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Systèmes d'information-documentation en réseau et performance de l'entreprise

Jean-Philippe Accart

L’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) a tenu les 30 et 31 mars derniers à Reims ses Deuxièmes rencontres biennales, conjointement avec les Assises qui réunissent régulièrement l’ensemble des animateurs de l’association. Avec 144 participants, une douzaine d’interventions, des débats, une session de posters, des flashs d’informations sur la vie de l’association, ces deux journées riches et diversifiées se sont articulées autour de trois thèmes : l’information-documentation dans l’entreprise ; les mutations juridiques et le droit de l’information ; les évolutions et les perceptions du métier.

L’information-documentation

La mutation actuelle des métiers de l’information est en relation directe avec l’évolution des entreprises : le management de l’information fait partie d’une stratégie globale et le rôle des professionnels de l’information-documentation s’accroît. Trois orientations sont explorées : le Knowledge Management, le Records Management et les archives, l’intelligence économique.

Daniel Atlan, directeur des ressources humaines chez Usinor, exposa la notion de développement durable, et, reprenant les termes employés par I. Nonaka (Harvard Business Review, nov. 1991), il ajouta que « la seule source sûre d’avantage concurrentiel est la connaissance ». Considérant que l’entreprise vit encore sur des théories économiques élaborées dans les années soixante-dix, il estime que le rôle des dirigeants a changé, notamment dans le domaine des ressources humaines : autonomie, polyvalence, travail en équipe, échanges d’information conduisent à gérer des connaissances, et par conséquent, des travailleurs de la connaissance. Il cita Peter Drucker (Atlantic Monthly, octobre 1999) : « Les travailleurs du savoir (…) devront être transformés de subordonnés en décideurs et de salariés en partenaires. »

Jacques Portevin, responsable du Records Management à Saint-Gobain et président de l’Association des archivistes français (AAF), démontra que les métiers de l’information, tout en gardant leurs caractéristiques d’origine, sont intégrés dans les modes de gestion et dans les finalités de production : l’information conservée doit être « utile », « on ne parlera plus d’archives, mais de documents supports d’information, c’est-à-dire de “records” ». Il aborda des questions importantes, telle celle de la conservation de l’information électronique, et s’interrogea sur l’utilité de la mémoire propre d’un organisme à l’heure de la mondialisation. Le Records Management, discipline à laquelle sont prédisposés les archivistes, documentalistes, qualiticiens et informaticiens, organise le système d’information pour en assurer l’accès utile. Jean-Pierre Larcher, secrétaire général de SCIP France, expliqua son rôle d’animateur du Réseau de diffusion technologique de Basse-Normandie, réseau qui « apporte son soutien aux PME-PMI en matière de découverte, de compréhension et d’appropriation des méthodes et outils de l’intelligence économique » 1. Une opération pilote a été lancée qui vise à intégrer les entreprises dans une démarche de réseau et à les aider à mieux structurer leurs systèmes d’information.

Le droit de l’information

Les métiers de l’information doivent également suivre, outre les mutations de l’entreprise, celles du droit de l’information. Sandra Travers de Faultrier, avocate et enseignante, dressa un état de la question et donna le point de vue du juriste : les actes, réalisations, responsabilités et rôles appartenant à la sphère de l’information sont détaillés, car leur énumération est « une mesure très fiable des métamorphoses d’une fonction ». Valérie Sedallian, avocate, décrivit les clauses importantes qui concernent les offres de services en ligne, notamment l’exploitation d’une base de données. Ces clauses abordent, d’une part, les obligations du fournisseur (accès technique et formation) – la confidentialité des informations, leur fourniture, la responsabilité – ; d’autre part, les obligations du client – respect des restrictions d’usage, statut des informations, obligation de payer le prix ; et enfin, la vie du contrat.

D’autres points, liés au droit, furent traités par Philippe Jannet, président du GESTE (Groupement des éditeurs de services en ligne) avec « Le droit d’auteur et la presse », et par Catherine Lupovici, de la Bibliothèque nationale de France, avec « L’archivage des sites web ».

Les évolutions des métiers de l’information

Les évolutions des métiers de l’information sont très concrètes et découlent de ce qui a été développé précédemment. Après avoir montré les évolutions de la documentation depuis 1970, Jean Michel, conseiller auprès du directeur de l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC), montra la place prise par la profession dans la mondialisation et la netéconomie : la documentation s’organise selon de nouvelles modalités (fusions, décentralisation, mise en réseau, autonomie du client, fonctions nouvelles et partagées, virtualité…). L’information-documentation est définie comme « un continuum de pratiques » ; le champ professionnel s’élargit et tend à gérer des connaissances plus que de l’information en tant que telle. Il invente un sigle nouveau : l’IDC, c’est-à-dire l’Information-Documentation-Connaissance.

Dominique Lecoq, enseignant-chercheur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), termina ces Rencontres sur l’image, selon lui nouvelle, des documentalistes : conseil, formation et management.

Suite à ces Deuxièmes rencontres qui sont le moment de réfléchir ensemble au devenir d’une profession, l’ADBS souhaite en tirer des orientations concrètes. Dans les mois à venir, elle ouvrira le chantier de son mode futur de fonctionnement à travers, par exemple, de nouveaux regroupements par métier.

  1.  (retour)↑  PME : petites et moyennes entreprises ; PMI : petites et moyennes industries.