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L'Espace sciences et techniques à la Bibliothèque nationale de France

Philippe Raccah

La prise en compte d’un espace Sciences 1 fut dès l’origine un élément important du projet devenu aujourd’hui la Bibliothèque nationale de France. Il s’agit de reconnaître la place fondamentale que les sciences et les techniques occupent dans la culture contemporaine et de renouer ainsi, sur un plan documentaire, avec un encyclopédisme que la Bibliothèque nationale avait peu à peu abandonné depuis le début du XXe siècle.

Abandon partiel, puisque le dépôt légal a continué à alimenter les collections de la quasi-totalité de la production éditoriale française dans ce domaine comme dans les autres, mais abandon particulièrement sensible puisqu’en même temps la production étrangère, surtout de langue anglaise, y devenait prédominante. Comme, de plus, la fraîcheur de l’information est, dans ce domaine, un critère fondamental, les chercheurs, hormis justement en histoire des sciences, s’orientèrent très vite vers d’autres sources documentaires : universités, grands établissements scientifiques ou autres organismes spécialisés.

Place des sciences dans l’encyclopédisme

L’inflation documentaire et le manque de moyens financiers expliquent pour une grande part les choix que la Bibliothèque nationale a été contrainte de faire. Mais ils correspondent en même temps à une certaine conception de « l’idéal culturel » qui peu à peu en a écarté le domaine des sciences et des techniques, dont la maîtrise échappait au clerc encyclopédique des siècles passés pour devenir l’apanage du spécialiste.

Aujourd’hui, la Bibliothèque nationale de France essaie de renouer avec l’encyclopédisme en investissant à nouveau des domaines du savoir et de la culture contemporains qui avaient dû être délaissés (de ce point de vue les situations du droit, de l’économie ou de certaines sciences humaines sont analogues), mais certainement pas dans une logique utopique d’accumulation de l’ensemble des connaissances et d’une sorte d’ultra-spécialisation généralisée. Il s’agit plutôt d’offrir, en sciences comme dans les autres domaines, l’accès aux outils et aux textes de référence qui permettent à tous, y compris au spécialiste qui souhaite s’informer dans d’autres secteurs que sa spécialité, de prendre connaissance des principales avancées de la science contemporaine et de ses applications.

L’articulation haut-de-jardin/rez-de-jardin

De ce point de vue, les deux niveaux de la bibliothèque sont conçus de façon complémentaire, le haut-de-jardin étant comme l’antichambre du niveau recherche. L’ouverture, en décembre 1996, du seul niveau haut-de-jardin, pour des raisons conjoncturelles qui brouillent la cohérence de l’ensemble, fait croire à tort qu’a été ouverte une nouvelle bibliothèque publique type Bibliothèque publique d’information. Il s’agit en réalité d’une bibliothèque d’étude, non pas au sens traditionnel comme complément « par le haut », des collections de prêt d’une bibliothèque municipale, mais comme préparation à la recherche et donc à l’utilisation des collections offertes au niveau rez-de-jardin.

Dans les deux salles de lecture du rez-de-jardin dévolues aux sciences et techniques comme dans les autres salles, l’ensemble des collections patrimoniales, stockées en magasin, pourra être communiqué. A priori, c’est l’intérêt pour l’histoire des sciences qui pourra le mieux y trouver son compte, ce qui n’est pas négligeable étant donné les richesses accumulées au cours des siècles. Mais dans le département Sciences en particulier, l’originalité de l’offre qui sera faite et la condition de réussite du pari qui est entrepris, « pari que la Bibliothèque nationale de France (re)devienne une source documentaire active dans un domaine où les chercheurs ont depuis longtemps pris d’autres habitudes », reposent sur la qualité des collections en libre accès dans les salles. Sans s’étendre indûment sur le rez-de-jardin, on peut indiquer quelques points forts de cette offre :

– une couverture à visée encyclopédique des différentes disciplines scientifiques de façon à favoriser les recherches croisées, les interférences et répondre aux demandes d’un public varié : chercheurs, enseignants, professionnels, spécialistes ou intéressés par l’exploration d’autres disciplines, qui sont gênés par l’éclatement actuel des structures documentaires ;

– un large éventail de revues scientifiques générales et spécialisées ;

– un réseau multiple de cédéroms et d’accès à des bases de données et à des sources d’information numérisées.

L’offre du haut-de-jardin

Ces caractéristiques sont également celles des collections présentées en haut-de-jardin (ou le seront, en ce qui concerne notamment le système informatique, qui sera opérationnel prochainement). Les différences entre les deux collections offertes en libre accès dans la bibliothèque sont de niveau (sans jouer sur les mots), mais pas de nature.

La salle du haut-de-jardin entretient des liens étroits avec les fonds du niveau recherche. Nullement secondaire, elle en est le préalable et l’introduction, introduction générale pour des non-spécialistes qui y trouvent des ouvrages de référence et les œuvres des grandes figures de la science. Introduction plus circonstanciée pour les universitaires et les étudiants, ou les professionnels intéressés (enseignants du secondaire, journalistes, traducteurs, etc.) qui ont accès à un important corpus bibliographique, sur papier ou sur cédérom, et à un ensemble de traités, manuels et monographies essentiels dans les différents domaines scientifiques. A ceci, il convient d’ajouter que les applications sont traitées de manière privilégiée et que les praticiens (ingénieurs, professions médicales, etc.) y bénéficient d’un fonds de référence conséquent.

Ces collections caractérisent bien une bibliothèque d’étude, complémentaire du niveau recherche. Certes proposées à tout public adulte, elles se distinguent à la fois de celles d’une bibliothèque universitaire, d’une bibliothèque municipale et de celles d’autres grands établissements comme la médiathèque de la Cité des sciences à La Villette ou la Bibliothèque publique d’information : consultation sur place uniquement, peu ou pas de manuels universitaires ni de recueils d’exercices, ouvrages en un seul exemplaire, sauf pour quelques titres fondamentaux, choix d’ouvrages de référence et de synthèse et non de vulgarisation. En termes universitaires, ils sont proches du niveau d’un deuxième cycle. Leur utilisation suppose donc un minimum de culture scientifique.

Si l’effort est fait de rassembler autant que possible la production éditoriale française disponible, les insuffisances de l’édition française font que, dans de nombreuses disciplines, la documentation en langue étrangère, principalement en anglais, prédomine. Dans certains secteurs (physique/chimie, astronomie), plus des deux tiers des titres sont en anglais. Ces caractéristiques ne sont pas la conséquence d’un choix d’élitisme mais, compte tenu de l’état actuel de l’édition scientifique, elles sont le corollaire des objectifs visés : constituer une solide introduction au savoir scientifique et technique contemporain, ainsi qu’à son histoire, et permettre ainsi une approche des avancées de la recherche actuelle et de ses problématiques, approche qui pourra par la suite être approfondie dans les salles du rez-de-jardin.

Quelques données

La salle C, la salle de lecture du haut-de-jardin dévolue aux sciences et techniques, comprend 230 places, en y incluant des places de fauteuil et les places de consultation informatique.

L’offre actuelle en monographies y est d’environ 25 000 ouvrages, ce qui représente la moitié de l’objectif visé d’ici trois à quatre ans, soit 50 000. Au-delà de cette montée en charge, le fonds sera maintenu vivant par les nouvelles acquisitions indispensables et un désherbage régulier. Ces collections en libre accès sont, comme pour l’ensemble de la bibliothèque, classées par discipline suivant la classification Dewey.

479 titres de périodiques sont proposés dans la salle. Ils comporteront à terme, suivant l’importance des titres, une à dix années rétrospectives. Il s’y ajoute des cartes géologiques, des microformes et un choix de cédéroms bibliographiques, aujourd’hui encore assez restreint. Dans les collections figurent enfin les documents audiovisuels et les documents numérisés.

Monographie, périodiques, cédéroms

Les monographies sont réparties sur deux étages, la salle et la mezzanine (voir encadré). Les collections de périodiques sont rassemblées dans la salle proprement dite, dans les rayonnages des six derniers épis. Elles sont regroupées en quatorze disciplines, classées alphabétiquement, les titres étant eux-mêmes rangés dans l’ordre alphabétique à l’intérieur de chaque discipline. L’année en cours est disponible en casier, le rétrospectif éventuel est relié. L’éventail des titres comprend aussi bien des titres généraux, comme La Recherche ou Nature, que des revues spécialisées. Un effort particulier a été fait pour regrouper à ce niveau le maximum de titres en français.

On trouve également à ce niveau, sur quatre postes en réseau local, un choix de cédéroms bibliographiques en libre accès : Pascal, Medline, Myriade, Doc-Thèses et AFP-Sciences. Quand le réseau informatique général de la bibliothèque sera en place, les lecteurs auront accès à un nombre beaucoup plus important de titres.

Les collections audiovisuelles

Depuis octobre 1997, comme dans les autres salles de lecture, deux postes reliés au serveur audiovisuel permettent de consulter depuis la salle C les collections du département audiovisuel. Vidéo, image fixe et son sont numérisés et leur consultation s’effectue dans la continuité de leur recherche dans le catalogue général haut-de-jardin, avec toutes les facilités de la numérisation.

Dans le domaine scientifique, ces collections sont orientées principalement sur l’histoire des sciences et des techniques, l’actualité scientifique, des entretiens filmés et enregistrés de personnalités. On y trouve notamment les œuvres des grands réalisateurs de cinéma scientifique, des collections d’images sur l’histoire des sciences naturelles, la médecine et l’astronomie issues des fonds de la bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle, de l’INSERM, de l’Institut Pasteur et de l’Observatoire de Paris, ainsi que des collections propres de la Bibliothèque nationale de France, des portraits et des entretiens avec de grands scientifiques (Benoît Mandelbrot, Hubert Reeves, Pierre-Gilles de Gennes, par exemple), des réalisations remarquées ou primées lors de manifestations ou festivals, etc.

La salle audiovisuelle (salle B) dispose aussi d’un choix de cédéroms multimédias, présentés en réseau sur huit postes, dont la consultation est prévue à partir de la salle C dans un avenir proche. Ce choix est pour le moment assez limité (Natures de Johann Walter, série Ainsi va la vie, etc.), mais l’objectif est de rassembler une sélection des meilleurs cédéroms existant dans tous les domaines scientifiques et techniques, en français si possible, mais aussi en anglais.

Les collections numérisées

En octobre ont été également installés deux postes de consultation des collections numérisées de la bibliothèque. Dans un premier temps, il ne s’agira que d’une préfiguration, limitée principalement à des textes d’auteurs français du XIXe siècle appartenant au domaine public. Cette préfiguration, appelée Gallica, également disponible sur le Web, comporte une sélection des traités scientifiques représentant les grands courants ou controverses de la science au XIXe siècle, ainsi que quelques ouvrages qui donnent une bonne représentation de la science dite « populaire ».

Autres documents

En mezzanine, à proximité des collections de sciences de la terre, se trouve une collection de cartes géologiques, en libre accès, dont la série publiée par le Bureau de recherches géologiques et minières sur la France au 50 000e.

On peut y consulter également, avec les appareils de lecture et de reproduction nécessaires, un fonds important de microformes, en accès indirect. Ce fonds, en cours de classement, comprend des reproductions faites à des titres divers par la Bibliothèque nationale et les thèses scientifiques. La bibliothèque reçoit un exemplaire de la quasi-totalité des thèses éditées sous forme de microfiches par Grenoble depuis 1982. Ces thèses peuvent pour le moment être retrouvées dans le cédérom CD-thèses, les fichiers spécifiques de microformes étant en voie de constitution.

Autres services

Comme dans les autres salles, le public peut faire des recherches sur Internet. Dans la salle C, deux postes étaient jusqu’ici proposés en accès indirect, par l’intermédiaire des bibliothécaires, avec possibilité d’impression. Depuis octobre, un poste supplémentaire est mis à la disposition du public en libre accès.

Un local de photocopies avec deux machines en libre accès, à 1 F la page, est à la disposition des lecteurs au fond de la salle. Un vidéoscope grossissant peut être utilisé par les personnes dont la vue est déficiente (des cabines de lecture pour non-voyants sont par ailleurs installées dans la salle E).

Des bibliothécaires sont en permanence en salle, à la grande banque de l’entrée et aux bureaux d’information au fond de la salle et sur la mezzanine, pour renseigner les lecteurs et les aider aux manipulations techniques des appareils.

La forte fréquentation de la salle C depuis l’ouverture montre que l’espace Sciences en haut-de-jardin a d’emblée trouvé son public et levé du même coup les quelques doutes que l’on pouvait avoir. Les enquêtes montrent qu’il s’agit d’un public majoritairement étudiant, aux intérêts très diversifiés et qui apprécie beaucoup le cadre et le confort de la salle de lecture. Ce nouvel espace dans le paysage parisien n’est peut-être pas assez connu d’autres catégories de public auxquelles les collections s’adressent, les enseignants par exemple, et nous allons accentuer notre effort d’information à leur égard.

Mais cet espace n’est qu’une partie de l’ensemble et il ne trouvera complètement son sens qu’avec l’ouverture du niveau recherche en rez- de-jardin.

Septembre 1997

Illustration
Répartition des ouvrages

  1.  (retour)↑  Le terme « sciences » désigne évidemment ici, de façon restrictive, les sciences dites « dures » ou « pures » en les opposant, comme souvent dans le langage commun, mais aussi universitaire (exemple : faculté des sciences) à d’autres domaines du savoir, les sciences humaines, qui peuvent revendiquer autant qu’elles un caractère scientifique. De fait, le département Sciences et techniques de la Bibliothèque nationale de France regroupe plus généralement l’ensemble des sciences de la matière et de la vie, ainsi que leurs applications (y compris donc la médecine et les sciences de l’ingénieur).