume-Uni. Il y analyse les conditions du succès et traite également de questions essentielles, telles que la gestion des droits, le budget, la sécurité ou la formation du personnel. Veronica Adamson décrit le développement du programme de bibliothèque et de service de formation à distance UHI (University of the Highlands and Island), qui a pour but de rassembler, dans le nord de l’Écosse, treize collèges et instituts de recherche disséminés sur une très vaste étendue. Elle analyse les différentes phases du projet en insistant plus particulièrement sur la phase de programmation et celle de choix d’un logiciel commun.

Pour leur part, Debbie Lock and Jennifer Brophy parlent de l’expérience du programme DiLIS (Distance Learners‚ Information Service) mené par la Bibliothèque George Edwards de l’université du Surrey, et analysent les conditions de fonctionnement d’une bibliothèque « hybride » dans laquelle sont proposées des ressources papier et numérisées. Ces systèmes d’information offrent la possibilité aux étudiants et chercheurs à distance de localiser les documents dans des bibliothèques à proximité et d’avoir accès à des ressources numérisées. À partir de la demande formulée des usagers, la bibliothèque a développé trois services particuliers, qui sont décrits en détail : un service de prêt postal, limité au Royaume-Uni et à l’Europe, la communication payante des articles de revues gérées par le service sous forme numérisée ou papier, et un accès aux ressources documentaires électroniques, via le système universitaire d’authentification ATHENS.

En conclusion, avec la naissance de cette nouvelle revue, nous disposons d’une ressource précieuse pour tous ceux qui s’intéressent au rôle des bibliothèques vis-à-vis de la formation permanente.