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Annuaire des bibliothèques universitaires et de grands établissements 1995

résultats de l'enquête statistique générale auprès des bibliothèques universitaires

Ministère de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, Direction de l'Information scientifique, des technologies nouvelles et des bibliothèques. Paris : La Documentation française, 1997. - 101 p. ; 30 cm. - ISBN 2-11-003 856-5. 130 F

par Gérard Briand

L'Annuaire des bibliothèques universitaires paraît régulièrement depuis 1988. La huitième édition recense les résultats de l'enquête statistique générale de 1995 établis d'après les questionnaires que les établissements ont la charge de remplir chaque année.

La présentation nous en est désormais familière et évolue peu ou pas d'une année sur l'autre, ce qui est d'ailleurs essentiel si l'on veut pouvoir comparer des données sur plusieurs exercices et en tirer des tendances.

La préface de Bernard Dizambourg, alors directeur de l'Information scientifique, des technologies nouvelles et des bibliothèques (DISTNB) indique bien l'objectif recherché, à savoir constituer un instrument de référence destiné aux responsables des établissements et des universités, et fournir un bilan global des activités et des moyens des bibliothèques universitaires.

Un objectif simple et ambitieux

L'objectif est à la fois simple et ambitieux. L'outil ainsi réalisé par les services de l'administration centrale, et, faut-il l'ajouter, tous les professionnels qui ont contribué à fournir des données, est présenté sous forme de tableaux dont les titres sont bilingues, ainsi d'ailleurs que certains commentaires et analyses.

L'annuaire est divisé en huit grands chapitres précédés, pour les lecteurs pressés, d'un tableau des chiffres clés proposant une synthèse nationale des résultats et des moyens. Ces chiffres sont évidemment essentiels à connaître et montrent pour la plupart une évolution positive par rapport à 1994.

Cependant, si l'on veut situer l'activité globale par comparaison avec celle d'autres pays, il est intéressant de faire apparaître des ratios. Certains sont présents : dépenses documentaires par étudiant, lecteurs inscrits par agent ; d'autres pourront être facilement déduits avec une calculette, comme le nombre de m2 ou de places assises par étudiants. On peut se reporter aussi aux tableaux suivants pour découvrir d'autres ratios, comme le pourcentage de lecteurs inscrits par rapport au nombre d'étudiants (60 %). Ces quelques réserves faites, ce tableau de chiffres clés donne l'essentiel de ce que l'on souhaite savoir et le lecteur réellement curieux se verra ainsi incité à plonger plus loin pour satisfaire son appétit de statistiques. L'analyse et le commentaire des résultats précèdent ces derniers. Ils examinent les grandes tendances qui ressortent des tableaux.

Les services rendus

La rubrique sur les services rendus commence fort logiquement par le public. On notera avec satisfaction que la fréquentation des bibliothèques a progressé plus vite que le nombre d'étudiants. Il est certain que les étudiants sont de très loin les principaux utilisateurs, mais il serait peut-être intéressant d'affiner ces chiffres en établissant une répartition par cycle, ce qui permettrait d'établir une politique budgétaire en toute connaissance de cause, la dépense par étudiant n'étant qu'une moyenne qui ne recouvre pas la réalité, dont on sait qu'elle avantage très nettement les cycles de recherche.

La fréquentation et l'ouverture au public sont fort judicieusement et diplomatiquement mises en exergue, les progrès sont évidents, mais l'on revient de loin et il reste beaucoup à faire. Les créations d'emplois annoncées ne sont qu'une partie de la solution à l'ouverture en continu du service public, qui doit être envisagée aussi à travers des regroupements de sites dispersés ou inadaptés et en prenant en compte les bibliothèques associées qui échappent à cette étude.

La circulation des documents est un élément important pour évaluer l'activité des bibliothèques. Notons simplement qu'elle se situe à un niveau correct. Ces chiffres peuvent aussi être interprétés comme des éléments d'appréciation de l'état du service :

- locaux exigus = prêt à domicile plus élevé,

- photocopie chère = prêt à domicile plus élevé,

- et inversement pour la communication sur place bien entendu.

Le PEB (prêt entre bibliothèques) est internationalement reconnu comme un indicateur de l'activité bibliothéconomique et de la recherche. En France, il est médiocre, mais sans doute moins pertinent. Cela mériterait une analyse en profondeur, il est probable que différents facteurs interviennent qui touchent à la structuration faible du réseau documentaire (ce que le su-système universitaire devrait partiellement combler), aux habitudes, disons culturelles, des chercheurs, et sans doute aussi à la faiblesse des collections spécialisées à laquelle les CADIST devraient répondre à terme.

Les collections

S'il est intéressant de comptabiliser l'ensemble des ouvrages supposés présents dans une bibliothèque (combien d'entre nous ont la possibilité de faire des récolements sérieux régulièrement ?), il me semble que le chiffre le plus significatif est l'accroissement annuel des collections. Dans l'optique universitaire qui met l'accent sur la formation et la recherche, la pertinence de l'information est très directement liée à son actualité.

Bien entendu, celle-ci est variable suivant les matières et dire que l'épaisseur de la pertinence est très différente suivant qu'il s'agit de littérature ou de géographie économique pour rester dans les sciences humaines, est devenu un lieu commun. Ceci suppose de pouvoir affiner de façon importante un certain nombre d'éléments comme celui des acquisitions (on peut bien entendu dire la même chose du prêt). Il nous manquait jusqu'aux années 90 l'outil de gestion qui permette de connaître ces chiffres. Désormais, les logiciels modernes autorisent une meilleure connaissance, si on le souhaite, des éléments de gestion de la bibliothèque. Regroupés nationalement par grandes rubriques disciplinaires, on pourrait certainement en tirer régulièrement des éléments de connaissance de l'évolution du réseau documentaire et du public.

Cela dit, l'approche permise par l'ESGBU (Enquête statistique générale auprès des bibliothèques universitaires) permet d'aborder les collections par type de documents et type d'établissements. On constate essentiellement une progression des acquisitions d'ouvrages (surtout étrangers) et des périodiques (surtout français). Les CADIST prennent leur rythme de croisière avec une part importante de l'activité PEB (un tiers).

Très intéressante également est la tentative de typologie des bibliothèques universitaires en 1995, faite en fonction de leur collection de livres et de périodiques, et où l'on constate bien entendu des strates historiques entre les bibliothèques anciennes et les plus récentes (encore que l'éclatement de certaines bibliothèques interuniversitaires de province biaise une fois encore l'analyse).

Inévitablement, on peut à ce point-là se poser la question du patrimoine historique des bu les plus anciennes et d'une politique de recensement (qui pourrait faire l'objet d'un traitement dans les statistiques), et puis celle des éliminations et de leur coordination du moins en région.

Les locaux et l'informatisation sont évidemment les secteurs en plein développement, surtout l'informatisation, puisqu'en principe, en l'an 2000, toutes les bibliothèques universitaires auront un système de gestion informatisé.

Un budget en progression

Là aussi, il est important de prendre en compte les ratios/étudiants qui sont les indicateurs les plus pertinents (mais pas les seuls) de la capacité d'intervention de la bibliothèque universitaire au-delà d'un certain seuil indispensable en particulier pour les jeunes établissements en voie de constitution.

On note, à juste titre, que le budget documentaire global des universités devrait inclure les bibliothèques d'UFR (unités de formation et de recherche), dont on connaît la diversité d'application des règles bibliothéconomiques. De même, il serait souhaitable d'inclure complètement les données dans l'ESGBU, au fur et à mesure du constat de leur fiabilité. Reste que 264 F par étudiant, pour être encourageant, est encore un chiffre bien mal réparti suivant les cycles. Ceci resterait gênant au moment où l'on parle à juste titre de mettre l'étudiant au centre du dispositif universitaire, si l'on ne corrigeait pas un tant soit peu le tir ; il appartient donc à la communauté universitaire de prendre les dispositions adéquates.

Les personnels

L'année 1994 est l'année de référence, les effectifs n'avaient pas évolué. Cependant l'indication de la répartition par corps est intéressante, et en particulier la proportion de l'encadrement qui est importante. L'évolution des effectifs devait se faire en priorité dans le corps des magasiniers, c'est ce qui nous est annoncé d'ailleurs.

D'une façon générale, la lecture de l'annuaire est d'un grand intérêt. C'est un travail de compilation et de synthèse tout à fait considérable et qui s'approche largement de la pertinence. Il est pour les responsables des bibliothèques et les universitaires un outil d'information précieux.

Certes, comme tout document statistique, il doit être utilisé avec précaution. Chaque chiffre doit être pesé dans sa relativité. C'est l'occasion d'une réflexion sur les pratiques bibliothéconomiques de chacun de nos établissements.

C'est aussi un instrument qui doit constamment être affiné et donc remis en cause. S'il doit rester simple et schématique, il doit aussi s'adapter aux nouvelles conditions d'exercices de l'activité des bibliothèques en introduisant des éléments qualitatifs permettant :

- une meilleure intégration à l'université (d'où la nécessité de prendre en compte les bibliothèques associées, ou l'activité des commissions d'acquisitions spécialisées par exemple) ;

- une approche plus fine des politiques documentaires par spécialité ;

- des éléments de politique patrimoniale ;

- des éléments de gestion interne et de management (par exemple, sur la formation continue du personnel), de formation des usagers et de communication ;

- une meilleure prise en compte de la documentation sur supports électroniques ;

- des éléments de coopération locale (regroupement des chiffres de site par exemple) et de l'environnement documentaire dans l'université.

Cette évolution a été entamée par une réflexion amenée par la société Noeme, dont je ne sais si elle reprend certains de ces éléments, mais dont l'action a une fonction pédagogique évidente vers la communauté des bibliothécaires.