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ethnologie des écritures quotidiennes

Sous la dir. de Daniel Fabre ; textes réunis par Martin de La Soudière et Claudie Voisenat. Paris : Éd. de la Maison des sciences de l'homme, 19977. - XIII-393 p. ; 23 cm. - (Ethnologie de la France : Cahier ; 11). ISBN 2-7351-0734-5. ISSN 0758-5888. 190 F

par Yvonne Johannot

Cet ouvrage est la réponse à un appel d'offre de la Direction du Patrimoine proposant à des ethnologues, des sociologues et des linguistes d'étudier des écrits tels que lettres, papiers administratifs, brouillons, listes, journaux personnels, etc., tout ce qui constitue les « écritures ordinaires » 1. La longue introduction de Daniel Fabre fait le point sur l'intérêt de ces utilisations de l'écrit qui ne sont pas valorisées culturellement, mais qui portent témoignage sur des faits sociologiques, révélateurs de la richesse que l'écriture offre dans des domaines très divers et trop souvent ignorés ou méprisés. Nous nous arrêterons donc essentiellement sur son texte.

L'anthropologie de l'écriture

Un bref aperçu historique retrace la naissance de l'anthropologie de l'écriture et insiste sur le caractère particulier de « l'écriture alphabétique » qui entraîne un tout autre rapport à l'écrit que les autres types d'écriture. Si écrire, c'est-à-dire tracer dans l'espace des signes ayant un sens, remonte probablement aux origines de l'humanité, reproduire de la parole grâce à vingt-six signes codés entraîne des conséquences très nouvelles dans l'évolution de la pensée. Chaque type d'écriture marque profondément la culture qui l'utilise. A tel point qu'« on ne sait pas écrire tant qu'on ne maîtrise pas les univers sociaux que tel ou tel écrit a pour fonction d'articuler ».

Daniel Fabre répartit de la façon suivante les sujets traités dans ce livre : l'écrit qui institue le réel, l'écrit qui organise, à travers des textes identifiables, l'idéologie, l'autorité publique, l'actualité collective, enfin, l'usage fait de l'écrit dans des situations précises.

Pour chacun d'eux, l'auteur se penche aussi bien sur celui qui écrit que sur le lecteur qu'il se donne et sur le texte qu'il produit, permettant ainsi de réfléchir à « la nature même du système de médiation que l'écriture ordinaire produit ». Daniel Fabre replace ensuite avec bonheur chacun des textes produits dans une perspective d'ensemble où seront étudiées aussi bien les questions linguistiques (quelle langue parlée écrit-on ?), sociologiques (comment cet exercice solitaire de l'écriture peut-il être socialisé ? Quelle dichotomie y a t-il dans l'acte d'écriture, opposant le public et le privé ?), que psychologiques (que signifie le cadre de contraintes dans lequel s'inscrit la correspondance ? Que représente le choix de l'écrit pour y inscrire la mémoire, individuelle et/ou locale ?).

Une contribution importante à une réflexion que Daniel Fabre avait déjà entamée ailleurs 2.

  1.  (retour)↑  Ces « écritures ordinaires » sont divisées en quatre grands thèmes : les passages à l'écriture ou de l'oral à l'écrit, la difficulté à écrire, la délégation à un tiers de la fonction d'écrire ; l'écriture domestique, l'écriture du réel ou le calcul mental, l'administration domestique, la lettre administrative, etc. ; la rhétorique ou le courrier du président de la République, le voyage, une écriture dévote ; et enfin, liens et ruptures ou des utilisations sociales de l'écrit.
  2.  (retour)↑  Écritures ordinaires, sous la direction de Daniel Fabre, Paris, POL, BPI, 1993.