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Lectures. N° 104 à 110 (année 1999).

Bruxelles : Centre de lecture publique de la Communauté française de Belgique. issn 0251-7388. Abt annuel (6 numéros) : 1200 FB/29,75 euros. Étranger : 1400 FB/34,71 euros. Prix au numéro : 250 FB/6,20 euros.

par Bernard Grelle

Il y a bien longtemps, alors que nous étions à l'ENSB (École nationale supérieure des bibliothécaires), nous avions entrepris de faire la critique des revues bibliothéconomiques de l'époque. Était-ce un travail imposé ou un choix de notre part, cela m'est sorti de l'esprit.

Si je me souviens bien, nous avions été assez tendres pour Lecture publique, dirigé par Michel Bouvy, intéressés par le Bulletin d'informations de l'ABF, et très sévères pour le Bulletin des bibliothèques de France, alors rassemblement plus ou moins hétéroclite de deux ou trois articles par numéro, qui n'occupaient qu'un quart environ de la surface rédactionnelle, de chroniques et d'une envahissante partie bibliographique. Nous pensions la revue totalement déconnectée des réalités de la lecture publique, et appelions de nos vœux une « vraie » revue pour les bibliothécaires. Sans savoir que nos vœux seraient exaucés. Nous avons eu depuis tout notre content, et même plus, de dossiers roboratifs, dans cette même revue, merci!

Une lecture stimulante

Aussi, qu'il est reposant de lire Lectures, le bimestriel du Centre de lecture publique de la Communauté française de Belgique! D'abord, parce qu'on a envie de le par courir : les matières traitées sont si diverses qu'il y a toujours un article ou un autre qui vous accrochent. Ensuite, parce qu'on a – presque toujours – l'impression de comprendre, soit dit sans vouloir offenser nos amis belges : qu'y a t-il de mal à se faire entendre ?

Lectures (soulignons bien le « s ») est née en 1981 de la fusion du Fichier bibliographique du Service des bibliothèques du ministère de la Culture française, des Notices bibliographiques publiées par la province de Liège, de celles que la province de Hainaut insérait dans la revue de l'IPEL (Institut provincial pour l'éducation et les loisirs), et des recensions que l'Association nationale des bibliothécaires d'expression française proposait à ses membres dans sa revue. Peu à peu, la revue s'enrichit de chroniques, des illustrations apparaissent. Le regretté André Canonne lui donne une impulsion nouvelle. La revue, qui vient de publier sa 110e livraison, prend sa forme actuelle entre les numéros 65 et 70.

On y trouve désormais une partie rédactionnelle, un dossier et une partie Recensions et actualité de l'édition. Cette troisième partie, qui occupe jusqu'à la moitié de la revue, se décompose elle-même en deux : « Mise en poche » est une liste d'ouvrages parus dans les collections de poche; « Recensions » est une série de notices commentées; à l'origine de la revue, on n'y analysait que des œuvres belges. Ce n'est plus le cas.

Les dossiers ont des topiques variés. À titre d'exemple : « Petite croisière dans les littératures d'évasion » (n° 110), « Bibliothèques virtuelles, état des lieux » (n° 104), « La danse moderne » (n° 106), « L'Internet déjà dans les bibliothèques » (n° 107), « Bibliothèques d'écoles » (n° 108).

Enfin, comme toute revue, Lectures est construite autour de rubriques qui se retrouvent d'une livraison à l'autre. Tout d'abord, l'éditorial, parfois signé de la directrice générale de la culture de la Communauté française (entité qui rassemble la Wallonie et Bruxelles), Martine Lahaye, qui, de toute façon, en assure la direction générale.

La rubrique Langue française

Une rubrique trahit bien le fait que nous sommes en Belgique : « Langue française ». Les francophones doivent s'affirmer face aux néerlandophones – prière de ne pas sourire et de se remémorer les récentes polémiques autour de la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires dans notre pays. « Les actions du Conseil supérieur de la langue française en 1997 » (n° 104), « La langue française en fête » (n° 106 et 107), « Une banque de données terminologique sur Internet » (n° 108) : voici quelques titres récents de ladite rubrique.

Dans le n° 110, on examine « Les Belges et la norme ». Le français de Belgique est-il correct, malgré les belgicismes, s'interroge-t-on ? La réponse est « oui », la volonté de parler français comme on suppose que les Français le parlent ne trahissant qu'une volonté d'ascension sociale. « Autour de la BD », nous rappelle une fois encore que nous sommes en Belgique, et que nos voisins ont su détrôner les Américains et imposer la ligne claire en matière de fiction narrative dessinée.

D'autres rubriques reviennent très régulièrement : « Les enfants d'abord », « Ludothèque », « Multimédia : la lecture, un plaisir d'avenir », « Compagnons d'aventure », « Portrait d'auteur » ou « d'éditeur ». On aura compris que « Les enfants d'abord » (parfois complétée par : « Et les adolescents aussi ») traite de littérature de jeunesse; que « Ludothèque » passe au crible de la critique des jeux pour enfants, qui n'ont rien à voir avec la lecture. « Les enfants d'abord », rubrique voulue par André Canonne, pourrait peut-être servir de mot d'ordre à la revue.

« Portrait d'auteur » ou « d'éditeur » se passe de commentaires, mis à part le fait qu'il s'agit toujours d'auteurs belges. Les sujets de « Lire et écrire » sont plus divers : « Les collections d'alphabétisation à la bibliothèque principale de Bruxelles » (n° 106), « Des animations pour découvrir les livres et le plaisir de la lecture » (n° 107), « Alphabétisation-Francophonie-Pays industrialisés » (n° 110). La rubrique « Multimédia » porte un sous-titre résolument optimiste : « la lecture, un plaisir d'avenir ». On y analyse des cédéroms documentaires pour les grands et les petits, sans faire la fine bouche si le jeu se mêle aux documents. « Compagnons d'aventures » analyse des livres de science-fiction, d'aventures, de littérature fantastique, ou des policiers. Mais on dépasse là le cadre de la recension pour atteindre le feuilleton littéraire.

Enfin, les rubriques habituelles, mais pas indispensables, puisqu'elles ne figurent pas dans chaque livraison : la « Bibliothèque du bibliothécaire », la « Formation du bibliothécaire » et les « Faits et gestes », chroniques du monde des bibliothèques en Belgique, complètent la revue. Revue qui ne s'adresse pas, on l'aura compris, aux licenciés en ingénierie documentaire ni aux spécialistes de la documentation informatisée (quoique, justement…), mais à des bibliothécaires de lecture publique à l'ancienne, curieux de tout, y compris de modernité, qui ont la chance de toucher à tout et d'exercer les différentes facettes de leur métier, et qui ont la chance plus grande encore, de rencontrer des lecteurs et des livres…

Bien sûr, il faudra passer sur quelques expressions exotiques – ah! le charme « des subsides attribués par les pouvoirs organisateurs ». Mais on découvrira une organisation des bibliothèques fort différentes de la nôtre 1, présentant quelques similitudes avec la bibliothèque de secteur défendue par Médiathèques publiques, avec des contraintes fortes (obligations de respecter des quotas d'achat par catégories d'ouvrages) et puis, où trouver des nouvelles d'Otlet et Lafontaine, les inventeurs de la CDU (classification décimale universelle), de leur projet fou de rassembler en un lieu l'ensemble des connaissances, du Mundaneum 2, et de leur rêve si sympathique d'apporter la paix au monde par la bibliographie ?

  1.  (retour)↑  Notre collègue Karine Rémery, du Centre de lecture publique de Mouscron (Belgique), présente cette organisation dans la deuxième livraison d'Eulélie, revue publiée par l'Association régionale des directeurs de bibliothèques du Nord (à paraître).
  2.  (retour)↑  Le Mundaneum vient de rouvrir à Mons (76 rue de Nimy, 7000 Mons, tél. 00 32 65 31 53 43, cédérom disponible).