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De l'équilibre des publics et des collections

La nouvelle bibliothèque centrale de Montpellier

Gilles Gudin de Vallerin

Afin de répondre aux nouveaux usages – diversification des publics et des supports, essor de la consultation sur place –, le conseil municipal de Montpellier a adopté en 1993 et 1995 un plan global de développement de la lecture, de l’image et du son, qui prévoit la construction de cinq médiathèques de quartier et d’une nouvelle bibliothèque centrale.

La ville de Montpellier, qui disposait en 1993 de huit bibliothèques de quartier d’une superficie moyenne de 141 m², propose aujourd’hui aux Montpelliérains deux médiathèques de secteur : Victor Hugo (1 000 m²) depuis 1995 et Jean-Jacques Rousseau (2 000 m²) depuis 1997. Les travaux de la troisième médiathèque – Garcia Lorca (1 240 m²) – ont commencé en novembre 1999. L’idée de regrouper les petites bibliothèques dans de grands équipements aux services diversifiés (enfants, adultes, image et son, laboratoires de langues et Internet) et aux collections plus nombreuses (autour de 45 000 documents) n’est pas sans rappeler le plan de modernisation et de restructuration préconisé à Paris par Ernest Coyecque dans les années 1920. Pour desservir les publics empêchés ou ne pouvant se déplacer dans ces nouveaux équipements, le service des deux bibliobus est également rénové, informatisé et ouvert aux nouveaux supports. Les équipements de quartier ne seront donc pas sacrifiés au profit d’une bibliothèque centrale prestigieuse.

Pour piloter le réseau des bibliothèques d’une ville de 225 000 habitants, il n’était plus pensable de conserver l’actuelle bibliothèque centrale dans des locaux inaugurés en 1844 et conçus selon le schéma des bibliothèques de l’Ancien Régime : un escalier monumental qui permet d'accéder à une salle de lecture pourvue de galeries. Afin de remédier en partie à cette insuffisance d’espace (3 000 m²), une médiathèque image et son de 2000 m², Fellini, a été ouverte dès janvier 1995.Elle préfigure une nouvelle bibliothèque centrale qui sera composée en l’an 2000 de deux bâtiments : Fellini et Antigone.

La bibliothèque municipale à vocation régionale

Le 26 octobre 1995, le conseil municipal a décidé de construire une bibliothèque municipale à vocation régionale (BMVR) de 15000 m² de Surface Hors OEuvre Nette (SHON) dans le quartier Antigone pour un coût de 250 millions de francs 1. Ce n’est pas un hasard si le député-maire de Montpellier a choisi d’édifier une bibliothèque municipale centrale sur le dernier terrain disponible dans ce quartier, situé à côté de la récente piscine olympique, fréquentée chaque jour par 2 000 personnes. Dès 1980, le quartier Antigone a été pensé comme la nouvelle frontière de la ville vers l’est, par l’intermédiaire d’un axe piétonnier destiné à unir le centre ancien l'Écusson au fleuve Lez et au quartier Richter. Le centre de Montpellier s’élargit désormais jusqu’à Antigone. En juillet 2000, quelques mois avant l’inauguration de la nouvelle bibliothèque, Antigone sera traversé par le tramway, dont le circuit relie La Paillade (nord-ouest) au complexe ludique et commercial d’Odysseum en cours de réalisation (sud-est) : une station desservira à la fois la piscine et la bibliothèque.

Le cabinet Art Budget Communication Développement (abcd), dirigé par Pierre Franqueville 2, a établi avec le personnel et les conservateurs de la bibliothèque le programme de cet équipement qui pourra accueillir simultanément 2300 personnes et offrir 1 600 places assises. Parallèlement à la mise à disposition de 160 000 documents en libre accès, la nouvelle bibliothèque centrale proposera des services spécialisés : initiation aux nouvelles technologies, espace pour les mal-voyants, documentation régionale, centre de ressources pour les écoles et la littérature de jeunesse, espace de recherche pour l’image en mouvement. Elle devrait devenir un équipement de première importance pour les communes de l’agglomération de Montpellier, du département de l’Hérault et de la région Languedoc-Roussillon.

Un programme très détaillé (cf tableau 1)

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Tableau 1 - Le programme de la BMVR de Montpellier

La ville a souhaité lancer un concours d’architecture à partir d’un programme très détaillé tant au niveau bibliothéconomique que technique. Disposant pour le projet d’un terrain rectangulaire d’une surface au sol de 3 500 mètres carrés 3 et conscient du caractère privilégié des services placés au rez-de-chaussée, le programme a indiqué la localisation précise des différents espaces par plateau. « Cette hypothèse de répartition des surfaces dans un bâtiment théorique » 4 devait offrir au public les plateaux les plus larges possibles, limiter à cinq le nombre de niveaux accessibles aux lecteurs, et faciliter l’exploitation du bâtiment. Cette implantation a été globalement respectée par l’architecte, à l’exception du secteur des mal-voyants et de la bibliothèque Sciences et loisirs, dont la localisation était initialement prévue au rez-de-chaussée. On souhaitait présenter de plain-pied un maximum de services, mais c’était sous-estimer la surface nécessaire aux circulations dans un grand établissement.

Le 23 juillet 1996, après une analyse détaillée de 84 projets d’architectes français et étrangers, le jury a désigné à l’unanimité comme lauréats Paul Chemetov et Borja Huidobro. Un des derniers édifices du quartier de Ricardo Bofill ne sera donc pas réalisé par le maître catalan. Plusieurs raisons ont dicté ce choix : traitement esthétique de l’entrée de ville, respect du programme, rapport qualité/coût, prise en compte des économies d’énergie, structure très fonctionnelle du bâtiment.

Au cours de l’audition du concours, Paul Chemetov a exprimé sa conception du projet d’une façon très sensible : « Une bibliothèque, c’est un lecteur – une lectrice – qui va choisir un livre sur un rayonnage et qui, pour le lire, s’approche de la lumière ». « C’est par ses mots, cette parabole, que Louis Kahn, le plus grand architecte classique du siècle, tentait d’expliquer ce qui était en jeu dans la construction de chaque bibliothèque. Évidemment, il évoquait un lecteur privilégié, rêvant à l’odeur de boiseries cirées de quelque université gagnée par le lierre, mais il y a dans toute lecture, ce rapport unique et personnel du livre et du lecteur, et la modification des supports – si elle nous frappe aujourd’hui – peut nous aider à comprendre que la révolution de Gutenberg fut aussi surprenante pour ses contemporains. Le cercle des lecteurs va encore s’élargir, la démocratie et la culture vont convoler en de nouvelles noces, mais un lecteur – une lectrice – vont aujourd’hui et encore demain s’approcher de la lumière, un document à la main ».

« Tel est le propos de notre projet : deux ensembles, un rayonnage de livres installé au sud vers le parvis, une lanterne vitrée ouverte au nord qui regroupe l’essentiel des salles de lecture. Entre les deux se développe la totalité des escaliers et ascenseurs publics, le mouvement de chaque lecteur du rayonnage à sa table de lecture, près de la lumière, est ainsi évoqué – métaphoriquement – par cet entre-deux de circulation qui, d’évidence, répond aux impératifs de clarté et de sécurité du programme » 5. En effet, cet équipement recouvert d’une toiture ombrière percée de puits de lumière se compose de trois parties : au nord, des salles de lecture d’une hauteur d’entresolement de six mètres dans leur enveloppe de verre; au centre, un atrium regroupant les escaliers et les ascenseurs ; au sud, treize magasins de conservation et les services internes d’une hauteur de trois mètres, protégés à l’extérieur par un parement en béton sablé et en marbre, mais éclairés naturellement par de petits fenestrons persiennés. Avec ce bâtiment, Chemetov souhaite réaliser « un monument, ce qui parle à tous ; une bibliothèque, un partage entre tous ». La bibliothèque symbolise bien ce « luxe social » cher à ce grand architecte de la ville.

Une synthèse subtile

Les travaux ont effectivement commencé en janvier 1998 et le bâtiment est hors d’eau et hors d’air depuis juin 1999. Dès cette date, ont été effectués les cloisonnements, la pose des sols et la peinture. Le nouvel équipement devrait être réceptionné en mars, et ouvert à l’automne 2000. En demandant à l’architecte de concevoir les banques, les tables, les rayonnages intégrés au bâtiment et de nous conseiller dans le choix du mobilier standard (chaises, bacs à disques compacts, rayonnages des magasins et des salles de lecture), il a été retenu un système mixte favorable à la fonctionnalité et au respect des enveloppes budgétaires tout en tenant compte du caractère architectural de l’ameublement. Pour la programmation du mobilier et la signalétique, Jacques Riva, du Cabinet SERQH, a joué un rôle d'interface dans nos négociations avec l'architecte 6.

Les architectes ont toujours oscillé entre un véritable culte de la pureté des formes et de la symétrie et la prise en compte des besoins exprimés par les professionnels. Cette dialectique s’est souvent traduite par une subtile synthèse, qui devrait favoriser une maturation du bâtiment et du projet culturel de cet équipement.

Départementalisation

La bibliothèque est fondée sur neuf grands principes : le dialogue entre la bibliothèque et la ville par une bonne intégration urbaine, la transparence et la lisibilité des espaces, l’organisation en départements thématiques avec la multiplication des banques d’accueil et d’information, le décloisonnement des espaces pour les adultes et pour les jeunes, le passage d’un secteur multimédia unique à plusieurs espaces multimédias répartis dans l’ensemble du bâtiment, la mise en place d’une bibliothèque du citoyen, la transformation du service du prêt aux écoles en centre de ressources pour les écoles et la littérature de jeunesse, le rapprochement de la bibliothèque patrimoniale et de la salle de lecture des Archives municipales, l’idée classique d’une nécessaire progressivité dans la spécialisation des zones documentaires depuis le forum de l’actualité jusqu’à la salle de consultation de la réserve précieuse.

Une rue intérieure

Dès la programmation, les élus ont souhaité qu’une rue intérieure traverse du nord au sud l’équipement pour rendre possible un double accès à la bibliothèque par le boulevard de l’Aéroport international et par l’axe piétonnier d’Antigone. Cette ouverture de la bibliothèque sur la ville sera amplifiée par l’existence au rez-de-chaussée d’un foyer de détente – un « Café des lettres » – tout à fait indépendant du grand hall d’accueil (420 m²).

À partir de ce passage, le lecteur pourra se rendre, toujours au rez-de-chaussée, à la salle d’exposition et de conférences, au service du prêt aux écoles, aux salles d’actualité et d’initiation aux nouvelles technologies, à l’espace centralisé d’inscription des lecteurs, de prêt et de retour des documents empruntés dans les départements thématiques. À partir des circulations verticales, il pourra identifier dans les niveaux supérieurs les différents services de la bibliothèque séparés de l’atrium par des cloisons en bois et en verre. Cheminant par les escaliers ou par les ascenseurs panoramiques ou depuis les passerelles de circulation, l’usager pourra contempler de l’autre côté les ouvrages conservés dans le secret des magasins, grâce à une grande rosace vitrée de douze mètres de diamètre. Cet oeil, symbole de la conscience, de la connaissance et de la mémoire, témoigne d’une forte volonté de partage et peut être rapproché de l’œil figurant dans L’Architecture de Claude Nicolas Ledoux 7 : un effet calculé en fonction du lieu où l’observateur sera placé pour le considérer. Dans le droit fil de Louis Kahn, la structure et l’essence du bâtiment de Paul Chemetov et Borja Huidobro sont révélées au public par « les qualités changeantes de la lumière » 8. Cette architecture devrait favoriser la lisibilité de la signalétique qui permettra aux lecteurs de se repérer aisément.

L’augmentation de la demande d’ouvrages documentaires a conduit au choix d’une organisation en départements thématiques, avec la présence de tous les types de documents, qui évite de cloisonner les publics et de proposer autant d’espaces que de nouveaux supports. Depuis la création de la Bibliothèque nationale de France, cet ordonnancement des collections est en cours de généralisation : Lyon, Limoges, La Rochelle…

Dans cette optique, la bibliothèque de Montpellier proposera un centre de ressources pour la littérature de jeunesse, un forum de l’actualité, une bibliothèque Musique et danse, une bibliothèque Sciences et loisirs, un département Histoire et société, un secteur Littératures et arts, un département Patrimoine et Occitanie, et enfin, un département Image en mouvement, à la médiathèque Fellini. Cette évolution est rendue informatiquement possible par la présence de caniveaux techniques dans l’ensemble du bâtiment. Pour promouvoir la diversité des collections de fiction et détourner le public de la lecture d’un genre littéraire exclusif, tous les romans (policiers, science-fiction, premiers romans) et contes, seront rangés dans un seul ordre alphabétique à l’intérieur des espaces pour enfants et pour adultes. Afin d’accéder directement à tous les documents concernant un pays, il est envisagé de classer ensemble les ouvrages d’histoire et de géographie.

Les banques d'accueil (cf tableau 2)

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Tableau 2 - Typologie des banques d’accueil et d’information de la BMVR de Montpellier

Les banques d’accueil et d’information sont amenées à jouer un plus grand rôle dans une offre thématique des collections que dans une organisation par public pour les livres (adultes, jeunesse) et par supports pour les autres documents (VHS, CD-Audio, cédérom, DVD).

Ces banques, au nombre de vingt et une, correspondent à cinq types d’usage :

– banque générale d’accueil et de première orientation documentaire;

– banque d’inscription des lecteurs, de prêt et de retour des documents;

– banque liée à la gestion de services spécifiques de consultation (laboratoires de langues, box équipés pour les malvoyants, cabines de travail du secteur musique, vidéos en consultation);

– banque de renseignement et de communication des documents patrimoniaux;

– banque d’information de secteur.

Martine Poulain explique avec pertinence que ces banques « constituent une stratégie fondamentale pour qui veut, non pas imposer le libre accès, mais le proposer et mettre en oeuvre dans le même temps des formes de soutien intellectuel et social à ceux qu’il peut intimider ou dérouter ou encore à ceux dont les besoins documentaires sont très ciblés » 9.

Le décloisonnement des publics

À une distinction traditionnelle entre une section pour enfants et une section pour adultes sera préférée une organisation des fonctions et des espaces tendant à réunir ces deux publics. Ce rapprochement permettra de lutter contre l’arbitraire de la distinction entre collections, d’entraîner très tôt les enfants dans une fréquentation de l’ensemble de la bibliothèque et de limiter ainsi la perte de lecteurs adolescents que l’on constate habituellement lors du passage de la section jeunesse à la section adultes.

Sur chaque plateau thématique (cf tableaux 3 et 4)

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Tableau 3 - Plateau « Histoire et société » de la BMVR de Montpellier

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Tableau 4 - Plateau « Littérature et arts » de la BMVR de Montpellier

, les documents pour la jeunesse, situés à l’est du bâtiment, seront voisins des documents pour les adultes localisés à l’ouest. Des espaces de rencontre entre les secteurs pour adultes et les secteurs pour enfants favoriseront les échanges autour de documents sélectionnés selon des thèmes temporaires et offerts à plat sur des meubles spécifiques du type librairie ; chauffeuses et tables basses seront adaptées aux deux publics. Pour accentuer ce rapprochement, les documents des disciplines accessibles indifféremment aux enfants et aux adultes (sciences, techniques, travaux manuels, jeux, loisirs, sports, informatique) seront mélangés sur les rayonnages dans la « bibliothèque Sciences et loisirs ».

En revanche, les lecteurs préscolarisés disposeront d’un espace avec des collections particulières et une ergonomie appropriée : il sera ouvert sur le secteur des albums pour la jeunesse. La bulle de « l’île aux contes » suspendue entre deux demi-plateaux dévolus aux enfants les accueillera le temps d’une histoire.

C’est la première application, dans un bâtiment de grande dimension, du décloisonnement des espaces pour les adultes et pour les enfants. Hélène Jacobsen souligne avec raison que « cette organisation est renforcée par une fonction prêt et retour centralisée, qui met sur un pied d’égalité tous les publics, tous les documents. Pas de hiérarchie, mais une attention égale quels que soient l’âge et le type de document emprunté » 10. Afin que le personnel soit disponible et puisse avoir le temps de répondre aux questions du public, aucun prêt ne sera effectué dans les salles thématiques. Dans le hall, un bureau de « relations avec le public » permettra de s’isoler pour mieux répondre aux interrogations des lecteurs. Cette séparation entre consultation et prêt rend possible la réception d’un grand nombre d’usagers et la qualité du service offert dans une optique résolument sociale et conviviale.

Les enquêtes menées dans le réseau des bibliothèques et des médiathèques de la ville ont démontré que les lecteurs attachent de l’importance à l’utilisation de la bibliothèque comme lieu d’étude. Au sein de la bibliothèque municipale à vocation régionale, de nombreux espaces de travail ont été prévus à tous les étages, y compris dans les départements où la totalité des collections est empruntable (de part et d’autre, des zones documentaires en libre accès).

Les nouvelles technologies

Cette volonté de décloisonnement des publics se traduit par la multiplication des espaces consacrés aux nouvelles technologies et par celle du nombre de postes évolués de consultation. Pour que le nouveau système soit opérationnel avant l’emménagement, il a été décidé d’étaler la réinformatisation sur trois ans : en 1998, la rédaction des cahiers des charges par le cabinet Van Dijk et le lancement des marchés ; en septembre 1999, l’installation du nouveau système de gestion de bibliothèque (Port-folio, de la société Best-Seller) et de 150 micro-ordinateurs ; en l’an 2000, la mise en place de la gestion multimédia par le groupe de l’Entreprise Industrielle.

À l’ouverture de la BMVR, l’équipement informatique du réseau comprendra 300 micro-ordinateurs. Les fichiers papier non rétroconvertis en 1996 pour le Catalogue collectif de France (200 000 notices) sont en cours de traitement par la société Jouve : le catalogue informatique de l’ensemble de nos collections comprendra, à la fin 2000, plus de 450000 notices. Le nouveau système d’information permet d’interroger en une seule requête des catalogues de plusieurs bibliothèques par le protocole Z39.50 et de consulter en réseau des cédéroms, des documents numériques (ouvrages de la collection « Bibliothèque virtuelle du Languedoc », 2500 dessins d’Amelin représentant Montpellier et l’Hérault dans la première moitié du XIXe siècle, articles de presse consacrés au Languedoc), des vidéos numériques (images d’archives sur Montpellier dans les années 1980). À l’aide d’un serveur de vidéos numériques et grâce à la fibre optique installée sous l’axe d’Antigone, il sera possible de visionner des images en mouvement entre les deux bâtiments de la BMVR (Antigone et Fellini). Au fur et à mesure de la pose de fibre optique dans le cadre de l’implantation des lignes de tramway, ce service sera étendu aux médiathèques de quartier.

Avec la création de la BMVR, nous passons d’une offre limitée aujourd’hui à un secteur multimédia spécifique – la logithèque de la médiathèque Fellini – à un dispositif proposant six espaces multimédias répartis à l’intérieur des différents espaces de la bibliothèque : forum de l’actualité, salle d’initiation aux nouvelles technologies, secteur destiné aux malvoyants, laboratoires de langues, espace multimédia pour la jeunesse, consultation de vidéo numérique à la médiathèque Fellini. Dans chaque salle publique, l’usager pourra interroger le catalogue. Le choix retenu est d’intégrer la consultation sur écran dans les différents lieux, en spécialisant néanmoins plusieurs espaces et certains postes.

Ce nouvel équipement va favoriser l’émergence d’une bibliothèque du citoyen en transformant l’actuelle salle de presse (150 m² ) en un forum de l’actualité (594 m² ). Le forum de l’actualité constitue donc une zone d’information rapide et d’initiation à la bibliothèque. On y consultera toute documentation sur la vie quotidienne et l’emploi, les derniers numéros des revues, des ouvrages usuels, des cédéroms, Internet, selon une présentation reprenant les thèmes des différents départements dans lesquels on trouvera les périodiques en prêt 11. Largement accessible dès l’entrée dans la bibliothèque, le forum bénéficie d’une implantation en vitrine à l’angle nord-est sur le carrefour du boulevard de l’Aéroport international. Suite à un sondage, il a été tenu compte des usages des Montpelliérains : 60 % des lecteurs de la salle d’actualité choisissent de lire sur place exclusivement, et 8,4 % viennent uniquement pour emprunter ; les demandes de renseignements sur les métiers et la vie pratique sont également nombreuses, puisque 22 % des usagers sont des demandeurs d’emploi.

La bibliothèque de prêt aux écoles

Créée en 1982, la bibliothèque de prêt aux écoles sera implantée au rez-de-chaussée du bâtiment sur 566 m², afin de faciliter l’accès des véhicules dans les cas de prêt de plusieurs centaines d’ouvrages. Proposant 43000 documents sur des rayonnages d’une hauteur de 1,50 m ainsi que 44 places assises, ce service devrait devenir une BCD (bibliothèque centre documentaire) modèle et participer à l’accueil général des classes. Le prêt de cédéroms et l’initiation aux nouvelles technologies feront également partie de ses nouvelles missions. Sa fonction de centre de ressources est renforcée par la mise à disposition d’ouvrages sur la petite enfance à l’intention des crèches et des parents ainsi que de documents sur la littérature de jeunesse pour les personnels enseignants ou les professionnels en formation.

Par souci de clarté, les collections auront désormais deux statuts (patrimonial ou de lecture publique) et, par conséquent, 23000 ouvrages de l’ancienne bibliothèque d'étude seront prêtés à domicile. Pour restituer des espaces de consultation aux érudits ainsi qu’aux chercheurs amateurs et professionnels, les salles du patrimoine (46 places assises) et de documentation régionale (118 places assises) seront accessibles après contrôle de l’objet de la recherche. Dans l’esprit des bibliothèques d’autrefois, les salles patrimoniales seront aménagées avec du parquet en bambou, des tables et des rayonnages en bois à éclairage intégré. La transparence des grandes salles de lecture de la façade nord du bâtiment « sera ponctuée en partie supérieure par quatre volumes en albâtre, qui abriteront derrière leurs parois translucides les bibliothèques de recherche et de fonds patrimoniaux… lieux studieux, ambiances calmes et protégées, offrant ainsi aux chercheurs, la concentration nécessaire à leurs travaux » 12. La réunion dans le même bâtiment des Archives municipales et de la BMVR permettra une synergie entre les publics du patrimoine écrit.

Au début du XXe siècle, les promoteurs du libre accès et de la lecture publique comme Eugène Morel se référaient d’une façon positive aux « grands magasins », tandis qu’en cette fin de siècle, certains professionnels ont peur de voir les médiathèques se transformer en centres commerciaux. Les supermarchés fréquentés par la majorité des Français méritent-ils autant d’opprobre ? Sans vouloir nier les difficultés de fonctionnement et les problèmes de sécurité inhérents à tout lieu public, comparer une médiathèque à un supermarché, n’est-ce pas reconnaître son intégration à la vie quotidienne et son succès ? D’ailleurs, les Montpelliérains manifestent déjà pour elle un réel engouement, puisque 68 % des personnes interrogées en novembre 1999 par la SOFRES déclarent être très favorables (36 %) ou assez favorables (32 %) à la construction d’une grande bibliothèque municipale.

Par le rapprochement des collections destinées aux adultes et aux enfants et par le maintien d’une relative spécialisation spatiale, le projet montpelliérain veut concilier à la fois un accueil de qualité et le prêt en masse tout en respectant les besoins spécifiques de certains publics (petite enfance, chercheurs) et les fonctions de conservation d’une bibliothèque régionale. Aussi évite-t-il de séparer totalement les collections et les publics de recherche et de lecture publique, puisqu’assurer l’unité de la bibliothèque par une mise en espace adaptée est possible. L’idée serait « sans doute ingénue » 13 de penser qu’un simple décloisonnement spatial pourrait permettre de surmonter les discriminations sociales, s’il ne s’accompagnait pas de mesures de médiation : guide du lecteur, signalétique, organisation de formation pour les usagers, simplification des classifications (Dewey réduite à 700 indices d’autorité), catalogue informatique sous forme graphique 14, personnel qualifié disponible à une vingtaine de banques d’accueil réparties sur l’ensemble du bâtiment. Pour permettre à tous les usagers de s’approprier la bibliothèque, ses espaces ne sont pas homogènes, mais ils sont pensés dans le cadre d’un projet culturel et éducatif global. Aux différentes étapes du cycle de la vie, l’usager peut donc utiliser successivement ou conjointement les secteurs très diversifiés de la bibliothèque dans un cadre individuel, familial ou collectif. Cette recherche de l’équilibre des publics et des collections constitue un enjeu majeur de la démocratie.

  1.  (retour)↑  Le budget réactualisé en francs 2000 devrait atteindre 260 millions de francs. Il comprend l’ensemble des dépenses : le coût du terrain, la construction, l’équipement et le mobilier, l’achat des collections, la nouvelle informatisation de l’ensemble du réseau, les frais de communication. Cette bibliothèque a bénéficié d’un financement croisé : 60 millions de francs par l’État (programme BMVR), 31 millions de francs par le département de l’Hérault (suite à une convention), 30 millions de francs par le district et 139 millions de francs par la ville de Montpellier.
  2.  (retour)↑  Cf. la participation de Pierre Franqueville à l’ouvrage collectif : Bibliothèques dans la cité, sous la direction de Gérald Grunberg, Paris, Le Moniteur, 1996. Cf. également son article : « Contre la bibliothèque idéale », BBF, t. 41, 1996, n° 5, p. 36-45. Cf. enfin « Les nouveaux outils de l’urbanisme au service de la bibliothéconomie prospective », dans ce numéro, p. 97-104.
  3.  (retour)↑  À titre de comparaison, les surfaces de terrain au sol de médiathèques centrales sont les suivantes : 1 800 m² pour Chambéry, 2 148 m² pour Toulouse (Marengo), 2500 m² pour Nîmes, 2646 m² pour La Rochelle, 2 800 m² pour Bordeaux, 3500 m² pour Saint–Étienne, 5 200 m² pour Limoges.
  4.  (retour)↑  Programme de la BMVR de Montpellier, 29 avril 1996.
  5.  (retour)↑  Dossier de présentation à la presse et aux Montpelliérains du projet de BMVR de Montpellier, 8 novembre 1996 : exposé de la conception architecturale par Paul Chemetov et Borja Huidobro : « Une nouvelle bibliothèque dans la continuité de l’histoire urbaine », p. 32-37. Par ailleurs, on peut lire de Paul Chemetov : Le Territoire de l’architecte, Paris, Julliard, 1993 ; 20000 mots pour la ville, Paris, Flammarion, 1996.
  6.  (retour)↑  Cf. l’article de Jacques et François Riva « La mise en vie des espaces de bibliothèques », dans ce numéro p. 70-77.
  7.  (retour)↑  Claude Nicolas Ledoux, L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, 1804. L’œil de Ledoux réfléchit dans sa pupille la salle circulaire de Besançon et sa colonnade.
  8.  (retour)↑  Caroline Maniaque; Daniel Naegele, « Louis Kahn, l’espace réfléchi », L’Architecture d’aujourd’hui, n° 279, février 1992, p. 24.
  9.  (retour)↑  Martine Poulain, « Les Publics des bibliothèques », Lire en France aujourd’hui, sous la dir. de Martine Poulain, Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 1993 (Bibliothèques), p. 241.
  10.  (retour)↑  Hélène Jacobsen, « Section des jeunes et section des adultes : faut–il décloisonner ? », BBF, t. 44, 1999, n° 3, p. 77.
  11.  (retour)↑  Gilles Gudin de Vallerin, « D’une salle de presse à un forum de l’actualité », Actualité, informations, services de référence en bibliothèques, journée Profession Bibliothécaire organisée par l’IUT de Bordeaux III, le 7 avril 1998, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2000 (Lecteurs, bibliothèques, usages nouveaux; 5), p. 65-83.
  12.  (retour)↑  Dossier de présentation à la presse et aux Montpelliérains, op. cit., p. 34.
  13.  (retour)↑  Anne-Marie Bertrand et Anne Kupiec, Ouvrages et volumes : architecture et bibliothèques, Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 1997 (Bibliothèques), p. 13.
  14.  (retour)↑  Le catalogue informatique sous forme graphique est présenté avec l'interface conviviale du Web et interrogé à partir de micro-ordinateurs. Dans le cas contraire, le catalogue est sous la forme texte des terminaux passifs.