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Le livre électronique à l'université du Texas

Dennis Dillon

Au cours de l’année écoulée, l’université du Texas a acheté plus de dix mille livres électroniques, dont les notices bibliographiques sont intégrées à son catalogue en ligne accessible sur le Web.

Les étudiants et les chercheurs peuvent le consulter à tout moment aux conditions prévues, et quand, au vu de la notice, ils jugent qu’un livre électronique contient des informations intéressantes pour eux, il leur suffit de cliquer sur son adresse URL (Uniform Resource Locator) pour que le texte entier de l’ouvrage se dévide sur l’écran. Ils ont alors la possibilité de le lire, d’en imprimer des parties, ou de simplement noter l’adresse URL propre à chaque titre pour y revenir plus tard à partir d’un ordinateur connecté à Internet, qu’ils se trouvent au Japon, au Mexique ou n’importe où dans le monde.

Utilisé de cette façon, le livre électronique est en tout point semblable à n’importe quel site Web, et c’est ce modèle qu’ont adopté la plupart des bibliothèques universitaires américaines. Les bibliothèques publiques, quant à elles, hésitent entre cette formule et celle destinée au marché des particuliers, où le livre électronique est téléchargé sur une tablette électronique portable. Dans la mesure où elles prêtent essentiellement des ouvrages de fiction que les gens lisent pour le plaisir, plusieurs d’entre elles, aux États-Unis, expérimentent les possibilités du livre électronique en proposant à leurs utilisateurs de leur prêter une tablette électronique portable chargée avec le titre de leur choix. Les usagers de la bibliothèque empruntent donc ces appareils comme ils empruntent des documents imprimés.

NetLibrary

L’offre commerciale de livres électroniques consultables à partir de l’un ou l’autre de ces deux procédés ne cesse d’augmenter. NetLibrary 1 est aujourd’hui le premier fournisseur du secteur, avec un fonds de plus de vingt mille titres proposés à la vente, qui sont tous des versions pour le Web d’ouvrages également disponibles sur papier. Le prix de la version électronique est le même que celui de la version imprimée, mais netLibrary demande en outre une cotisation annuelle dont le montant varie de 3 à 15 % du prix des ouvrages, ce pourcentage étant fonction du nombre d’années depuis lequel la bibliothèque cliente se les est procurés. Les bibliothèques ont par ailleurs la possibilité de capitaliser leur quote-part et de s’assurer un accès permanent aux titres qu’elles ont choisis en versant une fois pour toutes 50 % du prix officiel des ouvrages. Ces sommes servent également à financer des comptes séquestres, constitués pour assurer la continuité de l’accès aux livres électroniques vendus par netLibrary, au cas où ce vendeur cesserait son activité.

Les bibliothèques désireuses d’acquérir des ouvrages auprès de netLibrary doivent d’abord ouvrir un compte chez ce fournisseur, choisir les titres qu’elles souhaitent se procurer sur sa base de données en ligne, puis soumettre une liste de leurs adresses IP (Internet Protocol). Vingt-quatre ou quarante-huit heures plus tard, leurs utilisateurs ont accès aux livres électroniques sélectionnés et peuvent, où qu’ils se trouvent, les consulter à partir d’un ordinateur connecté à l’Internet.

NetLibrary a privilégié le modèle « un livre électronique, un lecteur » : si une bibliothèque achète un titre à un seul exemplaire, il ne pourra donc être lu que par une personne à la fois ; si elle en achète deux, deux personnes pourront le lire en même temps. Ce modèle a la faveur des éditeurs, qui craignent, s’il était abandonné, que leurs titres ne soient plus achetés qu’à un seul exemplaire par des groupements de bibliothèques techniquement en mesure de s’en répartir l’accès de façon illimitée, ce qui bien sûr écornerait sérieusement leurs marges bénéficiaires.

Afin de mieux protéger le copyright des éditeurs, à chaque consultation d’un livre électronique, les lecteurs ne peuvent en imprimer qu’une page, et ils n’ont pas la possibilité d’en copier le contenu sur leur disque dur. Pour localiser et consulter les ouvrages électroniques, ils peuvent passer, soit par le catalogue en ligne de la bibliothèque, soit directement par le site Web de netLibrary. Dans ce dernier cas, ils cherchent les documents les intéressant en utilisant des mots clefs pour passer en revue l’ensemble des ouvrages proposés, ou bien ils adoptent la recherche plus traditionnelle par auteur, titre ou matière. Ils peuvent également consulter les listes matières disponibles sur le site de netLibrary pour recenser les titres disponibles dans tel ou tel domaine. Lorsqu’ils en ont trouvé un qui les intéressent, ils ont le choix entre afficher le contenu de cet ouvrage comme s’ils se trouvaient sur un site Web classique, ou le sélectionner pour le lire plus à fond. Dans le premier cas de figure, l’étudiant qui consulte un livre électronique que personne d’autre ne souhaite consulter peut continuer à le lire comme n’importe quel autre site Web. Si, cependant, un lecteur sélectionne un titre donné, ce document lui est exclusivement réservé pendant toute la durée du prêt, après quoi il redevient disponible dans les mêmes conditions que précédemment.

La numérisation

L’essentiel des ouvrages achetés par netLibrary lui sont envoyés par les éditeurs sous forme imprimée. Chaque livre devant ensuite être converti au format électronique accessible sur le Web est confié à un membre du personnel chargé de surveiller du début à la fin ce processus de conversion. Le livre est d’abord détaché en cahiers, puis scanné page à page. L’utilisation d’un logiciel de reconnaissance optique des caractères (OCR) permet de transformer les images numériques en texte numérique.

L’employé responsable de la numérisation s’installe ensuite devant un grand écran d’ordinateur, avec à sa gauche la version numérisée du texte, à sa droite la version en langage HTML, et devant lui, posées sur un pupitre, les pages du livre imprimé. Il le lit ligne à ligne sur l’écran, en effectuant les modifications de mise en pages nécessaires pour que le document électronique ait le même aspect et la même taille que le document sur papier. L’ordinateur lui signale automatiquement les fautes d’orthographe et de grammaire, que le préparateur compare avec l’original imprimé, et conserve si elles y figurent.

Le processus de conversion réclame, selon les cas, vingt heures de travail ou jusqu’à dix fois plus. Une fois mené à son terme, il est suivi d’un contrôle de qualité page à page, effectué par un autre employé, et c’est seulement à la fin de cette étape que le livre électronique est mis à la disposition du public.

Le catalogage

NetLibrary procède au catalogage de tous ses livres électroniques, dont les notices bibliographiques sont disponibles sur OCLC (Online Computer Library Center). NetLibrary apparaît ici en tant qu’éditeur, et chaque livre est enregistré avec un numéro d’ISBN (International Standard Book Number) distinct de celui du volume imprimé. Conformément aux contrats que l’université du Texas a signés avec OCLC et netLibrary, chaque fois que nous achetons un titre à ce fournisseur, sa notice bibliographique est automatiquement chargée dans notre catalogue consultable sur le Web. L’ensemble de ces opérations – du choix des titres au moment où ils sont enregistrés dans le catalogue et mis à la disposition des utilisateurs – ne prend au total que quelques jours.

Fréquence d’utilisation

Lorsque nous avons entrepris de constituer cette bibliothèque électronique, nous pensions que les lecteurs ne commenceraient à l’utiliser vraiment qu’à partir du moment où elle comporterait au moins dix à vingt mille titres. Partis de cette idée, nous n’avons pas particulièrement attiré l’attention du public sur ce nouveau média et, au début, nous ne cataloguions pas nos livres électroniques, qui n’étaient accessibles que par un lien établi entre notre page Web et le principal site Web de netLibrary. Lorsque, plusieurs mois plus tard, nous avons pris le temps d’étudier les statistiques, nous fûmes surpris de constater que chaque titre était consulté cinq fois par mois en moyenne. Certes, les statistiques sur l’utilisation des documents électroniques peuvent s’interpréter de bien des façons et nous avons appris à ne pas les prendre au pied de la lettre, mais le taux d’utilisation qu’elles indiquaient était très nettement supérieur à nos prévisions. Le fait que les titres consultés recoupaient à peu près tous les domaines ajouta encore à notre étonnement.

Par la suite, en même temps que netLibrary affinait ses techniques d’analyse statistique et que la nouveauté du livre électronique s’estompait, l’utilisation de ce produit a continué à l’emporter sur celle des livres imprimés de même teneur et à concerner toutes les catégories de disciplines.

Le choix des titres

Cela fait maintenant plus d’un an que les bibliothèques américaines intègrent des livres électroniques à leurs collections, et leurs procédures de sélection sont donc devenues de plus en plus rigoureuses. Très spécialisés dans les premiers temps, les titres retenus par netLibrary étaient essentiellement sélectionnés dans les listes des ouvrages universitaires disponibles.

À l’université du Texas, au début, nous travaillions sur l’ensemble du catalogue de netLibrary en le confrontant à nos chiffres sur la circulation des ouvrages pour choisir les titres de livres électroniques correspondant à des ouvrages consultés plus de trente-cinq fois. Nous pensions en effet que cette forte demande pour des titres imprimés se répercuterait sur leur utilisation au format électronique. L’expérience acquise peu à peu nous a convaincus de consacrer les trois quarts du budget réservé au livre électronique à l’achat de titres choisis sur l’ensemble des publications de certains éditeurs, et le quart restant à une sélection de titres spécialisés.

Si nous avons d’abord retenu la production d’ensemble de quelques grandes maisons d’édition, c’est en partie pour donner à nos bibliothécaires une idée générale de ce à quoi devait ressembler notre collection de livres électroniques. Son profil relativement précis leur permet de recommander avec plus de confiance les services de netLibrary aux étudiants et aux enseignants, puisqu’ils sont raisonnablement sûrs que ce fonds d’ouvrages rassemble des productions éditoriales correspondant à des thématiques définies.

Parallèlement, nous nous sommes attachés à choisir des livres électroniques correspondant aux disciplines dominantes de notre université (médecine, informatique, droit des affaires, histoire et littérature régionales, pays d’Amérique latine, entre autres, car cette liste n’est pas exhaustive). Aujourd’hui, toutefois, nous nous apercevons que l’utilisation du livre électronique s’étend à tous les domaines du savoir universitaire et qu’il convient par conséquent de n’en négliger aucun. Nous travaillons par ailleurs avec un diffuseur traditionnel de livres qui nous procure les ouvrages imprimés selon le système de l’office. À terme, notre objectif est d’adopter la même démarche pour les livres électroniques, autrement dit de recevoir dès leur parution les livres électroniques portant sur l’un ou l’autre des domaines couverts par notre bibliothèque, et de juger ensuite « sur pièces » s’il convient ou non de les intégrer à nos collections.

Web ou tablettes électroniques portables ?

L’université du Texas travaille également avec un autre fournisseur de livres électroniques, ITKnowledge 2, qui, via le Web, propose aux bibliothèques abonnées quelque cinq mille livres sur l’informatique et les technologies de l’information. Moyennant la cotisation annuelle que nous lui versons, ITKnowledge nous procure une collection constamment mise à jour de documents électroniques sur des outils spécialisés, tels que les langages HTML ou Java, les systèmes d’exploitation Linux, UNIX, ou encore Networking ou Microsoft Word. Ces manuels servent à tous les départements de l’université, et la demande à leur égard est si forte qu’il ne nous serait pas possible d’acheter suffisamment d’exemplaires imprimés pour y répondre. La possibilité de les consulter par l’intermédiaire d’un site Web (ces titres sont toujours accessibles, par tous, à tout moment) permet à la bibliothèque de réaliser des économies en n’achetant qu’un minimum d’ouvrages imprimés, dans ce domaine qui se développe à une rapidité telle que les publications deviennent obsolètes en moins de deux ans.

De manière générale, les bibliothèques universitaires américaines ne sont généralement pas intéressées par les livres électroniques que l’on lit à partir de tablettes électroniques. Les étudiants et le personnel enseignant ont en effet l’habitude de travailler sur le Web et préfèrent accéder à partir d’un seul poste à l’ensemble des ressources universitaires, qu’il s’agisse de revues électroniques, de bases de données ou de livres électroniques, d’autant qu’ils profitent, en outre, non seulement des avantages supplémentaires offerts par les liens hypertextes, mais aussi de la possibilité d’enregistrer, d’imprimer ou d’éditer des textes et de correspondre par courriel, autant de facilités qui font aujourd’hui couramment partie du travail de recherche.

Les bibliothèques publiques et leurs usagers, de leur côté, paraissent plus intéressés par les tablettes électroniques spécifiquement adaptées à la lecture du livre électronique, ou par les systèmes de lecture équipant les Palm Pilot et autres assistants numériques personnels. En ce qui concerne les premiers, les plus demandés sont aujourd’hui le Rocketbook 3 et le Softbook 4, tous deux fabriqués par Gemstar International. Quant au logiciel le mieux vendu pour lire des livres électroniques à partir du système Palm Pilot ou d’un assistant numérique personnel, il s’agit de PeanutPress 5, commercialisé par netLibrary.

L’atout des tablettes électroniques portables réside précisément dans leur format peu encombrant et dans leur simplicité d’utilisation, puisqu’il n’est pas nécessaire de se connecter au Web pour s’en servir. Aux États-Unis, plusieurs grandes chaînes de librairie vendent aujourd’hui des livres électroniques que l’on peut télécharger sur ces appareils, mais ce marché, encore très marginal, reste de l’ordre de la curiosité.

Autres modèles de livres électroniques

Plusieurs autres modèles de livres électroniques font actuellement leur apparition aux États-Unis. Mighty Words 6 est une entreprise du World Wide Web dotée d’un capital conséquent, qui propose à des écrivains de contourner complètement le circuit de l’édition traditionnelle en vendant directement leurs oeuvres au grand public. Les auteurs perçoivent 50 % du chiffre des ventes, tandis que les lecteurs reçoivent un fichier PDF codé, ne pouvant être ouvert que par un seul ordinateur.

Société nouvellement apparue sur l’Internet, Questia 7, dont le capital dépasse largement les cent millions de dollars, possède déjà plusieurs milliers de titres de livres électroniques. Créée à l’intention des étudiants et des lycéens, Questia publie des documents destinés à compléter leurs cours, ou à les aider à rédiger leurs dissertations. Pour avoir accès à ses services, il faut, en l’état actuel des choses, acquitter un droit d’abonnement et payer chaque fois que l’on veut consulter, copier ou imprimer des pages de livres électroniques. Questia est née de l’idée que les étudiants peuvent efficacement travailler à partir de quelques pages seulement d’un livre donné. Le découpage du texte que cette pratique autorise constitue un prolongement intéressant de la technologie du livre électronique. Quand cet article a été rédigé, ni Questia, ni une société du même ordre, ebrary 8 n’avaient encore commercialisé leurs activités, mais il en est beaucoup question depuis et toutes deux ont bénéficié de financements considérables. Ebrary, qui a constitué une base de données de cent trente mille volumes, projette d’autoriser la consultation gratuite page à page, mais de demander une contrepartie financière pour la copie et l’impression. Ces deux entreprises qui sont essentiellement des moteurs de recherche parient commercialement sur la moindre capacité d’attention des étudiants contemporains, et sur le fait qu’ils préféreront payer pour obtenir des informations ciblées plutôt que se donner le mal de lire des livres entiers.

Ibooks 9, qui, pour le moment, occupe le créneau de la vente d’ouvrages techniques aux particuliers et aux entreprises, a adopté une pratique différente en autorisant ses clients à lire un chapitre entier d’un livre avant de décider de son achat. Il existe aux États-Unis beaucoup d’autres sociétés spécialisées dans la vente du livre électronique ; elles se distinguent les unes des autres en fonction du public auquel elles s’adressent (particuliers, entreprises, bibliothèques), et de la conception de leurs produits, destinés à être utilisés soit sur le World Wide Web, soit sur une tablette électronique.

Les bibliothèques universitaires, on l’a vu, optent plutôt pour des livres électroniques en langage HTML, car, outre qu’il s’agit d’un standard ouvert, non déposé, ce format utilisé dans le monde entier permet un acheminement rapide et simple des données par Internet et peut facilement être fourni sur des tablettes électroniques.

La technologie du livre électronique dispose désormais d’un langage normalisé, l’Open E-books 10, fondé sur HTML, XML (Extensible Markup Language) et d’autres langages normalisés internationaux librement exploitables. Cette évolution devrait permettre la « compatibilité de lecture » des livres électroniques, autrement dit la possibilité de les lire sur n’importe quel appareil, ce qui n’est pour le moment pas le cas. Dans la mesure où plusieurs grandes compagnies internationales commencent depuis quelque temps à explorer ce marché, les fabricants ne sont pas pressés de se conformer à l’Open E-books ; ils continuent de commercialiser leur production sous des formats de marque déposée, tel le PDF (Portable Document Format), dont l’acheminement sur l’Internet est loin d’être aussi rapide et simple, et dont la transcription n’est pas universelle. L’émoi que suscite l’apparition du format compatible Open E-books n’est donc pas près de retomber.

Les débuts

Dès les premiers contacts entre l’université du Texas et netLibrary, nous avons été favorablement impressionnés par la technologie de cette société, ses stratégies commerciales et la souplesse des solutions qu’elle mettait en place pour créer un terrain d’entente entre bibliothèques et maisons d’édition. Elle occupait un créneau encore tout nouveau, puisqu’elle assurait d’une part la numérisation de titres disponibles sur papier et, d’autre part, la distribution sur le Web de livres électroniques, selon des modalités propres à apaiser les inquiétudes des éditeurs quant au respect du copyright, et celles des bibliothécaires quant à l’utilisation pratique de ces documents. NetLibrary se différenciait également des autres fournisseurs en ce sens que ces productions étaient uniquement destinées au secteur institutionnel. Délaissant le marché grand public, la société s’attachait à répondre aux besoins des bibliothèques.

Depuis plusieurs années déjà, la bibliothèque de l’université du Texas réalisait des index, des revues électroniques et des bases de données en texte intégral tous disponibles sur son site Web, mais ses utilisateurs n’avaient pas pour autant accès à une bibliothèque virtuelle. L’accord trouvé avec netLibrary permit de combler cette lacune. Qui dit bibliothèque virtuelle, ou numérique, dit livres numériques. Pour que les étudiants et le personnel enseignant de l’université puissent effectuer leurs recherches à domicile ou au bureau, il était indispensable qu’ils disposent, à côté des revues électroniques, de livres électroniques.

Toutefois, la démarche adoptée par netLibrary se distinguait surtout par les possibilités offertes aux bibliothèques de partager facilement des collections entières. Alors que le partage des ressources est depuis longtemps une préoccupation majeure de notre profession, les dispositions prises par netLibrary nous donnaient les moyens de le traduire pleinement dans les faits, et de plus elles dispensaient les utilisateurs de se rendre à la bibliothèque dans l’espoir que les titres qu’ils cherchaient étaient disponibles en rayon, puisqu’ils pouvaient lire et consulter les ouvrages de la bibliothèque sans se déplacer.

Pour nous, c’était une occasion rêvée de partager nos collections avec les universités auxquelles nous étions administrativement associés. Après concertation entre les quinze universités qui forment l’université du Texas, décision fut prise de tester les services de netLibrary avec un premier achat global de cinq cents titres. Cette première expérience réussie fut suivie de plusieurs autres commandes importantes. Dans la mesure où les livres de netLibrary sont accessibles à partir d’un site Web, l’université basée à Austin peut partager ses collections d’ouvrages avec n’importe laquelle des universités qui lui sont jumelées, par exemple celle d’El Paso, à mille kilomètres de distance. Le budget des acquisitions est dès lors mieux employé, puisqu’il devient possible d’acheter un plus grand nombre de titres proposés à un plus grand nombre d’étudiants.

Le modèle retenu par netLibrary diffère par ailleurs des autres ressources électroniques, parce qu’il autorise le recoupement des droits d’accès. Les accords de coopération entre bibliothèques sont assez fréquents, aux États-Unis, et un même établissement appartient souvent à plusieurs consortiums de bibliothèques. Ces derniers constituant de façon autonome leurs collections de livres électroniques, une même bibliothèque peut avoir accès à différentes collections numérisées, dont chacune est régie par une période de circulation, des autorisations et des interdictions spécifiques. L’université du Texas étant rattachée à plusieurs consortiums, nos étudiants ont accès à un choix de livres électroniques plus vaste que celui que nous sommes à même de leur offrir sur nos fonds propres. L’explication paraît sans doute passablement confuse, mais, pour l’heure, ces arrangements n’ont pas encore posé de problèmes particuliers.

L’expérience acquise

Au point où nous en sommes, nous savons que le modèle de livre électronique de netLibrary est effectivement prometteur et que ses potentialités éveillent la curiosité des utilisateurs de notre bibliothèque. Certes, l’écran de l’ordinateur ou tout autre système d’affichage n’a pas la résolution de l’impression sur papier et n’est donc pas aussi agréable à l’œil, mais l’expérience prouve que les étudiants et les chercheurs qui composent notre public sont tout disposés à lire en ligne des passages ou de courts chapitres de livres. Bien que l’on ne puisse encore affirmer avec certitude que, demain, personne n’hésitera à lire des livres électroniques entiers, de la première à la dernière ligne, certains signes indiquent que les comportements de lecture vont sans doute se modifier pour ce qui est des textes longs.

À en juger d’après notre pratique, l’édition universitaire du livre électronique aux États-Unis a de beaux jours devant elle. Si ce secteur, où les éditeurs spécialisés investissent massivement, est d’ores et déjà bénéficiaire, il est plus difficile de se prononcer sur le développement éventuel du livre électronique commercial. À court et moyen terme, en tout cas, l’université du Texas s’emploiera à compléter en parallèle ses collections d’imprimés et de livres électroniques, et il paraît assez probable que, d’année en année, ces derniers absorberont une part toujours plus importante du budget.