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La Presse scientifique électronique

Analyse de l'offre des intermédiaires

Ghislaine Chartron

Clarisse Marandin

La diffusion sous forme électronique de la presse scientifique aura connu une croissance rapide au cours de l’année 1997. Selon les estimations de représentants d’une agence d’abonnements (1), quelque 2 500 titres étaient disponibles à la fin de l’année dernière. Et ce nombre sera probablement très vite dépassé si les développements se poursuivent à ce rythme ; il est prévu, selon la même source, au minimum un triplement de ce nombre dans les deux ans à venir.

Parallèlement, on a pu assister à l’émergence d’une nouvelle offre autour des journaux électroniques visant à fédérer l’accès aux titres de différents éditeurs et à les intégrer dans une gamme plus vaste de produits et services. Celle-ci émane d’acteurs très divers désignés par la presse anglo-saxonne sous le terme d’« aggregators », auquel celui d’« intermédiaires » aura été préféré dans cet article.

Le travail présenté ici résulte de la poursuite d’études menées dans le cadre d’un groupe de réflexion sur l’accès aux ressources électroniques dans les disciplines médicales, lancé par la Sous-direction des bibliothèques et de la documentation (Ministère de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie) en 1996-1997. Un premier article (2), prenant la mesure de la production des dix éditeurs les plus représentatifs du fonds de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine (BIUM) de Paris et des caractéristiques attachées à celle-ci, a permis de mettre en évidence la multiplicité des modèles adoptés. Ce qui, au fur et à mesure de la croissance de l’offre, se révèle difficilement gérable par les bibliothèques.

Il était donc naturel d’analyser ensuite ce que commençaient à proposer les intermédiaires, nouveaux acteurs ou partenaires traditionnels des bibliothèques, pour simplifier les tâches liées à l’accès aux journaux électroniques. La grille de lecture proposée ici, qui devra bien sûr être régulièrement tenue à jour et approfondie, vise à donner aux bibliothèques des points de repères pour leur politique d’achat, mais également à alimenter une réflexion plus globale autour de la structuration de dispositifs d’accès aux ressources électroniques et aux modalités d’acquisition de celles-ci.

Méthodologie et limites de l’étude

L’étude concerne uniquement la presse scientifique commerciale et sa diffusion sous forme électronique, en majorité sur Internet ; elle n’intègre pas les nouveaux journaux créés uniquement sous forme électronique. L’analyse de l’offre des intermédiaires repose sur des entretiens directs ou téléphoniques avec les représentants des sociétés concernées, la collecte d’informations commerciales et la consultation des articles et rapports disponibles (3). Certains tests ont été effectués et des démonstrations de produits ont été suivies. Les données ont été consignées dans cinq grilles d’analyse en libre accès sur Internet à l’adresse http://www.urfist.jussieu.fr/urfist/intermed.htm. Ces tableaux détaillent respectivement l’identité des intermédiaires, la couverture proposée, les services associés aux revues électroniques, l’économie de ces services et, enfin, quelques éléments techniques sur les différents dispositifs.

Ce domaine se caractérise par un foisonnement d’acteurs, anciens ou nouveaux, en provenance d’autres secteurs économiques, ce qui rend l’analyse complexe. Nous nous sommes donc limitées à quinze intermédiaires en privilégiant ceux qui entretiennent déjà un partenariat important avec des bibliothèques universitaires françaises, mais aussi, en respectant la représentativité des différentes catégories d’acteurs qui proposent des services d’intermédiation pour la presse scientifique électronique. Si une partie d’entre eux forme des groupes relativement homogènes et comparables, en revanche, certains autres ne peuvent être mis au même niveau.

Ont été étudiés :

– pour les agences et fournisseurs de services aux bibliothèques : PICA (The Centre for Library Automation Project Integrated Catalog Automation, néerlandais) et OCLC (Online Computer Library Center, américain) ;

– pour les nouveaux acteurs d’origine académique : BIDS (Bath Information Data System, anglais) ;

– pour les agences d’abonnements : Swets (néerlandais), Dawson (anglais), et Ebsco (américain) ;

– pour les diffuseurs de produits d’informations secondaires : Ovid et SilverPlatter (respectivement américain et anglo-américain) ;

– pour les producteurs de banques de données bibliographiques : CAS (Chemical Abstracts Service, américain) et l’ISI (Institute for Scientific Information, américain) ;

– pour les éditeurs et consortia d’éditeurs scientifiques : Elsevier Science (composant éditorial du groupe Reed-Elsevier, néerlandais) et Adonis/Elsevier ;

– pour les éditeurs électroniques : HighWire Press (américain), BioMedNet (anglais) et CatchWord (anglais).

L’instabilité de ces offres nous conduit à attirer l’attention du lecteur sur l’évolution des données collectées dans les tableaux et utilisées dans cet article.

Tendances générales du marché

Avant de détailler l’analyse, il est intéressant de pointer quelques caractéristiques majeures du marché résultant de l’ensemble des observations effectuées :

jeunesse et foisonnement de l’offre : les premiers projets d’accès à un nombre important de revues scientifiques commerciales sous forme électronique ont été amorcés par Adonis (consortium d’éditeurs scientifiques), dans les années 80, avec l’expérimentation du cédérom, suivi par des projets comme Tulip d’Elsevier (4).

Privilégiant au départ une offre sur réseau local, Elsevier fut l’un des premiers à lancer un service d’accès à l’ensemble de ses 1 200 revues en janvier 1996 (offre Elsevier Electronic Subscriptions). D’autres éditeurs suivirent et proposèrent une politique d’accès sur Internet (Academic Press, Blackwell, IOP, plus récemment Springer, etc.).

Pour s’adapter à cette évolution, les intermédiaires, notamment les agences d’abonnements (Swets, Dawson, Ebsco) et les diffuseurs de produits d’informations secondaires (SilverPlatter, Ovid), ont déjà développé un service ou annoncé sa disponibilité à très court terme. Il existe des intermédiaires spécialisés (en médecine particulièrement) et des intermédiaires plus généralistes couvrant des domaines très variés.

secteur STM privilégié : ce sont les grands éditeurs en sciences, technique et médecine qui ont proposé les premiers une offre électronique, comme nous l’avions mis en évidence dans un article précédent (2), et comme le prévoyait une étude prospective menée par la DG XIII (5). Les petits éditeurs de ces domaines, notamment les sociétés savantes éditant une ou deux revues prestigieuses, sont aussi en train de monter des partenariats avec des acteurs ayant des compétences dans l’édition sur Internet. Le domaine du business est également en développement.

diversification des compétences de chaque acteur et difficultés de certaines négociations : dans la sphère électronique, chacun des acteurs se trouve en rivalité potentielle avec ses anciens partenaires, les savoir-faire peuvent s’étendre plus facilement et certains services annoncés comme prometteurs sont offerts par tous. C’est le cas, par exemple, de la fourniture de documents primaires à l’unité. Les services d’alertes à partir des sommaires, représentés jusqu’à présent par quelques services phares (Current Contents, SwetsScan, Uncover) sont intégrés dans l’ensemble des offres avec, cependant, des différences importantes sur le nombre de titres couverts.

La gestion des abonnements est revendiquée directement par les éditeurs, qui vont même parfois jusqu’à remettre en cause le rôle des intermédiaires (6). Certains d’entre eux lancent leurs propres services intermédiaires. Le point d’achoppement pour le développement de certaines offres semble être le refus de partenariat d’éditeurs incontournables, qui souhaitent maîtriser leur propre politique de vente des revues électroniques. Mais, en règle générale, on assiste plutôt à la multiplication de partenariats entre les divers acteurs désireux d’étendre leur offre (cf. tableau 2 sur Internet).

concentration financière : dans ce paysage foisonnant, les mouvements de concentration ont commencé à s’accélérer. Ce processus n’est pas nouveau dans la presse scientifique, mais les actions menées par Elsevier au cours de l’année dernière l’ont particulièrement mis en lumière.

segmentations multiples : les clients visés ne sont plus uniquement les bibliothèques ou les centres de documentation, mais aussi l’utilisateur final avec la multiplication des services de vente par transaction directe, le développement de « communautés » rassemblant sous un service « club » des professionnels et des chercheurs d’un domaine particulier. Les éditeurs sont aussi des clients pour de nouveaux acteurs que l’on peut qualifier d’« éditeurs électroniques » (au sens de « publisher », c’est-à-dire d’éditeur commercial).

Évolutions des modes d’accès aux revues scientifiques

Les organismes de recherche, les sociétés savantes responsables de revues (editors) peuvent avoir recours aux services d’un éditeur commercial (publisher) pour administrer la production de leurs revues (ainsi, Elsevier est l’éditeur des revues de nombreux organismes de recherche). La plupart des bibliothèques s’abonnent aux revues par l’intermédiaire d’agences d’abonnements qui facilitent les transactions avec les différents éditeurs.

L’organisation de la chaîne documentaire pour l’accès aux revues scientifiques papier respecte généralement le schéma de l’encadré 1.

Depuis les années 70, le développement conjoint des produits d’informations secondaires et des services de fournisseurs de documents primaires a permis de promouvoir une autre chaîne parallèle avec, comme unité de base, non plus la revue, mais l’article individuel. De nouveaux intermédiaires se sont développés comme les producteurs de banques de données bibliographiques facilitant le repérage des articles : par exemple, NLM (National Library of Medicine, productrice de Medline notamment), CAS, ISI ; les serveurs et diffuseurs de ces banques de données, tels que Dialog Corporation, SilverPlatter, Ovid ; les fournisseurs de documents primaires permettant de se procurer l’article original sous forme papier, par exemple : BLDSC, INIST (cf. encadré 2)

Le développement récent des versions électroniques des revues scientifiques tend à intégrer les deux chaînes précédentes : l’accès par l’entité revue ou par l’entité article est offert par le même service (cf. encadré 3).

L’éditeur électronique peut être ou ne pas être le même que l’éditeur papier. De nouveaux acteurs tels que BioMedNet, CatchWord, HighWirePress se positionnent comme des éditeurs électroniques pour les sociétés savantes ne maîtrisant pas les compétences de l’édition sur Internet.

Le nombre d’intermédiaires entre l’éditeur et l’utilisateur final peut être réduit considérablement : les éditeurs offrent, à partir de leur site, des services de type fourniture de documents (par fax, courrier électronique), ou « pay per view » avec paiement par carte bleue ou par un compte approvisionné. De plus, la revue électronique est vendue à des tarifs préférentiels aux chercheurs, directement sous forme d’abonnement individuel, par les sociétés savantes dont ils sont membres. Ce qui peut être illustré par le schéma suivant :

éditeur – – – – (bibliothèque) – – – – lecteur

Les acteurs intermédiaires multiplient des accords de partenariat entre eux, avec les éditeurs (quand ceux-ci le veulent bien) et avec d’autres acteurs ayant une compétence en technologie et en réseaux électroniques. Ils visent à offrir des services à valeur ajoutée adaptés aux logiques d’usages existant dans les bibliothèques et dans les centres de documentation. La légitimité de chacun reste à prouver dans l’ère électronique.

On trouve ainsi les schémas de partenariat décrits dans l’encadré 4 (ce ne sont pas les seuls).

La disponibilité de ces nouveaux services pour les revues va contribuer, si les coûts sont raisonnables, à augmenter la part de la diffusion du document à l’unité. Ce type de transaction soulève des problèmes de gestion qui ne sont pas toujours faciles à régler dans un contexte universitaire.

Typologie d’intermédiaires et le service « presse électronique » associé

Certains travaux ont déjà présenté un panorama d’intermédiaires (8, 9). L’étude que nous avons menée réactualise certaines données et concerne en priorité des acteurs partenaires des bibliothèques françaises. L’analyse a permis de mettre en évidence la stratégie des différents intermédiaires existants et celle de nouveaux entrants.

Les agences et fournisseurs de services aux bibliothèques

Les acteurs ayant développé, dès les années 70, des services fondés sur la coopération entre bibliothèques, pour le catalogage partagé, ont commencé à mettre en place d’autres services pour l’accès aux revues scientifiques.

OCLC a créé « Electronic Collections Online » en 1997, qui sera fusionné, en 1998, avec son service de recherche « FirstSearch ». La stratégie consiste à offrir un service complet, notamment pour l’archivage des revues.

PICA, organisation néerlandaise à but non lucratif, rassemblant 200 bibliothèques aux Pays-Bas et en Allemagne, a développé « WebDoc », service expérimental d’accès à différents types de documents électroniques à partir d’un catalogue collectif appelé « WebCat ».

L’objectif est d’intégrer dans un seul catalogue les références de documents produits localement par chaque université participante (thèses, cours, documents patrimoniaux) et des revues scientifiques commerciales. PICA n’héberge pas les documents, mais pointe sur les sites des universités et des éditeurs respectifs. Le projet a débuté en 1995 et entrera dans sa phase opérationnelle en 1998 aux Pays-Bas et en Allemagne. Il sera intégré dans un service plus général appelé PICARTA regroupant WebDoc et d’autres catalogues existants. PICA a par ailleurs été choisi pour mettre en place en France le « Système Universitaire ». Pour le moment, les négociations menées avec les éditeurs sont encore peu nombreuses (Academic Press, Kluwer).

De nouveaux acteurs d’origine académique

Certains pays ont élaboré des projets pilotes et des infrastructures techniques et organisationnelles pour aborder l’ère des revues électroniques. Ainsi, dans le cadre du projet « UK Higher Education Pilot National Site Licence », un ensemble d’universités et de collèges anglais peut expérimenter l’accès aux revues électroniques par JournalsOnline, qui existe depuis 1996, sur le site de BIDS (Bath Information and Data Services). BIDS a commencé en 1990 en hébergeant des banques bibliographiques, notamment celles de l’ISI.

Quatre éditeurs (Blackwell Science, Blackwell Publishers, Academic Press, Institute of Physics Publishing) sont impliqués dans JournalsOnline. Le projet permet à des éditeurs anglais de tester le marché, de recueillir les critiques des utilisateurs et de tester un modèle de licence nationale. BIDS a été transformé tout récemment en société commerciale.

Les agences d’abonnements

Les agences d’abonnements sont des acteurs privilégiés pour les bibliothèques grâce à leur rôle d’intermédiaires lors de l’abonnement aux revues papier. Ce sont des sociétés commerciales déjà anciennes (création dans les années 1900 pour la plupart).

Swets et Dawson ont lancé en France, dès la mi-97, leurs services respectifs, à savoir « SwetsNet » et « InformationQuest ». Ebsco annonce « Ebsco Online » pour cette année. L’objectif est de négocier avec un grand nombre d’éditeurs pour assurer une couverture maximale ; leurs relations, déjà établies avec les éditeurs scientifiques pour les revues papier, devraient les placer en bonne position en tant qu’intermédiaires privilégiés. Mais, certains éditeurs, comme Elsevier, semblent vouloir se passer d’eux, invoquant les coûts supplémentaires engendrés.

Les agences se défendent en arguant de la valeur ajoutée de leur produit, notamment l’intégration avec des services déjà existants dans les bibliothèques (gestion des revues papier, intégration au catalogue) (1).

Éditeurs et diffuseurs de produits d’informations secondaires

Ces intermédiaires sont apparus dans les années 80 avec l’avènement du support cédérom dans les bibliothèques. Aujourd’hui, leurs savoir-faire se sont diversifiés, notamment en déclinant l’accès aux mêmes produits en ligne via Internet, et en local via des solutions Intranet.

Ovid, société américaine créée en 1988, spécialisée dans le secteur biomédical, bien implantée en France pour la diffusion de Medline, notamment grâce à la convivialité de son interface utilisateur, diffuse 90 titres de banques de données. En 1996, elle a lancé l’une des premières offres de produits en médecine avec les « Core collections », à savoir plusieurs collections regroupant dix à quinze titres consultables en ligne ou sur cédérom. Un nouveau projet est annoncé pour avril 1998, appelé Journal@OVID.

La politique consiste à héberger des revues sur le site d’Ovid ou à les stocker sur cédérom. Les négociations avec les éditeurs développant eux-mêmes leurs savoir-faire dans l’édition électronique médicale ne sont pas forcément aisées.

SilverPlatter, société anglo-américaine créée en 1983, a une couverture plus diversifiée, elle diffuse 230 titres de banques de données. Son savoir-faire s’est affirmé dans le développement d’interfaces techniques (ERL) permettant d’intégrer des ressources hétérogènes (banques sur cédérom, sur réseau local, etc.).

Contrairement à certains pays comme la Belgique ou les Pays-Bas, peu de bibliothèques françaises ont adopté ERL pour le moment. La stratégie poursuivie pour les revues électroniques n’est pas la même que celle d’Ovid. L’objectif n’est pas de stocker les revues électroniques, mais d’offrir des « banques de liens à jour » assurant la liaison entre les banques bibliographiques diffusées et les sites des éditeurs ou d’autres acteurs hébergeant les revues. Le produit baptisé « SilverLinker » proposera, en juillet 1998, plusieurs bases de liens, spécialisées par domaine et vendues sous forme de licence.

Les producteurs de banques de données bibliographiques

Le développement des produits d’informations secondaires sous forme électronique date des années 70, où ils ont pris le relais des bulletins signalétiques papier. Des produits phare, souvent bien insérés dans les pratiques de recherches documentaires disciplinaires, sont devenus des points de repère incontournables pour les chercheurs. C’est le cas de « Chemical Abstracts » pour la chimie, de « Current Contents » et « Science Citation Index » pour les sciences exactes et biomédicales.

Les producteurs de ces banques, souvent d’origine académique, mais devenus aujourd’hui des entreprises commerciales bien établies, comptent bien maintenir leurs monopoles de points d’entrée pour l’information scientifique. Ils étendent leurs services en cherchant à répondre à l’éventuelle demande du texte intégral disponible à partir de leurs banques de références. Ils ne s’engagent pas dans la gestion des revues électroniques, se limitant à assurer l’établissement de liens. La stratégie consiste généralement à travailler directement avec les éditeurs et les sites de leurs revues en ligne.

Chemical Abstracts Service a ouvert le service ChemPort fin 1997, qui relie la banque Chemical Abstracts à 200 revues en chimie (huit éditeurs). L’Institute for Scientific Information propose, pour début 1998, les liens à partir de son service « Web of Science », annonçant même un accord avec Elsevier.

Les éditeurs et consortia d’éditeurs

Certains éditeurs commerciaux, avec des moyens financiers importants, ont développé une offre dès 1996 et ont cherché à accueillir d’autres éditeurs sur leurs sites (c’est le cas d’Elsevier, d’Academic Press). Cet appel à partenariat par ces grands éditeurs n’a pas fonctionné jusqu’à présent, malgré la volonté affichée de laisser toute indépendance à chaque éditeur en matière de politique tarifaire.

En revanche, d’autres éditeurs tels que Current Science Group, ayant une place plus modeste dans l’édition scientifique, ont réussi à amorcer ce type de partenariat par la mise en place de nouveaux services de type club : création de BioMedNet, en 1996, pour la communauté médicale et biomédicale et de ChemWeb pour les chimistes, à la même date. Ces clubs s’adressent, en priorité, à l’utilisateur final et lui proposent une diversité de services, dont une consultation en ligne des revues scientifiques du domaine spécialisé. BioMedNet a ainsi mis en ligne les revues de différents éditeurs (Karger, Williams & Wilkins, BMJ Publishing, etc.) en réalisant les versions électroniques et en les hébergeant sur son site. Le service connaît un certain succès, impliquant, conjointement, le développement des consultations d’articles et du paiement à l’unité selon le principe du « pay per view ». BioMedNet a été racheté par Elsevier en octobre 1997.

Elsevier a accéléré sa stratégie de concentration depuis l’automne 1997, qui a débuté par le projet de fusion avec l’autre éditeur néerlandais, Kluwer, le rachat des parts de Springer et Blackwell dans le cadre du consortium Adonis, le rachat de BioMedNet et ChemWeb à la fin 1997, puis l’acquisition de Beilstein Information System et de Engineering Information Inc. (Compendex, EI Village), début 1998. La concentration permet une extension de la couverture disciplinaire (médecine, chimie, sciences de l’ingénieur) et une maîtrise des informations secondaires (banques bibliographiques, formules club). On peut se demander quelles seront les réactions des éditeurs ayant signé un partenariat avec BioMedNet pour la mise en ligne de leurs revues.

Adonis, consortium d’éditeurs biomédicaux, rassemblant initialement dix éditeurs, avait été créé en 1980 pour tester le cédérom comme support de diffusion des documents primaires à l’unité, permettant aussi aux éditeurs de contrôler les photocopies dans les institutions. Adonis a continué à se spécialiser dans les revues biomédicales sur cédérom en lançant, en 1997, le produit « Electronic Journal Subscriptions » correspondant à une édition sur cédérom d’un certain nombre de revues biomédicales choisies parmi l’offre de trois éditeurs majeurs (Blackwell, Elsevier et Springer). Cette solution locale, séduisante pour l’archivage, implique néanmoins une infrastructure technique et des coûts supplémentaires non négligeables, à ajouter aux coûts des abonnements des revues (cf. tableau 4 sur Internet).

Les éditeurs électroniques

Ce type d’intermédiaires s’adresse, en priorité, aux éditeurs auxquels ils proposent des compétences d’édition électronique sur Internet. BioMedNet pourrait également être classé dans cette catégorie d’intermédiaires. On trouve aussi des sociétés informatiques, souvent fondées par des acteurs académiques, qui se sont spécialisées dans le créneau de l’édition scientifique. C’est le cas de CatchWord, société anglaise créée en 1995, qui travaille en partenariat avec quinze éditeurs principalement du Royaume-Uni, mettant ainsi en ligne près de 200 revues (10).

HighWire Press poursuit une stratégie similaire avec les nombreuses sociétés savantes américaines. Créée en 1995, cette unité rattachée aux bibliothèques de l’université de Stanford a débuté avec la mise en ligne de la revue Journal of Biological Chemistry. Aujourd’hui, elle réalise la mise en ligne des revues de dix-huit petits éditeurs biomédicaux en priorité, revues qui ont toutes un facteur d’impact très élevé. La stratégie ambitieuse consiste à s’imposer comme une nouvelle alternative face à une situation de monopole qui s’accentue. Peut-on prédire le rachat à court terme de ce type de sociétés par des grands groupes établis, comme Elsevier par exemple ? À suivre.

Analyse des contenus disponibles

L’analyse des différents services étudiés a permis de quantifier le nombre de revues disponibles ou pour lesquelles un accord avait été signé avant février 1998 (cf. tableau « Couverture des services »). Ces derniers doivent aussi être relativisés en fonction de la plus ou moins grande spécialisation de la couverture offerte par certains acteurs (domaine biomédical pour Adonis, Ovid, HighWire Press pour le moment et BioMedNet). La négociation avec un éditeur peut porter sur l’ensemble des revues du catalogue ou seulement sur une sélection de quelques titres.

D’autre part, nous avons maintenu dans ce tableau les intermédiaires de type éditeurs électroniques » (HighWire Press, CatchWord, BioMedNet), mais il faudrait leur donner un statut différent des autres acteurs : leur objectif n’est pas d’offrir un point d’entrée sur le maximum de revues d’un grand nombre d’éditeurs, comme les autres acteurs travaillant directement avec les bibliothèques. Enfin, il faut se méfier des effets d’annonces lorsque le service n’est pas encore disponible, comme cela a déjà été souligné. Le détail des éditeurs et du nombre de revues par éditeur est collecté dans le tableau 2 sur Internet.

À la lecture du tableau intitulé « Couverture des services », plusieurs remarques s’imposent :

– Le domaine biomédical est majoritaire.

– Le nombre de revues en ligne représente actuellement 6 à 7 % de l’ensemble des revues recensées par les banques de sommaires de type SwetsScan.

– Les agences d’abonnements négocient avec de nombreux éditeurs, en commençant par les plus importants en nombre de titres (Academic Press, Blackwell, Springer, Carfax, Thomson, etc.). OCLC a aussi une politique offensive et stocke sur son site les revues, alors que les agences se limitent à établir une passerelle avec les sites des éditeurs.

– L’étude détaillée des éditeurs figurant dans les négociations montre que certains sont présents dans de très nombreuses offres d’intermédiaires (Academic Press, Blackwell), alors que d’autres ont privilégié, pour le moment, des intermédiaires nationaux (c’est le cas de l’IOP avec BIDS). Certains éditeurs tardent à négocier avec des intermédiaires qui veulent stocker eux-mêmes les revues (pas de négociations de Springer avec OCLC ou Ovid par exemple). Enfin, Elsevier ne négocie, pour le moment, avec aucun intermédiaire, à l’exception de l’ISI pour le lien avec la banque de données SCI.

– Les nouveaux acteurs (HighWire Press, BioMedNet, CatchWord) travaillent avec de nombreux éditeurs possédant seulement quelques revues. CatchWord commence, par ailleurs, à négocier avec les autres intermédiaires (OCLC, agences d’abonnements), afin de donner accès aux revues hébergées. Il n’en est pas question pour BioMedNet, racheté par Elsevier. HighWire Press n’a annoncé, jusqu’à présent, qu’un partenariat avec l’agence d’abonnements européenne Harrassowitz.

En majorité, les éditeurs rendent disponibles les années 1996, 1997 et 1998. La mise à disposition d’années antérieures peut être assurée par certains acteurs en accord avec l’éditeur : Ovid, Elsevier, HighWire Press, CatchWord rendent disponibles certaines années antérieures des revues. La question plus complexe de l’archivage à long terme est abordée dans la suite de cet article.

Services complémentaires à l’offre de journaux électroniques

On trouve un noyau de services relativement similaires chez la majorité des acteurs. Les cinq tendances énoncées ci-dessous ont été mises en évidence.

La multiplication des points d’entrée vers le texte intégral

Chaque acteur a d’abord donné accès au contenu des journaux électroniques via ses outils traditionnels : données signalétiques des éditeurs (Elsevier, BIDS, certaines agences d’abonnements), catalogues collectifs et catalogues locaux dans le cas des coopératives et fournisseurs traditionnels des bibliothèques (OCLC, PICA), banques de données pour les diffuseurs d’informations secondaires (Ovid, SilverPlatter).

Très rapidement, on a assisté à un mouvement d’intégration ou de mise en relation avec le reste de l’offre disponible chez l’acteur et à de nombreux accords de partenariats ou à des achats pour ajouter les compléments nécessaires à chacun (comme cela a déjà été illustré plus haut) : BIDS a commencé à fournir un accès aux articles à partir des produits de l’ISI, et l’élargissement à d’autres banques est prévu pour cette année. OCLC va fusionner ECO avec son service de recherche documentaire « FirstSearch » (d’ici la fin de l’année, il devrait être possible d’accéder au texte intégral à partir de la majorité des soixante banques disponibles).

Quant aux coopératives et fournisseurs de services aux bibliothèques, ils ont commencé à intégrer les catalogues de ressources électroniques à leurs autres catalogues collectifs (PICA avec l’intégration de WebDoc à ces autres applications). Swets a ajouté sa base de sommaires SwetsCan à son service SwetsNet, passé un accord avec SilverPlatter pour donner accès à certaines banques de données et testé le produit SilverLinker.

La liaison avec les applications locales des bibliothèques est une préoccupation importante pour PICA, OCLC, toutes les agences d’abonnements, SilverPlatter et Elsevier dans le cadre de son offre EES.

Elsevier Science offre également la banque Embase comme point d’entrée et, compte tenu de ses dernières acquisitions (Beilstein et Engineering Information INC), cette gamme va s’élargir.

Enfin, les nouveaux acteurs, comme HighWire Press et BioMedNet, ont profité de la gratuité de Medline pour tester ce type d’accès.

L’autre tendance forte consiste à optimiser les modes de parcours de l’information en établissant des liens à différents niveaux : liens entre les références citées dans les articles et les banques de données bibliographiques (Ovid, OCLC, BioMedNet, HighWire Press etc.), liens entre ces mêmes références et les articles, s’ils sont disponibles sous forme électronique, entre les journaux (HighWire Press.) ; et enfin, liens avec des données factuelles (HighWire Press).

Consultation ou commande du document à l’unité

La possibilité de consulter (« services « pay per view » ») ou de commander le document primaire à l’unité (« services « document delivery » ») fait aussi partie des services complémentaires.

Le « pay per view » est un service encore très embryonnaire : certains éditeurs veulent maîtriser le processus, soit en n’autorisant pas ce type d’offre de la part des intermédiaires, soit en le proposant eux-mêmes. Dans ce dernier cas, il est accompagné de certaines restrictions pour éviter les désabonnements. Elsevier, par exemple, dans le cadre du service ScienceDirect, n’offre cette possibilité qu’aux abonnés, afin de leur permettre d’effectuer des commandes sur les titres pour lesquels ils n’ont pas souscrit.

Le nombre de journaux disponibles sous forme électronique étant encore faible, la majorité des acteurs (sauf Swets, BioMedNet et les intermédiaires plus tournés vers les services supports pour les éditeurs) ont établi des liens avec les services de fourniture de documents ou de prêt entre bibliothèques pour faciliter la commande des articles : Ovid a passé un accord avec l’ISI et le CISTI, OCLC offre l’accès à sept partenaires, en plus de son propre service de prêt international entre bibliothèques dans le cadre du service FirstSearch.

Pour avoir une vision comparative plus approfondie de l’offre des services de fourniture de documents primaires, on peut se reporter au serveur Web du projet de recherche britannique FIDDO (Focused Investigation of Document Delivery Options http://disl2.Iboro.ac.uk/fiddo/fiddo.html) et au serveur Eco-Doc de l’ENSSIB (http://www.enssibhp.enssib.fr/eco-doc/).

Personnalisation des services

Les alertes ou profils et leurs différentes déclinaisons constituent le service de base proposé presque unanimement pour offrir aux utilisateurs la possibilité d’effectuer une veille permanente.

La nature des données, la couverture et les délais de mise à jour des produits sur lesquels portent les alertes, leur degré d’actualité (sommaires des publications avant leur diffusion sous forme imprimée ou sur le Web, privilège que se réservent les éditeurs), leurs modalités (simple sélection de titres favoris, équation de recherche) sont quelques-uns des critères qui permettent de les différencier.

Pour l’instant, il n’a pas été possible de descendre à ce niveau de détail dans les tableaux associés à cette étude.

Les autres modes de personnalisation sont, actuellement, principalement proposés par les éditeurs (Elsevier ou les nouveaux services « InterScience » de Wiley et « PhysicsWeb » de l’IOP) et les nouveaux acteurs (CatchWord, BioMedNet). Ce sont des formules club qui ciblent l’utilisateur final de communautés disciplinaires. La plupart mettent à disposition :

– des espaces personnels réservés aux utilisateurs regroupant les options de personnalisation : gestion des mots de passe, profils, détail des consommations, classeur (« filing cabinet »), annotations, menus personnalisés, etc. ;

– des informations, des données, des supports de communication, de transactions et de formation liés à l’environnement d’une communauté ;

– des forums de spécialistes, des lettres d’information (colloques, etc) ;

– des liens avec les serveurs complémentaires du champ, des outils de référence (dictionnaires, etc.) ;

– des produits de formation continue ;

– une galerie commerciale : possibilités d’achat d’ouvrages, de logiciels, d’équipements ;

– des offres d’emplois et annonces diverses.

Développement de services destinés aux bibliothèques

Trois axes principaux apparaissent (cf. tableau « Services destinés aux bibliothèques »).

Le problème de la gestion du contrôle d’accès (authentification des utilisateurs et autorisation, c’est-à-dire : qui est autorisé à faire quoi sur quelles ressources ?) prend une importance croissante au fur et à mesure du déploiement et de la démultiplication/décentralisation des points d’accès aux ressources. Les licences, que ce soit pour les banques de données ou pour les journaux électroniques, imposent des conditions très diverses auxquelles les intermédiaires doivent apporter des solutions.

L’un de leurs arguments commerciaux étant d’offrir un seul point d’entrée avec un seul mot de passe (ou toute autre clé d’accès) pour un ensemble de ressources diversifiées, il serait intéressant de tester la réalité de la simplification apportée.

À l’heure actuelle, les pratiques les plus courantes adoptées par les intermédiaires de l’échantillon sont les suivantes : logon et mot de passe, filtrage sur les adresses IP, panachage des deux.

Mais ces modèles trouvent assez rapidement leurs limites : caractère difficilement gérable dès que le nombre de ressources et d’utilisateurs devient important pour l’attribution de logon et mots de passe. Le filtrage sur les adresses IP est un faible garant de l’identité de l’utilisateur. Un article de Clifford A. Lynch donne une typologie intéressante des principales méthodes et de leurs avantages et inconvénients (11).

Les modèles expérimentés à une grande échelle par PICA et BIDS (qui participe au projet ATHENS3 http://www.athens.ac.uk/info/ harmonisant les procédures d’authentification et d’autorisation pour les ressources négociées au niveau national en Grande-Bretagne) méritent d’être suivis et approfondis ultérieurement, car ils tentent d’apporter des solutions adaptées à un contexte de réseaux de bibliothèques et d’universités.

Accès permanent et archivage

OCLC a été le premier à se positionner au début de l’année 1997 sur le problème de l’accès permanent aux revues électroniques commerciales, suivi ensuite par quelques autres comme les agences d’abonnements ou des distributeurs tels qu’Ovid. La majorité des éditeurs considère que cet aspect ne les concerne pas.

OCLC a négocié avec les éditeurs la possibilité de continuer à fournir, après la résiliation de l’abonnement, l’accès aux années auxquelles l’établissement avait souscrit. Mais, pour en bénéficier, il faut que l’utilisateur continue à être abonné au service FirstSearch ECO, puisque les journaux ne sont accessibles qu’en ligne sur les serveurs de l’intermédiaire. Cela présente l’avantage de garantir la pérennité du service, car OCLC s’est engagé à s’adapter en permanence aux évolutions techniques pour maintenir l’accès. D’autres acteurs (comme Ovid ou Swets) envisagent de fournir à leurs clients les journaux auxquels ils ont souscrit sur cédérom pour un hébergement local.

La question demeure cependant très ouverte, car la plupart des différents acteurs concernés lancent leur service cette année, et on ne bénéficie encore d’aucun recul pour évaluer la validité de ces deux modèles. On a vu, cependant, dans le cadre de l’expérience Tulip menée par Elsevier avec des universités américaines, qu’héberger localement et maintenir des données qui peuvent représenter très rapidement un volume important, n’a pas semblé très opportun à la plupart des participants. La mutualisation dans le cadre de consortium, ou la prise en charge par un acteur public ou privé spécifiquement dédié à l’archivage électronique des revues comme JSTOR (Journal Storage project : organisation américaine à but non lucratif spécialisée dans l’archivage numérique de collections de périodiques http://www.jstor.org), peuvent sembler des pistes plus adaptées.

Eléments technico-organisationnels

L’accès aux revues suppose une organisation entre le dispositif technique des intermédiaires, celui des éditeurs et le poste de l’utilisateur.

Les modèles d’accès

Trois types d’organisation principaux ont pu être repérés (les nuances au sein même de ces catégories sont nombreuses et des solutions mixant ces divers modèles se développent rapidement) :

Le serveur distant passerelle (architecture distribuée). La bibliothèque ou l’utilisateur final accède au serveur de l’intermédiaire par Internet. Ce serveur héberge les références bibliographiques, mais pointe (par des liens) sur les serveurs des différents éditeurs pour donner accès aux articles intégraux des revues.

Le serveur distant agrégateur (hébergement centralisé distant). La bibliothèque ou l’utilisateur final accède au serveur de l’intermédiaire par Internet. Ce serveur héberge les références bibliographiques, mais aussi les articles intégraux des revues.

Le serveur local agrégateur (hébergement centralisé local). La bibliothèque ou l’utilisateur final accède à un serveur local propre à son site qui héberge les revues.

Les services des différents acteurs intermédiaires étudiés se répartissent entre ces trois modèles (cf. tableau « Modèles d’accès »). Le tableau montre que les deux premiers modèles sont dominants. Ces services sont souvent de qualité inégale pour le temps de réponse nécessaire à l’affichage de l’article sur l’écran de l’utilisateur. L’une des solutions adoptées pour y remédier est la multiplication de sites miroirs, comme l’a déjà fait CatchWord en développant douze sites dans le monde. L’offre d’un service local agrégateur nécessite d’importants moyens de développements techniques de la part de l’intermédiaire, mais également une infrastructure technique et une maintenance importantes pour les bibliothèques clientes. Seuls Elsevier, Adonis et Ovid se sont engagés dans cette voie.

Le cas de SilverPlatter est particulier : la bibliothèque installe sur son poste une base de liens complémentaire d’une banque bibliographique qui lui permet ensuite de pointer, par Internet, sur les serveurs des éditeurs pour l’accès aux articles (nous ne l’avons pas mentionné dans ce tableau).

Les formats des articles

Les services de type passerelle donnent accès aux articles dans le format choisi par l’éditeur. Si la majorité des revues sont en PDF, on en trouve également au format HTML, SGML, Realpage (format propriétaire développé par Catchword), TeX, TIFF. Certains intermédiaires, qui hébergent la totalité des journaux sur leur site, uniformisent les formats : Ovid, par exemple, ressaisit les revues pour les baliser en SGML. Aucune mention n’est faite d’XML pour l’instant.

Aspects économiques de l’offre des intermédiaires

L’accès à la presse électronique scientifique implique, aujourd’hui, des coûts à plusieurs niveaux :

– accès aux services intermédiaires qui proposent un ensemble d’outils et de services autour des journaux (ex : les agences d’abonnements ou ECO d’OCLC). Le coût d’accès peut englober dans son spectre certains des composants du service offert ;

– services et produits associés, s’ils ne sont pas compris dans le coût d’accès ;

– utilisation de points d’entrée comme les banques de données bibliographiques (ex : Science Citation Index, CAS) ;

– abonnement aux revues électroniques.

Modèles de tarification des services

L’économie de ces services, comme celle des journaux électroniques, est encore très instable et repose sur des modèles très divers. Pour un nombre important d’intermédiaires, il n’a pas été possible de recueillir d’informations suffisamment précises pour les raisons suivantes : caractère expérimental (WebDoc) ou évolution en cours (National Pilot Site Licence Initiative/BIDS), lancement commercial récent avec tarifs promotionnels (ScienceDirect et bien d’autres) ou à venir (Journal@OVID, SilverLinker), importance des négociations avec chaque client dans le cadre des licences de sites ou de consortium. Il a donc semblé préférable de résumer ici la structure des modèles de tarification rencontrés pour l’accès au service « presse électronique », les points d’entrées et les services personnalisés associés (cf. tableau « modèles de tarification des services intermédiaires »).

Rappels sur les modèles de vente des revues

Les modèles de vente des revues sont extrêmement variés : couplage abonnement papier/version électronique (coût additionnel à la version papier ou les deux pour le même prix), version électronique seule (plus ou moins chère par rapport à la version papier), ou elles peuvent être groupées en collections que l’on retrouve souvent liées au modèle d’hébergement local (« Core Collection » d’Ovid, EJS et EES d’Elsevier/Adonis dans le cadre des licences de consortium) et enfin, à l’article.

Les deux derniers principes ont souvent la faveur des éditeurs (collection et à l’acte). Mais, dans le cas des collections, l’adéquation avec la politique documentaire des biblio- thèques peut parfois poser problème. Les bases de la gestion des transactions à l’acte sont en train d’être jetées : Digital Object Identifier (DOI 1), Electronic Copyright Management System (ECMS) et systèmes pour les micropaiements. Si ces services, qui permettent aux formules club et aux éditeurs d’établir directement des transactions avec l’utilisateur final, peuvent trouver des niches d’usage, y compris dans les universités, le milieu académique, quant à lui, est plus préoccupé par les forfaits et la mise en place d’organisations (consortium ou autres modalités d’achat en gros) qui favorisent l’obtention de conditions conformes à leurs pratiques et à leurs moyens (12).

À titre d’exemple, les deux acteurs cités dans la partie consacrée au contrôle d’accès ont également commencé à tenter de simplifier, normaliser et adapter les conditions des licences d’abonnement aux journaux électroniques pour leurs utilisateurs : PICA, qui, pour le service WebDoc, a testé le principe d’accords cadres avec les éditeurs, chaque bibliothèque passant ensuite un contrat aux conditions fixées, mais en fonction de ses besoins locaux.

Tandis qu’en Grande-Bretagne, le PSLI (National Pilot Site License Initiative), projet de licence pilote nationale pour les revues électroniques expérimenté auprès de quatre éditeurs, a surtout permis d’adapter les conditions des licences aux usages académiques (photocopies, réutilisation dans les supports de cours, refacturation entre services d’une même institution). Les établissements d’enseignement supérieur contractants bénéficient de 30 à 40 % de réduction sur les abonnements papier/électronique grâce à un système de subventions versées aux éditeurs. L’expérience est en cours d’évaluation et se terminera fin 1998 alors que les études pour un PSLI 2 viennent d’être lancées.

La multiplicité d’options décrites précédemment donne une idée des combinatoires possibles et de la complexité qui peut en résulter, surtout pour les bibliothèques qui sont elles-mêmes des intermédiaires amenés à agréger plusieurs de ces offres pour leurs utilisateurs. Il est probable que la prochaine étape dans l’évolution de ces services consistera à simplifier les conditions de vente par des offres qui intégreront dans une seule licence, par exemple, les points d’entrées bibliographiques et l’accès au service intermédiaire (ex : Ovid, vente conjointe des Core collection et de Medline et OCLC avec FirstSearch et ECO).

Conclusion sur une offre en émergence...

Dans le paysage foisonnant de l’édition électronique, les intermédiaires ont commencé à proposer des services qui apportent de nombreuses simplifications à l’accès à ces ressources, en regroupant un nombre de titres de plus en plus important avec des outils et services complémentaires.

Cependant, ces acteurs n’ont pas encore réussi, pour la plupart, à réellement harmoniser certains composants de leurs services, dans la mesure où ceux-ci demeurent le reflet de la diversité d’options de tarification, de contrôles d’accès et de formats adoptés par chaque éditeur ou producteur. La situation décrite dans cet article n’est que transitoire : amorces de concentrations, nouveaux acteurs et nouveautés autour du document électronique, comme XML, et le DOI, vont rapidement entraîner des évolutions dans le paysage décrit.

Enfin, du fait du caractère récent de ces offres, les résultats d’études d’usages sont encore peu nombreux. Les bibliothèques françaises, sous la pression de leurs utilisateurs, commencent ou envisagent de proposer de tels services (13). Il serait intéressant de pouvoir faire le point régulièrement sur ces expériences, afin de se donner les bases d’une réflexion progressive et critique permettant d’infléchir les offres en fonction des besoins constatés.

Février 1998

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Sites Internet des intermédiaires étudiés

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1- L'accès aux revues scientifiques imprimées : chaîne traditionnelle

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2- Intermédiaires pour le repérage et l'accès aux articles (dès les années 70)

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3- Réorganisation actuelle pour l'accès aux revues électroniques : intégration de services et partenariat d'acteurs

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4- Les partenariats

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Couverture des services

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Services destinés aux bibliothèques

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Modèles d'accès

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Modèles de tarification des services intermédiaires

  1.  (retour)↑  Cf. dans ce numéro, l’article de Catherine Lupovici, « Le Digital Object Identifier », p. 46-51.