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Bien choisir son serveur web

Marc Maisonneuve

Durant l’été 1998, nous avons réalisé une étude 1 portant sur la description des serveurs Web associés aux systèmes de gestion de bibliothèque et aux systèmes de gestion documentaire. Nous avons contacté vingt-six fournisseurs et décrit les vingt-huit serveurs référencés par le tableau n° 1.

Les références communiquées par les sociétés de service ne lais sent planer aucun doute : avec 432 serveurs Web implantés au 1er juillet 1998, les bibliothèques et les centres de documentation se sont déjà équipés massive ment. Restent tout de même 80 à 85 % d’organismes qui, bien qu’informatisés, n’ont pas encore acquis de serveurs Web.

Pour ceux et celles qui vont bientôt sauter le pas, les questions sont nombreuses. Quels serveurs doi vent-ils retenir ? Doivent-ils nécessairement choisir les ser veurs associés à leurs systèmes de gestion ? Peuvent-ils acquérir un serveur auprès d’un autre fournisseur ? Est-il souhaitable de lier l’acquisition de ce serveur à un futur projet de réinformatisation ? Bref, quelles sont les marges de manœuvre ?

Pour y voir plus clair, nous vous propo sons une classification des solu tions techniques, avant d’évoquer les fonctionnalités des différents serveurs et de conclure sur le budget de l’opération.

Vous avez dit serveur Web ?

En simplifiant, on peut distinguer trois types de solutions permettant de mettre le catalogue sur Internet ou de le communiquer en architecture intranet.

La liaison dynamique

L’utilisateur saisit sa question sur un micro-ordinateur équipé d’un navigateur. Le serveur Web collecte cette question puis l’exprime sous forme d’une requête que le système de gestion de bibliothèque va savoir traiter. Il transmet alors cette question mise en forme au système de gestion de bibliothèque qui la traite et lui renvoie les éléments de réponse. Le serveur Web prend alors en charge la mise en forme et l’affichage de la réponse qu’il transmet au navigateur du poste client.

Dans cette solution, le serveur Web est donc en liaison constante avec le système de gestion de bibliothèque. Il dispose des informations concernant la disponibilité des documents et de toutes les informations récentes.

Habituellement, le serveur Web est commercialisé avec le système de gestion de bibliothèque. Tous deux ont été conçus par la même société. C’est ce que nous appelons la « liaison dynamique homogène » (solution n° 1).

Si le système de gestion de bibliothèque sait traiter des requêtes normalisées (Z39.50 ou SQL), cela ouvre la possibilité d’utiliser un serveur Web conçu par un fournisseur spécialisé, distinct de celui qui commercialise le système de gestion. Nous utilisons l’expression de « liaison dynamique hétérogène » (entre deux systèmes non conçus par le même auteur) pour qualifier cette solution n° 2.

La copie de base

Cette technique consiste à copier la partie des informations du système de gestion de bibliothèque que l’on souhaite rendre accessible sur le Web et à en confier la gestion à un serveur dédié. Ce serveur ne sera pas connecté, ni lié en aucune manière au système de gestion de bibliothèque : il ne connaîtra donc ni la disponibilité des documents, ni les informations ajoutées depuis la dernière copie du catalogue.

Les domaines d’emploi

De notre point de vue, il faut prendre en compte plusieurs aspects pour bien situer les possibilités de ces trois solutions techniques : le type d’information auquel le serveur Web peut donner accès, la charge d’exploitation, la sécurité du système, les performances informatiques et les performances en recherche (cf. tableau n° 4, ci-contre).

En résumé, le domaine d’emploi de ces trois types de solution technique peut se définir de la manière suivante :

– le serveur Web associé au système de gestion de bibliothèque « liaison dynamique homogène » est le bon candidat, sinon le seul, pour réaliser un OPAC intranet ;

– la « liaison dynamique hétéro-gène » s’appuyant sur des normes SQL ou Z39.50 permet de réaliser des catalogues collectifs tout à fait acceptables et de les mettre sur Internet ;

– la « copie de base » est une solution tout à fait adaptée à la publication sur Internet de catalogues concernant des fonds peu actifs. Cela permet de réaliser à peu de frais une version high tech des anciens catalogues imprimés.

Un serveur Web pour qui et pour quoi faire ?

Il n’y a donc pas de bonne ou de mauvaise solution technique, certaines sont adaptées au projet de la bibliothèque et d’autres ne le sont pas : « A chaque solution technique, son domaine d’emploi ». Ce constat souligne la nécessité d’une définition claire du projet de la bibliothèque. Que veut-elle faire ? Veut-elle rendre accessible son catalogue à distance ou dans les murs ? Vise-t-elle le public des chercheurs français ou étrangers ou plutôt ses usagers inscrits ? Quels services veut-elle proposer suite à la consultation du catalogue ? le prêt entre bibliothèques ? la réservation ? la consultation du compte lecteur… ?

Cette réflexion préalable est d’autant plus importante que la couverture fonctionnelle des serveurs Web associés aux systèmes de gestion de bibliothèque est très variable.

Un serveur Web sur deux n’est pas capable de proposer la consultation d’un annuaire des bibliothèques dont les collections sont signalées. Cela n’est guère pratique pour un réseau de bibliothèques et pour une consultation hors les murs. Un serveur Web sur quatre affiche des mentions codées sans les libellés correspondants. Là encore, cela pénalise l’utilisation hors les murs.

Moins d’un serveur sur deux dispose d’une fonction de commande en PEB.

Trois serveurs Web sur quatre ne peuvent éditer un bulletin de communication indirecte suite à la consultation du catalogue. L’affichage de l’état détaillé des collections de périodiques serait bien souvent perfectible.

En raison des fonctions offertes, certains serveurs Web sont acceptables en internet, d’autres pas. Certains peuvent prétendre remplacer l’OPAC en intranet et d’autres pas. Là aussi, on peut dire que chaque serveur Web a son domaine d’emploi.

Coût d’un serveur Web associé au système de gestion de bibliothèque

C’est assez difficile à dire, mais il est certain que c’est loin d’être gratuit. Pour aboutir à une évaluation acceptable, il faut prendre en compte trois postes de dépense : les droits d’utilisation du logiciel, le matériel et les services.

Rémunération de la cession des droits d’utilisation

Même si une société peut choisir de donner son serveur Web en le fournissant gratuitement aux acheteurs du système de gestion de bibliothèque (cinq sociétés sont dans cette situation), cela ne dure généralement pas. Lorsqu’un produit est de bonne qualité, une fois passés les quelques mois nécessaires à sa mise au point, il doit être vendu. C’est une condition pour que son concepteur puisse survivre et offrir un service de maintenance correct.

Le prix du serveur, c’est-à-dire les droits d’utilisation du logiciel, peut être fixe ou proportionnel au nombre de connexions simultanées. Les prix, suivant les fournisseurs et les droits cédés, varient de 1 990 F à 300 000 F.

A ce prix, il faut le plus souvent ajouter les extensions des droits d’utilisation du système de gestion de bibliothèque. En effet, chaque accès au catalogue, effectué via le serveur Web, aboutit à une requête présentée au système de gestion de bibliothèque. Cette requête est généralement comptabilisée comme un accès au catalogue qui s’effectuerait à partir d’un OPAC classique. Le cas échéant, il faut aussi payer une extension des droits concernant le SGBD sur lequel s’appuie le système de gestion de bibliothèque. Si le projet consiste à mettre le catalogue sur Internet, il faut acquérir les droits d’utilisation d’un serveur pare-feu. Suivant la nature du service, il faut également envisager l’acquisition d’un éditeur de page HTML qui permettra à la bibliothèque de modifier elle-même les pages d’informations générales la concernant.

Le matériel et les services

Il faut le plus souvent prévoir l’acquisition d’un second ordinateur (pour la mise sur Internet, ou si le cadre technique du serveur Web est différent de celui du système de gestion), ou l’extension des capacités de traitement de l’ordinateur hébergeant le système de gestion de bibliothèque (en intranet). Il faudra également prévoir les éventuels équipements de sécurisation et d’accès au réseau de télécommunication si ceux-là n’étaient pas déjà mis en œuvre.

La bibliothèque devra le plus souvent demander à son fournisseur un service d’assistance à la mise en œuvre et une formation au paramétrage du serveur. Par ailleurs, elle devra acquérir les compétences nécessaires à la réalisation des pages Web. Sans évoquer la formation à l’exploitation (connaissance de Windows NT), il ne faut pas oublier le coût de la maintenance du logiciel. Cette dernière représente de 10 à 18 % des droits d’utilisation. Parfois, il faut prévoir également la maintenance du matériel.

A force d’empiler les dépenses, on aboutit à des budgets non négligeables. Pour une configuration moyenne (un système de gestion de bibliothèque disposant d’une quinzaine de postes) et un serveur Web offrant l’équivalent de deux accès simultanés, le budget d’investis sement dépassera bien souvent 100 000 F.

La définition contractuelle d’un engagement de résultats – offrir un temps de réponse inférieur à 3 secondes et un taux de disponibilité du serveur Web de 99 %, par exemple – contribuera également à renchérir le coût de l’opération.

Alors, que décider ?

Reprenons pour conclure nos questions initiales.

1. Une bibliothèque qui souhaite s’équiper d’un serveur Web doit-elle nécessairement retenir celui que propose le fournisseur de son système de gestion de bibliothèque ?

Cela n’est pas absolument indispensable, mais c’est tellement plus simple. Si certaines bibliothèques doivent absolument envisager une solution de type liaison hétérogène ou copie de base, leurs premières vérifications porteront sur les capacités du système de gestion de bibliothèque à traiter la norme Z39.50 (liaison dynamique hétérogène) ou à extraire correctement les données (dans leur totalité, sans oublier les notices d’autorité, les notices d’exemplaires et les tables de codification), afin de les copier sur un serveur autonome.

2. Une bibliothèque non équipée ou qui doit se rééquiper prochainement a-t-elle intérêt à lier l’acquisition des deux serveurs (le système de gestion de bibliothèque et le serveur Web) ?

Cela nous paraît fortement souhaitable. D’une part, en raison du coût du serveur Web qui doit faire partie des éléments de choix et, d’autre part, parce c’est la « liaison dynamique homogène » (c’est-à-dire le serveur Web associé au système de gestion de bibliothèque) qui est la solution de très loin la plus simple à mettre en œuvre. Enfin, les serveurs Web n’offrent pas nécessairement de bonnes performances, seul un engagement contractuel permet de maîtriser les risques techniques (mauvais temps de réponse, nombre d’heures de panne excessif). Cet engagement est bien plus facile à obtenir si l’on lie les acquisitions du système de gestion de bibliothèque et du serveur Web.

3. Quels serveurs ces bibliothèques, déjà équipées, bientôt équipées ou prochainement réinformatisées doivent-elles choisir ?

Même s’ils ne sont pas tous d’une qualité égale, les serveurs Web sont tous capables d’offrir un service minimal de consultation du catalogue. Les fonctions qu’ils offrent, leurs performances en recherche (le silence) et leurs performances informatiques (temps de réponse, taux de disponibilité) constituent des critères de choix essentiels. Pour bien choisir, la bibliothèque doit au préalable définir ses exigences. Chaque serveur a son domaine d’emploi. Nous ne vous fournirons donc pas un palmarès des serveurs Web.

Après avoir dit que tout cela n’était pas donné et qu’il ne fallait surtout pas se tromper de produit ou de solution technique, nous voudrions conclure sur une note optimiste… Voyons, voyons… Ah oui ! La pression médiatique (hors d’Internet point de salut !) comme les impatiences des informaticiens en quête d’un poste client universel et d’une exploitation facile (hors d’intranet point de salut !) ne laissent guère le choix.

Quelles que soient les difficultés imaginaires ou réelles de l’opération, il va falloir certainement se lancer et nul doute que, pour une fois, les moyens budgétaires suivront sans trop de difficultés.

Octobre 1998

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Tableau n° 1. L'offre de serveurs Web des fournisseurs de systèmesde gestion de bibliothèque

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Tableau n° 2. Sociétés disposant d'un module d'export

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Tableau n° 3. Sociétés ayant déjà implémenté la norme Z39-50 ou qui l'auront fait d'ici fin 1999

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Tableau n° 4. Comparaison et domaine d'emploi des solutions techniques

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Quelques définitions des termes employés

  1.  (retour)↑  Cette étude sera publiée en deux volumes par adbs éditions, fin 1998 : 1, Diffuser sur Internet le catalogue de la bibliothèque : descriptions des serveurs Web associés aux systèmes de gestion de bibliothèque. 2. Diffuser la documentation via intranet et Internet : description des serveurs Web associés aux systèmes de gestion documentaire et de bibliothèque.