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Où va le livre?

sous la dir. de Jean-Yves Mollier. Paris : La Dispute, 2000. – 283 p.; 23 cm. ISBN 2-84303-037-4 : 130 F/19,81 euros.

par Anne Kupiec

Où va le livre? Pour répondre à cette question Jean-Yves Mollier et les auteurs qu'il a rassemblés ont justement choisi d'effectuer, d'abord, un état des lieux. Celui-ci se présente sous trois parties : l'économie du livre, les résistances et mutations de l'édition et les acteurs du livre.

État des lieux

La première partie, introduite par un article de Jean-Yves Mollier sur l'évolution du système éditorial français depuis L'Encyclopédie, permet de faire le point sur le mouvement de concentration de l'édition à travers l'analyse d'Havas Publications Édition et d'Hachette Livre (Ahmed Silem) et, en contrepoint, « sur la difficile indépendance des groupes moyens » (Élisabeth Parinet). Un dernier chapitre consacré aux difficultés de la librairie indépendante (Philippe Lane) discerne aussi, de manière stimulante, des atouts qui pourraient se révéler décisifs pour l'édition.

À partir d'approches variées, la seconde partie dégage un portrait riche et contrasté du monde du livre. La vente de livres par l'intermédiaire de clubs (Alban Cerisier) est étudiée à partir du lien particulier qui s'instaure entre le livre et son lecteur. La présentation de l'édition de jeunesse (Jean Perrot) et de l'édition provinciale (Jean-Yves Mollier) soulignent leurs aspects novateurs et originaux. À l'inverse, les chapitres consacrés à l'édition politique (Anne Simonin) et à la censure (Jean-Yves Mollier) sont marqués par la constance, celle de la « vitalité de l'édition politique sur la longue durée » et celle de la surveillance de l'édition par tous les censeurs « qu'ils soient d'essence politique, religieuse, économique, financière ou morale ».

Les acteurs du livre sont successivement examinés dans la dernière partie. Les lecteurs font évidemment l'objet de l'attention la plus étroite : le premier et le dernier chapitre leur sont consacrés. Plus nombreux, les lecteurs lisent, aujourd'hui, moins intensément (Christine Détrez), ce qui conduit Roger Chartier à considérer que la mort du lecteur est sans doute trop rapidement annoncée tandis qu'Antoine Compagnon se penche sur la place des auteurs. Le rôle des institutions fait l'objet d'un bilan précis, qu'il s'agisse des bibliothèques dont les publics s'accroissent (Christophe Pavlidès) ou de l'État (Yves Surel). Enfin, un index rassemble les éditeurs et les acteurs du livre, ceci est suffisamment rare dans les publications françaises pour le mentionner.

Perspectives multiples

Aborder ainsi un grand nombre des facettes du monde du livre offre des perspectives multiples qui redoublent l'intérêt de l'état des lieux initial. Il n'est pas sûr qu'au terme de la lecture, l'on puisse répondre, de manière simple, à la question posée par le titre. Bien au contraire, ce livre offre les éléments pour approfondir la réflexion et rendre la question plus complexe. C'est sans nul doute son intérêt principal. Par là même, apparaissent plus distinctement des dynamiques, des lignes de force, des possibilités, des capacités aussi, susceptibles, sinon de réorienter fondamentalement le paysage du livre, du moins de l'infléchir et de lui donner des formes peut-être aujourd'hui encore inattendues.

Ainsi, n'est-il pas bien difficile de prévoir le terme du mouvement de concentration qui s'est déjà engagé surtout si on le resitue dans le cadre européen et mondial. Quels seront les effets des compensations financières liées aujourd'hui au « photocopillage » et demain, sans doute, au prêt des ouvrages de bibliothèque? Comment, et avec quelles conséquences, la librairie va-t-elle conserver son rôle d'intermédiaire entre l'éditeur et le lecteur? La loi sur le prix unique du livre va-t-elle résister à la réglementation communautaire?

Les choix qui seront faits, les réponses qui seront données à ces questions et à d'autres encore, par l'ensemble des acteurs, seront tout aussi importants que les progrès du livre électronique pour dessiner le monde du livre de demain, et ce n'est pas le moindre mérite de ce livre-ci que de le démontrer.