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Former les utilisateurs de la bibliothèque

sous la direction d’Odile Riondet. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2000. – 239 p. ; 21 cm. – (La boîte à outils ; 10). ISBN 2-910227-32-4 / ISSN 1259-4857 : 150 F/ 22,87 euro

par Martine Gemmerlé

Le dixième titre de la collection « La boîte à outils », collectif comme les neuf autres, a pour thématique la formation des usagers des bibliothèques, « sujet largement rebattu mais pourtant peu débattu », comme le souligne l’un des auteurs. L’ouvrage s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale de cette collection à vocation essentiellement pratique. Il a en effet pour objectif de « présenter les difficultés, les débats et la diversité des situations, mais aussi les méthodes et les solutions sur lesquelles s’appuyer pour répondre aux questions de base de toute interrogation pratique : qui peut faire quoi, pourquoi, où, sur quelle durée, comment, avec quels moyens ? ».

En ce domaine de la formation comme dans beaucoup d’autres, il n’y a pas de recettes toutes faites : c’est le terrain qui fonde une pratique ; la variété des situations implique une variété de réponses.

Au-delà du « mode d’emploi »

Le texte introductif d’Odile Riondet, qui a dirigé cet ouvrage, va au-delà du « mode d’emploi » annoncé : il constitue en fait une excellente synthèse de la quinzaine de contributions réunies ici. Partant du constat que la formation est conduite sous une triple pression et/ou volonté, à savoir la démocratisation de l’accès à la culture et à l’information, la place des nouvelles technologies et l’accroissement de la population étudiante, elle dresse une sorte de « panorama de la formation en bibliothèque » tout en posant d’emblée les questions, à la fois essentielles et concrètes, qui y sont liées.

L’ouvrage est structuré en quatre grandes parties de taille inégale, présentant deux textes généraux et théoriques – sur l’ingénierie de la formation et sur l’évaluation – et plusieurs expériences de formation dans divers établissements. Chaque expérience étant en elle-même un condensé des différentes problématiques liées à la formation, cette lecture « horizontale » se superpose donc à la lecture « verticale » des différentes parties, entraînant quelques redondances, qui n’alourdissent toutefois pas le propos.

Il faut également préciser que la dominante de ces expériences est nettement universitaire, les situations en lecture publique étant moins nombreuses et plus « atypiques » (Bibliothèque publique d’information – BPI, bibliothèque municipale – BM de Lyon). Cela s’explique sans doute en partie par le fait que l’introduction, lors de la réforme « Bayrou » du 1er cycle universitaire en 1997, d’une unité de valeur de « méthodologie du travail universitaire », dont peut faire partie la méthodologie documentaire, a été l’occasion pour certains SCD (services communs de documentation) de formaliser les contenus d’un cursus de formation à la documentation et de travailler en partenariat avec des enseignants. Pour autant, les éléments du débat peuvent être transposés dans d’autres contextes que celui des universités et certains apports plus théoriques sont valables dans toute situation de formation.

Le processus de formation

La première partie – et la plus longue –, « Construire le processus de formation », insiste sur l’importance de la phase de préparation, de structuration et d’accompagnement, appelée « ingénierie de la formation ». Cette dernière propose des principes généraux, mais aussi des démarches concrètes pour réussir une formation. On y (re)découvre les fondements de l’acte pédagogique, et une synthèse utile des différentes conceptions de la formation.

La question de « l’autonomie documentaire » des étudiants comme objectif de formation est également abordée à partir de l’expérience de la bibliothèque scientifique et technique de l’Insa (Institut national des sciences appliquées) de Lyon. Un processus complet et très structuré de plan de formation, mis en œuvre avec les enseignants d’un département de spécialité, y est décrit.

La seconde partie, « Des formations pour tous les âges », pose la question de la formation à la documentation dans le temps, de l’école à l’université, de la BCD (bibliothèque centre documentaire) au SCD, et celle des apprentissages sous toutes ses formes. Y sont analysées en particulier l’autoformation et la formation des formateurs. La première rejoint la problématique de l’autonomie, les formations ne pouvant prendre en compte la totalité des utilisateurs, ni la variété des besoins. L’information est alors complémentaire de la formation (voir l’expérience de la BPI) ; elle peut devenir particulièrement riche avec Internet, ce que nous montre le projet Formist 1 (formation à l’information scientifique et technique).

Une expérience de formation de formateurs menée par l’Urfist (unité régionale de formation à l’information scientifique et technique) de Toulouse est longuement exposée, qui insiste sur la nécessité d’analyser ce qui est à enseigner, et qui vise à aider des formateurs (bibliothécaires, documentalistes, ingénieurs d’études) à opérer une « transposition didactique » de leurs savoirs.

Les moyens humains et financiers nécessaires pour mener à bien une formation font l’objet de la troisième partie, à travers le cas de la BMIU (bibliothèque municipale et interuniversitaire) sciences de Clermont-Ferrand et celui du SCD de Nancy 2.

La quatrième et dernière partie traite de l’évaluation de la formation. Un chapitre est consacré à une analyse générale et théorique sur l’intérêt d’évaluer les objets et les modes d’évaluation possibles ; un autre l’est à une expérience intéressante d’évaluation, mais aussi d’auto-évaluation, menée à l’université de Lille 3.

Sans doute s’agit-il de la partie la plus frustrante – on voudrait en savoir plus sur l’impact réel des formations –, même si cet aspect est également abordé dans d’autres contributions.

Quelques éléments récurrents

L’importance du contexte et du terrain dans lesquels s’intègre la formation est toujours soulignée : des adaptations et donc une certaine souplesse sont nécessaires, ainsi que des réajustements en cours de formation. Si la formation répond à une logique de l’offre et de la demande, il n’est pas toujours évident de connaître les besoins réels des usagers ni d’y répondre de façon adéquate.

Il apparaît bien souvent qu’une formation modeste, mais réussie, engendre d’autres demandes plus importantes : un effet d’entraînement stimulant et valorisant pour les personnels formateurs.

Dans les bibliothèques universitaires, se pose la question de l’intégration de la méthodologie documentaire dans les disciplines, et parallèlement, des relations avec les enseignants des disciplines ou d’autres formateurs (documentalistes, tuteurs, moniteurs…), une mutualisation des compétences étant souvent préconisée pour ce dernier point. La documentation n’est en général pas perçue, par les étudiants, comme une discipline en tant que telle. Il semble que donner aux activités de formation une « coloration disciplinaire » et mobiliser les énergies autour de réalisations concrètes permettent de mieux faire prendre conscience de l’intérêt d’une telle formation. L’introduction officielle d’un enseignement de méthodologie documentaire, si elle ne résout pas tout, est néanmoins perçue comme une occasion de renforcer la reconnaissance du rôle de la bibliothèque dans le dispositif de formation universitaire.

Les technologies dites « nouvelles » sont largement évoquées : un outil avec ses spécificités à maîtriser parmi d’autres outils, une possibilité d’accès à d’autres ressources que celles de la bibliothèque, un engouement qui rencontre des limites (la formation des enfants à Internet, à la BM de Lyon, est à ce titre très instructive !), autant de données que la formation doit prendre en compte. Enfin, les expériences décrites sont une occasion de découvrir des contenus, parfois très précis, de formation, et de mesurer combien la palette de formations à la documentation, selon les objectifs visés et la stratégie adoptée, est large.

Multiples facettes

Cet ouvrage donne donc à voir les multiples facettes de la formation des utilisateurs des bibliothèques, à la fois en termes de besoins (exprimés ou supposés), de contenus (former à quoi ?), de méthodes pédagogiques (comment former ?) et de partenaires (qui forme ?). Il expose également clairement les enjeux pour les formés, mais aussi pour les professionnels de l’information (quelles compétences statutaires ? pédagogiques ? en expertise documentaire ? quelle reconnaissance auprès des enseignants des disciplines ?).

S’il peut intéresser tous les acteurs des formations documentaires, l’ouvrage s’avérera particulièrement utile pour tout bibliothécaire déjà formateur, en lui permettant de réfléchir à sa pratique actuelle, et pour tout formateur potentiel, à qui l’on confierait la mission de mettre en place une formation documentaire.

Les tableaux récapitulatifs, les schémas éclairant les propos par des exemples précis, les références bibliographiques et les adresses de sites Internet sont autant de précieux jalons. Le « mémento » final qui reprend, sous forme de questions, les opérations à mener en matière de définition des objectifs, d’analyse de l’environnement et des publics, d’équipe de projet et d’intervenants, de contenus et de didactique, de moyens et d’évaluation, conclut de façon pragmatique un ouvrage riche en pistes méthodologiques et en éléments de réflexion.

  1.  (retour)↑  http://formist.enssib.fr