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Le Comité français IFLA

bilan de deux années d'activité

Aline Girard-Billon

Le Comité français IFLA (CFI) est une association régie par la loi de 1901, dont les statuts ont été déposés en juillet 1996. Dans sa forme associative, il a succédé à un groupe informel rassemblant des personnes intéressées par les activités de l’IFLA, dont l’animation était assurée par Marcelle Beaudiquez, membre pendant plusieurs années du bureau exécutif de cette dernière.

La nouvelle association est constituée d’adhérents à titre collectif (associations et institutions) et à titre individuel. Son conseil d’administration est composé de membres de droit et de membres élus. Parmi les membres de droit, on compte les huit associations professionnelles nationales 1, ainsi que le(s) Français élu(s) au Bureau exécutif de l’IFLA et les présidents français des sections en cours de mandat. Les membres élus sont, d’une part, cinq institutions élues parmi les institutions françaises adhérant à l’IFLA 2, d’autre part, deux membres élus à titre personnel.

Des représentants de la Direction du livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la Communication et de la Sous-direction des bibliothèques et de la documentation du ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, sont conviés à chaque réunion du conseil à titre d’observateurs. Un bureau de quatre membres a été élu au sein du conseil 3.

Le changement de statut du CFI s’est assorti d’une extension de ses moyens. Une convention le lie au ministère de la Culture, qui lui alloue une subvention annuelle. Parallèlement, la sous-direction des bibliothèques et de la documentation lui attribue une dotation. Les ressources octroyées par les tutelles sont complétées par les cotisations et le mécénat.

Des objectifs clairs

La création du CFI a obligé à une réflexion approfondie sur la place et le rôle que les professionnels français étaient susceptibles de tenir dans le cadre de l’IFLA, et, partant, à la définition d’objectifs clairs pour la nouvelle association.

Il est vite apparu que la profession pouvait tirer de larges bénéfices d’un renforcement de la présence française au sein de la Fédération (reconnaissance de l’expertise française, image d’une communauté professionnelle nationale impliquée dans les débats scientifiques internationaux, participation aux programmes de coopération, développement des contacts associatifs et institutionnels) et qu’un certain nombre d’actions en faveur de la francophonie devaient y être menées, signifiantes dans un environnement très majoritairement anglo-saxon 4.

Les objectifs du CFI s’articulent donc autour de ces deux axes majeurs et se déclinent de plusieurs manières :

– mieux informer les bibliothécaires et les spécialistes français et francophones de la documentation sur les missions et les objectifs de l’IFLA et organiser la diffusion des travaux scientifiques qu’elle produit ; accroître la présence française dans toutes les instances de la Fédération (conseil, divisions, sections, tables rondes) et développer la participation des associations professionnelles nationales, des institutions et des individus à ses travaux (communications, publications, programmes fondamentaux) ; améliorer les conditions de participation des professionnels français et francophones à la conférence annuelle de l’IFLA ;

– encourager les actions relatives à l’utilisation de la langue française au sein de l’IFLA, en développant les traductions et la coopération entre les associations professionnelles et les écoles de bibliothéconomie francophones ; soutenir la participation des associations professionnelles, des institutions et des bibliothécaires des pays francophones aux travaux de l’IFLA.

Le CFI a également pour mission de représenter la communauté professionnelle française dans toute relation avec le Secrétariat général de l’IFLA et les comités nationaux d’organisation des conférences annuelles. L’existence d’un comité national, interlocuteur unique des instances dirigeantes de la Fédération, témoigne, au regard de nos partenaires étrangers, d’une action cohérente et concertée dans le cadre de l’IFLA.

Des actions ciblées

Depuis 1997, première année de plein exercice, le CFI a engagé diverses actions, en lien direct avec les missions de l’association. Les années d’élection (un an sur deux), il organise la représentation française au sein des comités permanents des sections de l’IFLA, lieux de travail de base dans lesquels la présence française doit s’accroître si l’on veut atteindre tout objectif ultérieur. Depuis le congrès de Copenhague en 1997, les Français sont présents dans la plupart des sections de la Fédération. L’objectif est, à terme et en accord avec les professionnels des autres pays de langue française, d’accroître la représentation francophone en soutenant, à l’avenir, l’élection de deux candidats, l’un français, l’autre francophone, dans les comités permanents 5. Il encourage également la prise de responsabilité dans ces mêmes comités (présidence, secrétariat).

Le CFI accorde un soutien financier aux associations professionnelles francophones pour leur adhésion à l’IFLA 6 et attribue des bourses, afin d’accroître la participation des professionnels des pays francophones aux conférences annuelles. Six bourses ont été allouées en 1997 à des bibliothécaires africains (Sénégal, Burkina Faso, Cameroun, Bénin), haïtien et vietnamien pour suivre les travaux de la conférence de Copenhague. En 1998, à Amsterdam, onze bourses ont pu être attribuées (Sénégal, Mauritanie, Bénin, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Algérie, Haïti). Pour la conférence de Bangkok en 1999, l’effort concernera plus particulièrement les collègues francophones des pays d’Asie du Sud-Est, en particulier du Vietnam.

Pour faciliter l’intégration des professionnels francophones aux travaux et conférences annuelles – et garantir une meilleure visibilité de la langue française –, le CFI organise la traduction en français des documents produits par l’IFLA (règlement, statuts, programme à moyen terme) et, partiellement, celle des communications présentées dans le cadre des conférences. Dans cet esprit, une des actions les plus marquantes et appréciées du CFI est d’assurer depuis 1997 l’édition d’une version française de l’IFLA Express, brochure d’information sur l’organisation de la conférence annuelle 7. La traduction en français et la publication de cette brochure ont été rendues possibles grâce à l’aide de l’enssib (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) qui a délégué, ces deux dernières années, sur les lieux de conférence, deux collègues parlant parfaitement anglais chargés de la traduction et tout le matériel nécessaire à l’édition de la brochure 8.

L’Association s’attache également à améliorer les conditions de participation des bibliothécaires français et francophones aux conférences annuelles de l’IFLA. Par deux réunions proposées pendant la semaine de conférence (caucus 9 français, accueil spécifique des nouveaux participants francophones), le CFI espère favoriser une bonne compréhension du fonctionnement de l’IFLA et une diffusion plus efficace de l’information.

Il importait enfin que la majeure partie des actions menées en faveur de la francophonie fût une œuvre collégiale. C’est la raison pour laquelle le CFI a sollicité la coopération d’associations professionnelles et d’écoles de bibliothéconomie étrangères 10. Un travail collectif a pu voir le jour (traductions et publication de l’IFLA Express). Cette coopération tente de s’organiser un peu mieux chaque année : pendant la conférence annuelle, une réunion des associations professionnelles francophones permet d’approfondir les contacts.

Des perspectives élargies

Les perspectives du Comité français IFLA s’organisent autour d’un double dessein : renforcer les actions entreprises depuis deux ans et initier de nouveaux projets.

Comme cela a déjà été signalé, la prise en compte des intérêts des francophones passe obligatoirement par une défense du multilinguisme à l’IFLA. Aucune revendication nationale n’est entendue par le Secrétariat général de la Fédération en dehors de ce cadre. Dans cet esprit, le CFI compte s’engager sur deux points : demander une extension de l’offre de traduction simultanée sur les sites des conférences et prendre des contacts avec les autres groupes linguistiques reconnus par l’IFLA pour que certaines actions soient collectives. Les hispanophones semblent prêts à se constituer en une structure similaire à celle du CFI 11. Si un comité hispanophone voit le jour, la portée des revendications, partagées par un partenaire agissant dans le même esprit, s’en trouvera considérablement renforcée.

Après deux ans d’expérimentation dans le domaine, il est apparu par ailleurs que la question des traductions des documents produits par l’IFLA devait être abordée de manière plus réaliste. Seule la traduction des textes statutaires ou permanents peut être planifiée. La traduction de tous les autres documents, écrits dans les diverses langues de travail de l’IFLA vers le français, doit se faire dans le respect d’un calendrier très contraignant et en intégrant des procédures de transfert des données complexes. Chaque année, l’urgence concerne particulièrement la traduction des communications présentées à la conférence annuelle 12, et les résultats obtenus aujourd’hui au prix de grands efforts ne peuvent satisfaire. Il est évident que l’action entreprise par le CFI ne pourra plus à l’avenir reposer sur la seule contribution de bénévoles trop sollicités. La recherche de partenariats s’impose, voire le recours à des traducteurs professionnels.

Le projet le plus immédiat est la création d’un site Web « Comité français IFLA », qui – indépendant de iflanet, site d’information de l’IFLA –, permettra non seulement la diffusion efficace d’informations sur la Fédération, les conférences annuelles, etc., au sein de la communauté professionnelle française et francophone, mais aussi la mise à disposition des travaux scientifiques les plus dignes d’intérêt menés dans le cadre de l’IFLA dans leur version française 13. Un forum d’échange et de discussion verra le jour : c’est aujourd’hui le meilleur moyen de communication et le vecteur d’information le plus approprié pour la communauté des bibliothécaires francophones, amenés à défendre ensemble des points de vue et des usages souvent minoritaires dans un environnement professionnel à prédominance anglo-saxonne.

D’autres projets seront conçus dans les prochains mois, dans le cadre d’une association élargie résultant de la fusion du CFI et du CORI 14. Cette dernière association, créée à l’occasion du congrès de l’IFLA qui s’est tenu à Paris en 1989, a depuis cette date pour mission de favoriser la participation des bibliothécaires français aux conférences de l’IFLA en attribuant des bourses 15. Les missions des deux associations étaient trop voisines pour que l’on ne songe pas à un rapprochement entre les deux organismes. Leur réunion en une association unique dès 1999, qui portera le nom de Comité français IFLA, contribuera à clarifier l’action entreprise, grâce à l’aide des ministères, dans un domaine professionnel très ciblé. Elle permettra également la définition d’objectifs étendus.

Le CFI a parcouru un chemin certain depuis sa création en 1996. Les deux années à venir seront néanmoins déterminantes pour l’association, contrainte à une réflexion approfondie sur les nouvelles missions qui seront les siennes à partir de 1999 et obligée de reconsidérer son mode de fonctionnement dans les meilleurs délais, sous peine d’inefficience. Les limites du bénévolat ont en effet déjà été éprouvées et la nécessité d’une professionnalisation partielle de la structure ne peut être écartée.

  1.  (retour)↑  Association des bibliothécaires français, des directeurs de bibliothèques départementales de prêt, des professionnels de l’information, Association des directeurs de bibliothèques universitaires, des diplômés de l’École de bibliothécaires-documentalistes, des conservateurs de bibliothèque, Fédération des amicales des documentalistes et bibliothécaires de l’Éducation nationale, Fédération française de coopération entre bibliothèques.
  2.  (retour)↑  Bibliothèque publique d’information, Bureau des bibliothèques et du livre de la Ville de Paris, Bibliothèque nationale de France, Institut de l’information scientifique et technique et Institut national de la recherche pédagogique, pour le bureau actuel
  3.  (retour)↑  La première présidente du CFI a été, de juillet 1996 à janvier 1998, Christine Deschamps, depuis lors élue présidente de l’IFLA. En janvier 1998, Aline Girard-Billon lui a succédé. Les autres membres du conseil sont Mireille Chazal, secrétaire, Marc Chauveinc, trésorier, et Marie-Martine Tomitch, trésorier adjoint.
  4.  (retour)↑  En dépit du fait que l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand, et le russe sont officiellement les langues de travail de l’IFLA, la quasi-totalité des travaux réalisés et des communications présentées lors des conférences annuelles le sont en anglais. Les actions en faveur de la francophonie ne peuvent être menées au sein de l’IFLA que dans le cadre de la défense du multilinguisme.
  5.  (retour)↑  Compte tenu de la suprématie de l’anglais à l’IFLA, les candidats aux comités permanents doivent parler un bon anglais, tout en défendant le principe du multilinguisme, et plus particulièrement l’usage de la langue française. Situation paradoxale...
  6.  (retour)↑  En 1997 et 1998, le CFI a soutenu l’adhésion à l’IFLA des associations professionnelles du Bénin et du Cameroun, ainsi que de la Bibliothèque nationale de Madagascar.
  7.  (retour)↑  Deux numéros de l’IFLA Express sont publiés avant la conférence annuelle, en février et en mai. Un numéro quotidien paraît pendant toute la durée de la conférence.
  8.  (retour)↑  L’encadrement de l’équipe de l’IFLA Express est également assuré par l’enssib. L’édition 1998 a été réalisée dans un esprit de coopération élargie : une stagiaire de l’ebad (École de bibliothécaires et documentalistes de Dakar) a rejoint l’équipe de l’enssib. La Bibliothèque nationale du Québec, ainsi que le ministère des Affaires étrangères, ont soutenu financièrement la publication. Dans le cadre de l’accord de coopération avec l’enssib, le CFI attribue chaque année en retour une bourse à un élève associé étranger de l’École. En 1997, un élève vietnamien, et, en 1998, un élève algérien ont pu assister respectivement à la conférence de Copenhague et à celle d’Amsterdam.
  9.  (retour)↑  Aux États-Unis, groupe de citoyens ou d’électeurs ayant les mêmes opinions, réunis en vue de choisir un candidat, de prendre des mesures intéressant le groupe ou le comité. Aujourd’hui, les caucus sont le plus souvent remplacés par des conventions ou par le système des élections primaires.
  10.  (retour)↑  Association des bibliothécaires suisses, École de bibliothéconomie de Montréal, École de bibliothécaires et de documentalistes de Dakar. La coopération d’autres partenaires suisses et québécois est attendue en 1999.
  11.  (retour)↑  Le Comité français IFLA est le seul comité national formalisé.
  12.  (retour)↑  En juin de chaque année, plus de cent communications sont à traduire. Les membres français des sections se chargent en principe de la traduction des documents présentés dans le cadre de leur section. Le CFI organise la traduction des textes non attribués. Dans les deux cas, les communications doivent être retournées, traduites, au secrétariat général à la fin du mois de juillet, pour pouvoir être distribuées en août à la conférence. C’est donc une charge de travail lourde et à assumer en un temps extrêmement condensé.
  13.  (retour)↑  Ce qui n’exclut pas de sélectionner quelques contributions exceptionnelles, pour lesquelles on envisagera une publication dans les revues professionnelles françaises et francophones.
  14.  (retour)↑  Le CORI a voté la fusion avec le CFI dans le cadre d’une assemblée générale extraordinaire de l’Association qui s’est tenue en juin. Il est prévu que ce dernier procède à un vote de même nature dans le courant de l’automne. La fusion sera effective au 1er janvier 1999. Les missions du CORI seront reprises par le CFI.
  15.  (retour)↑  C’est la raison pour laquelle le CFI depuis sa création, afin de ne pas empiéter sur le domaine du CORI, n’a alloué des bourses qu’à des professionnels étrangers, originaires des pays francophones.