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Illettrisme

de l'enjeu social à l'enjeu citoyen

Document coord. par Christiane El Hayek. Paris : Groupe permanent de lutte contre l'illettrisme, 1998. 298 p. ; 24 cm. (En toutes lettres). ISBN 2-11-004072-6. ISSN 1249-5190. 125 F

par Laurence Boitard

La quarantaine de contributions rassemblées dans cet ouvrage a pour fil conducteur le positionnement de la question de la lutte contre l'illettrisme en terme d'enjeu. La réflexion s'appuie en partie sur les échanges développés en atelier lors de l'université d'été 1996 organisée conjointement par le Groupe permanent de lutte contre l'illettrisme (GPLI), l'université Lumière Lyon 2 et le Centre INFFO 1.

Si, depuis le rapport de 1984 et la création du GPLI, l'évaluation quantitative de l'illettrisme et sa prise en compte par les pouvoirs publics et les acteurs concernés ont nettement évolué, la mosaïque apparaît suffisamment complexe pour susciter une réflexion multiple sur l'appréhension du problème, les publics, les formations et les objectifs des actions engagées.

Les quatre premières parties insistent sur la cohérence des partenariats, le rôle et les limites de chacun, dans une période où l'on ne peut que constater la stagnation des moyens mis en uvre, voire leur régression de façon inversement proportionnelle à la montée de l'exclusion. La question du bénévolat dans ce contexte économique apparaît à plusieurs reprises. Les deux derniers chapitres abordent différentes approches scientifiques et pédagogiques. Toutes les interventions s'entendent sur la nécessité de mettre la cité au premier plan, que ce soit dans la révision des référentiels, l'approche psychanalytique du problème, les formations à mettre en oeuvre ou la problématique de l'insertion.

Cohérence des approches et conjugaison des partenaires

C'est bien d'un enjeu collectif qu'il s'agit : la reconnaissance de la citoyenneté des personnes en situation d'illettrisme et la nécessité d'élaborer un projet global garantissent la démocratie. Ce n'est que dans cette perspective que doivent être élaborés les différents programmes locaux présentés à titre d'exemples : Moselle, Haute-Normandie, Corse, Saône-et-Loire ou Strasbourg.

La définition du rôle des biblio-thèques est particulièrement intéressante. L'importance de la fréquentation de ces établissements dans la vie de nombreux adolescents pour leur insertion future ne doit pas cacher que seule l'ouverture de la société permet à chacun de s'y faire une place. Ceci apparaît très nettement dans le « portrait de deux familles tsiganes », « quand l'attitude du monde sédentaire donne rendez-vous à l'illettrisme ».

Le sens de l'écriture, que son approche soit collective ou individuelle, dans cette ouverture à la citoyenneté, apparaît nettement dans les différents témoignages : celui de l'atelier la « Souris verte », où brassage des générations, mobilité, durée et plaisir sont les maîtres mots de l'apprentissage, comme celui de l'écriture collective d'un roman. La connaissance de certaines règles de déontologie par les animateurs d'ateliers reste la condition nécessaire de la réussite de ceux-ci et passe fonda-mentalement par le respect du public.

Outils d'évaluation des savoirs et pédagogies

La diversité des publics a induit celle des outils d'évaluation de leurs difficultés et de l'élaboration de modèles pédagogiques. Des guides de repérage au « référentiel des savoirs de base », c'est la connaissance de chacun et du degré de ses difficultés qui prime. L'implication de la Fédération nationale des orthophonistes a largement contribué à l'individualisation des personnes en difficulté et les référentiels mis en place ne sont là que comme outils d'aide aux décideurs, aux formateurs et aux apprenants. L'historique de la formation de base des adultes illustre parfaitement le lien entre modèles scientifiques, « technicistes » ou « communautaires », et action pratique. Ce lien marque les différentes évolutions de celle-ci et rappelle que ce qui peut sembler novateur a parfois déjà été préconisé.

Les pratiques pédagogiques présentées marquent la diversité des approches et des théories : cadre référentiel strict ou voie « naturelle », présence des participants formateurs et apprenants, cours par correspondance, travail autour des sciences ou recours à l'imaginaire.

L'association Lire pour comprendre pose des questions fondamentales : « Apprendre, pour quoi faire ? Transformation ou conformation ? ». Elles dépassent le champ de la connaissance scientifique et montrent l'enjeu de l'accès au savoir : celui du chemin vers l'autonomie, seul moyen pour chacun de jouer pleinement son rôle de citoyen.

  1.  (retour)↑  Centre pour le développement de l'information sur la formation permanente, situé à Paris-La Défense.